Burakumin

BURAKUMIN

 

« Race invisible », les Burakumin jouent le rôle de bouc émissaire séculaire de la société japonaise. Derrière sa façade d’empire économique, le Japon puise sans honte dans le réservoir des travailleurs des ghettos. Comme d’autres minorités, habitants d’Okinawa, Coréens ou Aïnous, les Burakumin n’ont pas accès aux grandes banques et entreprises prestigieuses, leur travail est exclusivement celui de la sous-traitance, face cachée du miracle nippon.

Les ancêtres des Burakumin, les Eta, s’occupaient traditionnellement des animaux morts, tannaient le cuir, touchaient à la graisse et au sang. Or, la plus ancienne religion du Japon, le shinto, ainsi que le bouddhisme exaltent la vie, commandent de ne tuer aucun animal et prescrivent une nourriture végétarienne, tolérant tout au plus la viande du poulet. Aussi, tout ce qui touche de près ou de loin à la mort ou au sang est associé au mal, à la souillure, au sale, à l’impur et les hommes dont le métier s’inscrit dans ces zones tabous sont considérés comme souillés congénitalement. Les Eta ne pouvaient vivre et se marier en dehors de leur communauté, ils étaient assignés à résidence dans des ghettos et obligés de pratiquer l’endogamie.

En 1871, les Burakumin cessèrent officiellement d’être des parias mais la classe des paysans, inquiétés par de trop rapides changements sociaux, réagit par des « pogroms », incendiant et détruisant les logements et les échoppes des artisans du cuir et des bouchers.

Dans les registres d’état civil, à la fin du XIXe siècle, on pouvait lire, noté à côté du nom des Burakumin, la mention « nouveau citoyen » (shin heimin) inscrite en rouge. Ces registres pouvant être consultés par tous, il n’était pas aisé pour les anciens parias de se fondre dans la société nippone.

En 1922, un groupe d’intellectuels fondent la Société des Egalisateurs pour lutter contre ce racisme et faciliter l’insertion des descendants des Eta au sein de la siciété dominante. Ils obtinrent le non-accès à l’état civil pour un tiers, l’interdiction pour les employeurs de demander aux candidats un curriculum vitae remontant jusqu’aux grands parents, etc. Mais la réalité reste empreinte des préjugés ancestraux et les détectives privés fournissent l’ascendance de tous les futurs employés ou de futur époux à ceux, patrons ou familles, qui les payent. L’un d’eux imagina même la confection d’un annuaire des ghettos pour faciliter l’identification des Burakumin. Il fut condamné et des répertoires mis au pilon. Mais les exclusions ont la vie longue et la société japonaise a besoin d’une minorité économique de la sous-traitance autant que d’une image de l’impureté et de la souillure.

 

 

Lecture

 

–       G. DEVOS et H. WAGATSUMA, Japan’s invisible race, Berkeley, Calif ., 1967.

–       François SABOURET, « Trois millions de Japonais invisible », in Le Monde, 13 décembre 1981.

 

Cf. Bouc émissaire, Cagots, Souillure.

 

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