Le bonheur à la Monnaie : Giulio Cesare de Handel dans une mise en scène des Herrmann

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Certains soirs à l’Opéra, la grâce vous prend, le temps est suspendu. Tout s’harmonise pour vous transporter dans un au-delà de beauté, d’intelligence, d’harmonie. Le « Giulio Cesare in Egitto » de Handel, dirigé par René Jacobs offre un tel moment de rare bonheur. Dans les deux distributions, les chanteurs nous ravissent, jouant avec humour et gravité sur l’ambiguïté des sexes propre à l’art baroque du trompe-l’oeil et de l’artifice. Karl-Ernst et Ursel Herrmann, depuis vingt déjà, nous enchantent comme toujours par leur rigueur et leur fantaisie mêlées. Pas un temps mort dans cette représentation qui dure presque 4 heures 20. A chaque instant il se passe quelque chose de magique sur la scène : les éclairages sans cesse mouvants – sur un décor simplissime de roseaux – accompagnent les mouvements de l’âme des personnages. Toutes les nuances des émotions humaines sont palpables : de la gravité la plus sombre à la légéreté la plus ludique. La mort et la séduction, la soif de pouvoir, la vengeance, l’envie, la douleur, mais aussi la tendresse, l’amour et la dignité. L’extraordinaire Dominique Visse dans le personnage de Nireno apporte cette distance amusée qui nous permet à nous spectateurs de jeter un oeil complice mais pas dupe de ce qui se joue sur scène. Epurée – sur fond de noir et blanc, quelques taches de couleur pour les costumes ou les accessoires – la mise en scène est un écrin pour cette histoire éternellement humaine de l’amour et de la mort, du couple jaloux frère-soeur (Ptolémée et Cléopâtre se disputent, se chamaillent même, la couronne d’Egypte auprès de César, le vainqueur), du couple fils vengeur-père mort, des ruses et stratagèmes de la séduction d’une femme pour gagner l’amour d’un homme mais aussi le trône d’Egypte.

Il n’est pas indifférent de passer une nuit à l’opéra en compagnie de tels artistes; les anciens Grecs avaient raison, on en sort transformés. Aucun cd, aucun dvd ne remplaceront cette émotion devenue si rare et si précieuse du spectacle en direct, vivant et éphémère, si merveilleusement éphémère. Merci aux chanteurs, aux musiciens, aux metteurs en scène, aux techniciens, à chaque petite main qui a rendu ce spectacle possible. Merci à Handel et à son librettiste, Nicola Francesco Haym.

Et que l’opéra ouvre ses portes à tous, et d’abord aux enfants, à tous les enfants, car il n’est pas d’art plus profondément populaire que celui-là, plus humain, plus enchanteur.

Giulio Cesare | Lawrence Zazzo (contratenore)
Marijana Mijanovic* (alto)

Cleopatra | Danielle de Niese
Sandrine Piau*

http://lamonnaie.smartlounge.be/demunt-1.0/programma/productie.jsp?section=introductie&language=FR&id=7035

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