PRÉFACE de Léon POLIAKOV

Au livre de Lydia Flem, Le Racisme, éd. MA, 1985.

Depuis quelques années, on discute des méfaits du racisme, dans les journaux, sur les ondes et dans la conversation quotidienne, avec une fréquence croissante. Il s’agit cependant d’un terme récent, quasiment d’un néologisme, puisqu’il n’a été forgé qu’il y a une cinquantaine d’années, à la faveur de la création, en plein cœur de l’Europe, d’un « État racial », du Rassenstaat hitlérien, d’odieuse mémoire. Il va de soi que le préjugé qu’il désigne est beaucoup plus ancien, encore qu’on discute sur ses origines : la plupart des auteurs le font remonter aux XVI-XVIIe siècles, parallèlement au développement de l’esprit scientifique, et voient donc en lui un phénomène spécifiquement européen. Mais avant d’y venir, il convient de montrer à quel point le terme en question est inadéquat, voire piégé, puisqu’il entretient d’une certaine façon le mal qu’il condamne. En effet, il suggère, en vertu de son étymologie, que les races humaines, dont Lydia Flem montre bien qu’elles ne sont qu’une vue surranée de l’esprit, existeraient réellement, et seraient la vrai cause du racisme, justifiant insidieusement de la sorte le préjugé qu’il s’agit de combattre. C’est pourquoi d’excellents auteurs ont suggéré une autre terminologie[1]) ; mais il semble qu’il soit impossible de changer par décret l’usage universel de la langue… Du reste, en 1985, l’observation quotidienne nous apprend à quel point les arguments des savants, tout comme les plaidoyers des hommes ou organisations de bonne volonté, voire les dispositions des gouvernements, sont impuissants à éradiquer le détestable phénomène qui à pour nom racisme. Lire la suite