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Le Grand confinement 2020

Alice a- t-elle rêvé son rêve de l’autre côté du miroir?
lundi 11 mai 2020
Georges Perec confiné
22 avril2020
Ena Wertheimer confinée
27 mars 2020

Marcel Proust à l’abri d’un papillon
20 mars 2020
Frida Khalo confinée
23 mars 2020
Hedy Lamaar confinée
Inventrice du wifi
22 avril 2020
Virginia Woolf confinée dans un carré de menthe
19 mars 2020
Freud confiné
30 mars 2020
Toni Morrison confinée
10 Avril 2020
Claude Lévi-Strauss Confiné
11 Avril 2020
Hitchcock confiné
25 mars 2020
Reine Elisabeth confinée
12 avril 2020
Giacomo Casanova confiné
Portrait par son frère peintre
11 avril 2020
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Rencontre mardi 10 mars 2020 à 19h

Rencontre à l’Ecume des pages

Librairie 174 Bld St-Germain 75006 Paris

Hélène Bihery parle avec Lydia Flem

Une Trilogie familiale

Pour la première fois réunie en un seul volume, la trilogie familiale de Lydia Flem se lit comme le roman de la transmission sur trois générations d’une histoire d’amour, de deuil et d’orages émotionnels. Au moment de clore Comment j’ai vidé la maison de mes parents (2004), Lydia Flem n’a pas mis de point final. Aussi a-t-elle enchaîné avec les Lettres d’amour en hé ritage (2006), où elle raconte la correspondance amoureuse entre Boris et Jacqueline, ses parents. Dans la foulée, comme c’est au même moment que les parents nous quittent et que les enfants nous larguent, est né le troisième volet, Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils (2009).

À la Une

Série « Féminicide »

Artemisia Gentileschi, 2016

Exposée par la Galerie Françoise Paviot à ParisPhoto 2018

Sélectionnée par le Parcours Elles X

Musemedusa, revue de littérature et d’art modernes : dossier 15 Féminicide http://musemedusa.com/dossier_6/flem/

Féminicide, Artemisia Gentileschi, 2016


« Une après-midi de novembre 2016, une paire de vieux ciseaux à la main, (peut-être les avais-je trouvés en vidant la maison de mes parents), je travaillais à une série de photographies autour de l’écriture. Soudain le téléphone sonna. Maurice Olender me fit part de la préparation d’une soirée « Coïncidences » à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, autour du livre d’Ivan Jablonka, Laetitia ou la fin des hommes. Il me proposait, à la demande de l’auteur, d’y prendre la parole. À cette invitation, je pris le risque de répondre que je souhaitais à cette occasion créer une nouvelle série d’images.
Ayant raccroché, les ciseaux de papier toujours à la main, il me vint à l’idée de découper en zig zag quelques publicités de femmes vantant des parfums de luxe. Puis, j’aperçus une reproduction de la Fornarina de Raphaël qui se trouvait dans mon bureau ; j’y posai la paire de ciseaux ouverte encadrant son regard. Ensuite, j’ai cherché parmi les livres de ma bibliothèque, les visages iconiques des muses qui célèbrent la beauté idéalisée des femmes depuis des siècles, ces visages que tout le monde connaît et reconnaît : Vénus de Botticelli, Jeune fille à la perle de Vermeer, Flore de Rembrandt, Amies de Klimt, etc.
Sur de très banales reproductions de chefs d’œuvre de l’histoire de l’art occidental, j’ai posé mes ciseaux rouillés, avant de les photographier. Je revendique cette banalité de la forme parce qu’elle résonne avec la banalité du fond : ce mélange millénaire de l’exaltation de la beauté féminine et de la violence qui ne cesse d’être faite aux femmes parce qu’elles sont des femmes.
En février 2017, au cours de cette soirée à la Maison de l’Amérique latine, que dirige François Vitrani, j’ai projeté une vidéo de 3’30 qui faisait défiler près de 70 photographies de cette série, que j’ai nommée Féminicide, concept juridique, né en Amérique latine, devenu ici concept, outil et dispositif esthétique. »
Lydia Flem

À la Une

The photographs of Lydia Flem

couv Photo bilingue LF

Les Photographies de Lydia Flem. The Photographs of Lydia Flem,  avec des textes de : Yves Bonnefoy, Alain Fleischer, Fabrice Gabriel, Hélène Giannecchini, Agnès de Gouvion Saint- Cyr, Donatien Grau, Ivan Jablonka, Jean- Luc Monterosso, Catherine Perret, François Vitrani, édition bilingue français/ anglais, ed. Maison européenne de la photographie, Maison de l’Amérique latine, Institut français de Berlin, 2014.

Yves Bonnefoy

« Lydia Flem’s photographs take their place within the history of photography only by inscribing a difference there. (…)

The objects photographed by Lydia Flem exist only by and through us, they are of the same kind as those she found in her parents’ home, where they asked her to be able to go on being, and that she should do so herself. This way of photographing has grasped in the thing itself the yet invisible movement whereby it withdraws into itself, and thus falls completely into this space of matter that is repressed by the places we institute but, from the depths of this abyss, reaches out to us. » (p.117 et ss)

IMG_4062.- Une bulle irisée-27 avril 2011
Une bulle irisée (Extrait de la série’L’atelier de la Reine Alice’)

