QUOTIENT INTELLECTUEL

Le Racisme, 1985

C’est à Francis Galton que l’on doit l’idée de test psychologique. Pour lui, en effet, « avant que les phénomènes d’une branche de la connaissance ne soient soumis à la mesure et au nombre, celle-ci ne peut s’attribuer la dignité de science ». Aussi, propose-t-il de quantifier les réalités psychologiques pour donner à la psychologie le statut de discipline scientifique.

   Le quotient intellectuel ou « QI » est donc censé mesurer les capacités intellectuelles des enfants et des adultes. Mais que signifie « mesurer » l’intelligence ? Et qu’est-ce que l’intelligence ? A cette dernière question, les psychologues ont choisi de répondre en sélectionnant, arbitrairement, quelques caractéristiques telles : la mémoire, le raisonnement logique, le sens de l’observation, l’orientation spatio-temporelle, la rapidité,… Mais, ainsi, ils ne mesurent nullement l’« intelligence » mais seulement certains aspects des facultés intellectuelles qui peuvent se traduire par un ensemble de nombres. Comme le note avec pertinence, Albert Jacquard : « Succombant à une étrange tentation, certains psychologues ont cherché à synthétiser cet ensemble par un nombre unique, obtenu en calculant la moyenne des différentes notes, chacune étant pondérée par un coefficient correspondant à l’importance qui lui est accordée. Cette moyenne pondérée a reçu le nom de « quotient intellectuel », ou QI. De la même façon, on pourrait affecter à chaque brique un nombre obtenu en faisant la moyenne de sa longueur, de son poids, de sa dureté, etc… Pourquoi pas ? Mais la question immédiate est : que représente ce nombre ? »

   Une fois de plus, il semble que l’on ait succombé à l’illusion d’une apparence de scientificité que produisent les chiffres et un certain usage des statistiques. Et malgré la limitation de validité de ce nombre, certains chercheurs ont utilisé le QI pour comparer et hiérarchiser entre elles des populations humaines. Ils partaient du postulat que le QI est lié au patrimoine génétique et que l’intelligence est innée.

   Aux Etats-Unis, l’ « Immigration Act » de 1924 imposa des quotas très stricts à l’entrée du pays aux personnes dont le « potentiel intellectuel » était insuffisant. Conséquence de ce racisme technologique : six millions environ d’Européens , des Noirs, des Juifs ne purent émigrer parce qu’ils auraient pu « détériorer le potentiel intellectuel de la nation ».

   En 1969, un psychologue américain, Arthur Jensen, comparant les Noirs et les Blancs, estima que ceux-ci étaient plus intelligents parce que leur quotient intellectuel était supérieur de 15 points. Comme cette supériorité est pour Jensen, d’origine génétique, il pensait qu’une meilleure éducation pour les enfants noirs ne servirait à rien. Ainsi, la science est parfois appelée à justifier les inégalités sociales et à renforcer l’ordre établi. Un psychologue anglais, Cyril Burt, n’hésita pas à inventer cinquante paires de « jumeaux-vrais-élévés-séparément » pour démontrer que l’intelligence dépend pour plus de 80 % de l’hérédité !

Lecture

  • Rémy DROZ, « Classer pour ne pas penser », Le Genre humain, n°2, 1982, p. 37-61.
  • Albert JACQUARD, Inventer l’homme, Complexe, 1984.
  • Albert JACQUARD, « Comme chacun sait, « l’intelligence est à 80% génétique, c’est scientifiquement démontré », Le Genre humain, n°5, 1982, p. 81-91.
  • Eveline LAURENT (éd.), L’intelligence est-elle héréditaire ?. Ed. ESF, 1981.

Cf. Classification, Galton, Seuil de tolérance.

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