Delvaux

Documentaire de Wilbur Leguebe, Delvaux, Arte, 1997,

Article paru dans Le Monde du 1 octobre 1997

DES NUITS, des nus, des squelettes et des trains. L’univers de Paul Delvaux qui aurait eu cent ans aujourd’hui paraît familier. Il est l’un des peintres les plus accessibles, en apparence et, cependant, l’un des plus énigmatiques. L’un de ceux qui fait le plus parler. A preuve ces bribes de commentaires volées sous les cimaises : « Misogyne » ; « Il a dû avoir une jeunesse sévère » ; « Il devait pas être normal ce pauvre type ! » Ces banalités vaguement freudiennes, que l’intéréssé aurait repoussées comme il a renié le surréalisme et son « bazar », introduisent un documentaire brillant d’intelligence et de simplicité.Venus de toutes les disciplines, des experts défilent dans l’oeuvre de Delvaux, de la même façon que ses personnages semblent traverser celle-ci, d’un tableau à l’autre, comme dans les découpages de théâtres de papier. La réalisation de Wilbur Leguebe inscrit physiquement ces témoins dans les toiles du maître de la froideur et de la distance. Mais cet effet de style ne nuit pas, chacun respectant l’oeuvre et son mystère en nous donnant un éclairage plutôt qu’une explication.Delvaux disait qu’il aurait souhaité « vivre » dans un de ses tableaux. Pierre Guêne réplique en déclarant qu’en fait cet artiste de la perspective « n’y a jamais vécu », restant toujours « en dehors ». André Delvaux, le cinéaste, estime que son homonyme a « désérotisé » les femmes qu’il a « dépeintes » et ajoute : « Je ne les aime pas, mais elles me fascinent. » Misogyne Delvaux ? Lydia Flem, psychanalyste, suppose qu’elle se sentirait « plus à l’aise qu’un homme » dans telle toile a priori si masculine de celui qui « avait l’inconscient au bout du pinceau ».Inconscient de l’enfance, sans doute. Les témoignages de quelques enfants sont des plus frappants. Delvaux devient presque évident. Pour eux, le mariage du réalisme et de l’imaginaire va de soi. Deux petites filles, jumelles de celles que le peintre a placées sur un quai de gare, perçoivent tout de suite l’incitation au voyage. Nullement troublé par une nudité extrême, un jeune garçon dévoile immédiatemment la recherche du rêve éveillé. Une leçon pour adulte.

FRANCIS CORNU

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