A propos d’une oeuvre de Maurizio Cattelan

Monnaie de Paris, exposition 2016

Maurizio Cattelan

Sans titre, 2007

Résine de silicone, cheveux naturels, caisse en bois, tissu d’emballage, vis

240 x 140 x 70 cm

Courtesy Galerie Perrotin

 » Vous ne pouvez pas me voir de là où je regarde en moi. »

Francesca Woodman


La Donna Crocefissa
est-elle le double féminin, l’alter-ego christique de Maurizio Cattelan ? Cette gémellité s’est nourrie d’une fascination pour l’autoportrait, en noir et blanc, de la photographe new yorkaise Francesca Woodman (1958-1981), Untitled, Rome, 1978, suspendue par les bras à un linteau de porte.
Trente ans plus tard, travaillé par la question du corps, (objet et sujet de sa démarche), de la mort, de la pérennité du créateur, Maurizio Cattelan métamorphose l’artiste suicidée et l’expose, telle une résurrection, à la Kunsthalle de Bregenz. Destinée ensuite à l’Art Project Synagogue Stommeln en Allemagne, la sculpture de résine est emballée, de dos, les membres et le tronc attachés par des planches de bois, face contre le fond de linceul blanc de la caisse, les deux mains clouées.

L’œuvre porte désormais les stigmates de son transport.

Maurizio Cattelan fait sien ce nouvel avatar, y projette ses fantasmes, pour transfigurer notre histoire occidentale chrétienne : le sacré, les imageries de la Crucifixion, entre ferveur et blasphème, l’idéologie fasciste et le génocide des Juifs au cœur de l’Europe, la guerre des sexes où la perversité masculine joue du féminin entre mère-martyre et objet sexuel de consommation.

Et si cette Donna incarnait Maurizia Cattelan ?

Lydia Flem
Ecrivain, psychanalyste, photographe

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Maurizio Cattelan
Untitled, 2007
Silicone resine, natural hair, wooden crate, clothes packing fabric, screws240 x 140 x 70 cm
Courtesy Galerie Perrotin


“You cannot see me from where I look at myself”

Francesca Woodman


Is La Donna Crocefissa (The Crucified Woman) a double female, the Christ-like alter ego of Maurizio Cattelan? This twining derives from a fascination with the black and white self portrait of New York photographer Francesca Woodman (1958-1981), Untitled, Rome, 1978, showing her hanging from a doorway, arms outstretched.
Thirty years later, obsessed by the question of the body (object and subject-matter of her work), death and the eternalness of the Creator, Maurizio Cattelan metamorphoses the artist who committed suicide and puts her on display, like a resurrection, at Kunsthalle Bregenz. Intended next for the Synagogue Stommeln Art Project in Germany, the resin sculpture is wrapped, the back, arms and legs and the trunk pinned down with wooden boards, the face pressed against a white shroud at the bottom of the crate, both hands nailed down.

The work has now stigmata as the result of its transport.

Maurizio Cattelan makes this new avatar his own, to project his fantasies, to transfigure our Western Christian heritage: the sacred, imagery of the Crucifixion between fervour and blasphemy, Fascist ideology and the genocide of the Jews in the heart of Europe, the war of the sexes where male perversity plays the female, between mother-martyr and a mass-produced sex object.

And what if this Donna embodied Maurizia Cattelan?

Lydia Flem
Writer, Psychoanalyst and Photographer

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