Alain Fleischer

« In these images that Lydia showed me, what I was seeing was clearly visual writing, made up of a set of organised and mastered signs, with a sense of space, a sense of sign-objects, symbol-objects and trace-objects, and of the relations between them, of light and perspective. This visual writing produces a series of enigmas to be deciphered in the mysterious mode that sometimes characterises poems. I told Lydia that for me hers was the work of an authentic photographer, a case of what, with a rather inadequate formula, we in France call “photographie plasticienne.” I remember the seminal exhibition Ils se disent peintres, ils se disent photographes curated by Michel Nuridsany at the Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris in the early 1980s. Alongside photographers who presented themselves as such there were also artists who, although working only with photography, insisted on being called painters – an attitude and a form of vanity that I have always contested. For sure, there are different families in the world of photography, but I still think that every image produced with a camera on a photographic support is above all else a photograph. » (p.133 et ss)

IMG_1559-Cassé,Rongé,Rouillé-27 octobre 2009-

Catherine Perret

« Today’s photographic images are produced by bodies that are equipped not with cameras but with computers fitted with cameras. By bodies whose perceptions are no longer dominated by the sense of vision. Freed from the analogy with vision, the photographic image refers back to a support that has no referent. Or at least, a support whose referent is no longer space seen by the eye of the lens, alias, the eye of the person operating the camera: visual space, but visible space. This space is the psychic space which refers to no real other than the fiction of life that is being invented: the fiction of the work. Only an analyst, my dear Lydia, could take this step seemingly without noticing it, so smoothly. And you are one of those artists (often women artists, as if by coincidence) who have taken photography through the mirror. »

 

« Panique » en accès libre Seuil/ DIACRITIK

Christine Marcandier
À lire sur diacritik.com/

Lydia Flem (Hugues Vas, Wikipedia)

« Ya-t-il jamais eu des explorateurs de l’angoisse qui soient descendus en chute libre au fond de la panique puis en soient revenus pour en témoigner ? ». Une exploratrice certainement, Lydia Flem, qui dans un texte offert à la lecture dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », déploie l’un de ces moments que l’on nomme trop légèrement sans doute une « crise de panique » pour montrer combien cet état limite est une « expérience de l’intime extrême ».

Comment dire « cela », « cette chose innommable, ce dessaisissement, cette irraison ? », « comment dire une attaque de panique sans l’abraser ? » : tel est le défi de ce livre qui diffracte un moment, de sa naissance à son dénouement, selon l’apparente chronologie d’une journée 8h58, 9h03, 9h04, 9h06 etc. alors que la panique est justement ce qui désaxe toute horloge, efface le monde extérieur de sa « puissance déréalisante » (22 h), contamine toute sensation et plonge l’être dans un combat vain avec soi. « Je n’en peux plus de me battre contre moi-même » (20h27).

Ce je, c’est Lydia Flem, c’est vous, moi, plongés dans l’ordinaire d’une angoisse qui soudain nous submerge et façonne le monde selon ses propres contours : « Elle rampe d’abord, se faisant sentir de-ci de-là, un peu à la fois, puis elle insiste, pèse de plus en plus » (17h25) — et nul ne devrait, comme je le fais ici, citer ce texte dans le désordre, tant sa logique littéraire se doit d’être suivie… épousant celle de cette peur irradiante qui recouvre tout, depuis ce mot-titre, Panique, apparition de Pan, terreur totale, singulière comme multiple, un état si extrême qu’il brouille jusqu’à l’étymologie du mot pour le dire. Quelle origine du terme, quel sens grec, un dieu, une totalité ? Comment même dire cet état tant on a le plus souvent honte et tant on cache s’être laissé attaquer et submerger par ce sur quoi l’on n’a plus prise, ce « parasite à demeure » (14h48) ?

Panique est alors reconquête — et d’abord de ce qui a échappé dans la vie ordinaire : au feu rouge d’un carrefour banal, pompe à essence sur la gauche, café Terminus sur la droite, soudain tout déraille. La crise monte, tout s’efface tandis que demeurent inaltérablement présents, mais radicalement extérieurs à soi, arbres, immeubles, voitures pressées et présents, poursuivant leur existence banale tandis que le vide aspire la conductrice. Et la crise passe, semble s’éloigner, la conductrice redémarre. Mais qui est-elle vraiment désormais ? « Qui suis-je ? Celle qui est saisie par la panique ou celle qui, entre deux angoisses, reprend le cours banal de sa vie ? » (9h12). Ce sont ces moi auxquels se confronte avec virtuosité Lydia Flem dans Panique : elle est le sujet en proie à cette crise qui la mue en objet ; elle est celle qui se dédouble et observe les causes objectives de ces attaques — être sur le point de prendre l’avion pour donner une conférence à New-York et devoir accepter d’être à la merci de « cet engin en tôle légère qui prétend faire l’oiseau » ; se savoir agoraphobe et claustrophobe ; avoir hérité des angoisses de sa mère. Mais ces entrées objectives ne sont que des portes entrouvertes et il faut à l’auteure entrer dans la pièce centrale, effrayante, nous faire pénétrer à sa suite dans un texte fait de fragments comme autant d’instants devenus stations pour mieux approcher et articuler, saisir et façonner ce moment d’acmé qui paradoxalement s’étire. Panique est un « mon cœur mis à nu », une plongée dans ce que nous taisons et cachons, que Lydia Flem explore dans un livre qui est une immense méditation sur le temps, sur la manière dont il joue de strates présentes, passées et à venir pour mieux nous occuper (comme on assiège) et dont le récit, lui-même flux, parvient à délivrer les prisonnières et prisonniers que nous sommes.

Lydia Flem, Panique, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », mars 2005, 134 p., 14 € 20 — en accès libre dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », le temps du confinement