La Haine plus ancienne que l’amour

« La haine ( de l’autre ) est plus ancienne que l’amour » : l’hypothèse que proposait Freud à la réflexion il y a exactement un siècle, éclaire l’actualité et fait soudain sens dans l’horreur. Dans un texte de 1915, écrit au milieu de la Première guerre mondiale, Freud nous a rappelé que c’est la barbarie, et non la civilisation, qui se trouve au fondement de l’être humain. Les valeurs humanistes de respect de l’autre, de tolérance, de débat pacifique, ne vont aucunement de soi. Contre la violence des pulsions, le travail de la pensée, de l’éducation, de la réflexion, de la sublimation, est à recommencer. Sans relâche.  A chaque génération. L’avons-nous oublié ? L’avons-nous jamais réellement accepté ? Il nous plaît de penser que l’homme est naturellement bon, tel que le rêvait Rousseau, mais que de temps gâché à l’espérance plutôt qu’à la lucidité.

Aujourd’hui, c’est Bruxelles qui est attaquée. Bruxelles – symbole d’une Europe qui voulait, dans les années 1950, conjurer la guerre et inventer une nouvelle solidarité sur son continent – a été mutilée en deux lieux symboliques de la liberté :  un aéroport international, une rame de métro à côté des institutions européennes.

Le pire est arrivé. La violence des combattants islamistes fait non seulement exploser nos corps mais aussi nos pensées. Les valeurs issues des Lumières, que nous avons crues non seulement bonnes mais intouchables et universelles, ne sont pas partagées par tous. Ce constat nous accable et la tentation est grande de répondre à la haine par la haine. N’y cédons pas. Réfléchissons. Préserver notre démocratie, tout en déjouant les attaques d’un adversaire qui ne respecte pas les mêmes règles, pose des problèmes complexes. Quelles valeurs, quelles croyances, pouvons-nous proposer à ces jeunes gens, en quête d’un quart d’heure de gloire, qui investissent leur mort comme une jouissance érotique ? Il n’y a pas de réponses simples à des questions compliquées. Osons prendre le temps de l’intelligence.

.dans la revue « Marianne », 22 mars 2016, à propos des attentats de Bruxelles

Lydia Flem

Membre de l’Académie Royale de Belgique, psychanalyste, écrivaine et photographe,  Lydia Flem est l’auteure d’une dizaine de livres traduits en une vingtaine de langues. Son dernier livre qui vient de paraître : « Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans », « La librairie du XXIème siècle », Seuil.

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