Site icon LYDIA FLEM

Alice était bien misérable ce jour-là….

« Alice était bien misérable ce jour-là. C’était un dimanche. Elle n’avait croisé personne sur son chemin, ni Dinah, ni le Ver à Soie, ni aucune autre sorte de créature qui aurait pu l’encourager ou la consoler, l’aider à accepter la perte et la décomposition.

Elle ne dormait plus ; elle ne mangeait plus. Tout disparaissait sous ses doigts. Sans rime ni raison. Dès qu’elle se penchait pour cueillir une fleur, celle-ci se fanait, si elle s’approchait d’un papillon, il s’évanouissait.

Au milieu de l’après-midi, elle voulut se distraire, commença à lire une histoire russe, celle de l’homme qui découvrait qu’il avait perdu son nez.

Cette disparition, avait-il d’abord espéré, n’était qu’une illusion, une telle mésaventure paraissait proprement impossible. Pour se convaincre qu’il n’en était rien, il entra dans une confiserie afin d’y trouver un miroir où se mirer. Il ne s’était pas trompé, son nez n’était plus là, rassurant au milieu du visage.

La tête entre les mains, Alice poursuivait sa lecture de Gogol lorsqu’elle remarqua que ses cheveux n’étaient plus là où ils devaient être. Ils gisaient répandus autour d’elle. Elle toucha son crâne, il était nu comme celui d’un nouveau-né.

A coup sûr, se dit Alice, il n’y avait aucun doute, cette disparition signait le commencement du commencement. »


(« La Reine Alice », p. 23-24.)

Quitter la version mobile