RENAISSANCE

L’idée de « race » en France au XVIe siècle et au début du XVIIe est une catégorie mentale largement partagée. Le sens le plus courant du mot à cette époque est celui de lignée, de lignage, de famille considérée dans la suite des générations.

L’idée de race peut être décomposée en quatre affirmations :

 

  • Les hommes naissent naturellement inégaux ;
  • Cette inégalité innée est définitive (malgré l’effort ou l’éducation) ;
  • Cette inégalité innée et définitive est héréditaire ;
  • L’ordre social est le reflet de la hiérarchie naturelle des hommes.

La notion de diversité et d’inégalité naturelle paraissait évidente mais elle était toutefois nuancée par la conscience de la solidarité humaine et la conviction qu’aux yeux de Dieu, toutes les vies sont dignes de respect. Ainsi s’atténuait l’injustice de l’inégalité à la naissance. On ne réfutait pas complètement l’influence de l’éducation, on insistait même sur la nécessité de cultiver ses dispositions naturelles mais elle ne pouvait effacer les défauts d’une nature imparfaite. Ceux « qui du ventre de leur mère n’ont esté mis au grand chemin d’honneur » n’ont aucune chance de valoir jamais ceux qui sont « bien nés », disait-on alors.

A partir de 1540-1550, l’idée d’une hérédité des qualités est parfaitement courante. Les enfants ressemblent aux parents et cela par le sang et la semence. Le mot « sang » servant souvent de synonyme au mot « race ». Les mécanismes de la fécondation et de l’hérédité étaient fort mal connus des médecins de l’époque et souvent on s’accordait encore à penser avec Aristote que l’homme transmet la « forme » à l’embryon et la femme la « matière ». Mais ce mystère des origines n’empêchait personne de croire à l’hérédité des caractères et des vertus comme à une évidence.

Les qualités que l’homme du XVIe siècle croit transmises par le sang sont avant tout des qualités familiales, propres à une « race ». Pour qu’une race existe, il fallait, bien sûr, qu’il y ait filiation biologique mais aussi filiation morale, « consanguinité spirituelle » mais aussi ancienneté de la race et reconnaissance sociale de celle-ci. La notion d’ancienneté de la race concernait surtout les catégories supérieures de la société. Les plus pauvres, les humbles ont bien sûr une famille mais leur lignée reste obscure ; ce sont des sans-race, des sans-nom. On attend d’eux, non qu’ils reproduisent la vertu particulière d’une lignée connue mais qu’ils manifestent les qualités propres à leur ordre social. D’un gentilhomme, avant de dire qu’il est un noble, on dit : « c’est un Montmorency, c’est un Guise » ; d’un homme « mal né », on dira d’abord : « c’est un paysan, c’est un tailleur ». Pour un noble, la race est d’abord inscrite dans le lignage ; pour le paysan, dans la catégorie sociale à laquelle il appartient. La race indique l’hérédité des biens nés comme des mal nés mais pour les uns, elle traduit un parcours glorieux et pour les autres, elle les replonge dans un total anonymat.

Mais il en est des « races » comme des individus, elles naissent, croissent et déclinent. Les guerres, les épidémies, la diminution de la fécondité peuvent anéantir la filiation biologique d’une lignée. La dégénérescence, la disparition des vertus annulent la filiation spirituelle et peuvent compromettre la dignité sociale. Pour se préserver de ces dangers, l’éducation mais aussi le refus de toute mésalliance sont essentiels. Et l’on voit des auteurs prescrire des mesures qui annoncent l’eugénisme du XIXe siècle.

A la notion de race était aussi liée que la hiérarchie sociale et la hiérarchie naturelle se recouvraient. Les qualités propres à une « race » justifiaient aussi sa place dans la hiérarchie sociale parmi les  trois ordres de la société : clergé, noblesse et tiers-état. La noblesse, surtout, utilisera l’argument de « race » et de « pureté de sang » pour justifier ses privilèges. S’il y a pour chacun un destin social héréditaire, on pouvait mieux comprendre la stabilité de la hiérarchie sociale, la faiblesse de la mobilité sociale et les signes extérieurs si fortement marqués entre les catégories sociales.

Sans doute, les hommes de la Renaissance assistaient-ils, non sans crainte, à l’émergence de la notion d’individualité et de responsabilité personnelle. L’idée de race, au contraire, rassure ; elle explique par un ordre naturel des choses les différences entre les hommes, elle donne un sens à la diversité de la société, elle semble enraciner les hommes dans une continuité, une permanence, un univers stable. Ce déterminisme de l’hérédité leur évite l’angoisse de se savoir libres et responsables d’un destin individuel et collectif fragile et imparfait.

Lecture

  • Arlette JOUANNA, L’idée de race en France au XVIe siècle et au XVIIe, Université Paul Valéry, Montpellier 1981.

 

Cf. Eugénisme, Race.

 

Les mots du Racisme : Race

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