Lettres d’amour en héritage, 2006

« Parmi tous les souvenirs qui me restaient de mes parents, ceux qui occupaient une place unique, les plus fragiles, peut-être, se trouvaient dans trois boîtes découvertes dans leur grenier. Trois boîtes en carton que j’avais emportées chez moi sans les ouvrir. Je savais qu’elles contenaient la correspondance amoureuse que mes parents avaient échangée pendant trois ans, entre leur rencontre fin septembre 1946 et leur mariage le 1er décembre 1949. Fallait-il les jeter sans les regarder ou bien les lire ? Etait-ce indiscret ou même incestueux ? Ce que j’y découvrais, ce n’était pas seulement une histoire d’amour, pas seulement la naissance d’un couple qui vécut plus de cinquante ans ensemble, mais quelque chose d’une cosmogonie, d’une histoire fondatrice, d’un miroir où chacun voudrait se reconnaître : le désir d’être né de l’amour. Notre histoire ne s’écrit pas sur une feuille blanche ; dès notre conception, nous nous trouvons saisis dans une autre histoire, celle de nos parents, de nos grands-parents, même si nous naissons longtemps après leur mort. Dans la suite des générations, notre place est désignée, nous ne sommes pas libres de nous-mêmes. Il nous faut assumer le passé pour ouvrir les horizons du présent. « 

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Film : Notre Gai Savoir

C’est à l’occasion de l’exposition de Lydia Flem « Journal implicite » à la MEP (du 15 avril 2015 au 14 juin 2015) que Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison Européenne de la photographie a demandé à Alain Fleischer de réaliser un film.

 Notre Gai Savoir
réalisation Alain Fleischer – production La MEP / Le Fresnoy / Solilok – 45′

Six amis se retrouvent au Waldhaus-Hôtel, à Sils-Maria, fin 2014. Une parenthèse hors du temps où les discussions philosophiques les plus enjouées alternent avec des jeux de chaises, musicales, comme il se doit. Lire la suite

« Panique » en accès libre Seuil/ DIACRITIK

Christine Marcandier
À lire sur diacritik.com/

Lydia Flem (Hugues Vas, Wikipedia)

« Ya-t-il jamais eu des explorateurs de l’angoisse qui soient descendus en chute libre au fond de la panique puis en soient revenus pour en témoigner ? ». Une exploratrice certainement, Lydia Flem, qui dans un texte offert à la lecture dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », déploie l’un de ces moments que l’on nomme trop légèrement sans doute une « crise de panique » pour montrer combien cet état limite est une « expérience de l’intime extrême ».

Comment dire « cela », « cette chose innommable, ce dessaisissement, cette irraison ? », « comment dire une attaque de panique sans l’abraser ? » : tel est le défi de ce livre qui diffracte un moment, de sa naissance à son dénouement, selon l’apparente chronologie d’une journée 8h58, 9h03, 9h04, 9h06 etc. alors que la panique est justement ce qui désaxe toute horloge, efface le monde extérieur de sa « puissance déréalisante » (22 h), contamine toute sensation et plonge l’être dans un combat vain avec soi. « Je n’en peux plus de me battre contre moi-même » (20h27).

Ce je, c’est Lydia Flem, c’est vous, moi, plongés dans l’ordinaire d’une angoisse qui soudain nous submerge et façonne le monde selon ses propres contours : « Elle rampe d’abord, se faisant sentir de-ci de-là, un peu à la fois, puis elle insiste, pèse de plus en plus » (17h25) — et nul ne devrait, comme je le fais ici, citer ce texte dans le désordre, tant sa logique littéraire se doit d’être suivie… épousant celle de cette peur irradiante qui recouvre tout, depuis ce mot-titre, Panique, apparition de Pan, terreur totale, singulière comme multiple, un état si extrême qu’il brouille jusqu’à l’étymologie du mot pour le dire. Quelle origine du terme, quel sens grec, un dieu, une totalité ? Comment même dire cet état tant on a le plus souvent honte et tant on cache s’être laissé attaquer et submerger par ce sur quoi l’on n’a plus prise, ce « parasite à demeure » (14h48) ?

Panique est alors reconquête — et d’abord de ce qui a échappé dans la vie ordinaire : au feu rouge d’un carrefour banal, pompe à essence sur la gauche, café Terminus sur la droite, soudain tout déraille. La crise monte, tout s’efface tandis que demeurent inaltérablement présents, mais radicalement extérieurs à soi, arbres, immeubles, voitures pressées et présents, poursuivant leur existence banale tandis que le vide aspire la conductrice. Et la crise passe, semble s’éloigner, la conductrice redémarre. Mais qui est-elle vraiment désormais ? « Qui suis-je ? Celle qui est saisie par la panique ou celle qui, entre deux angoisses, reprend le cours banal de sa vie ? » (9h12). Ce sont ces moi auxquels se confronte avec virtuosité Lydia Flem dans Panique : elle est le sujet en proie à cette crise qui la mue en objet ; elle est celle qui se dédouble et observe les causes objectives de ces attaques — être sur le point de prendre l’avion pour donner une conférence à New-York et devoir accepter d’être à la merci de « cet engin en tôle légère qui prétend faire l’oiseau » ; se savoir agoraphobe et claustrophobe ; avoir hérité des angoisses de sa mère. Mais ces entrées objectives ne sont que des portes entrouvertes et il faut à l’auteure entrer dans la pièce centrale, effrayante, nous faire pénétrer à sa suite dans un texte fait de fragments comme autant d’instants devenus stations pour mieux approcher et articuler, saisir et façonner ce moment d’acmé qui paradoxalement s’étire. Panique est un « mon cœur mis à nu », une plongée dans ce que nous taisons et cachons, que Lydia Flem explore dans un livre qui est une immense méditation sur le temps, sur la manière dont il joue de strates présentes, passées et à venir pour mieux nous occuper (comme on assiège) et dont le récit, lui-même flux, parvient à délivrer les prisonnières et prisonniers que nous sommes.

Lydia Flem, Panique, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », mars 2005, 134 p., 14 € 20 — en accès libre dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », le temps du confinement

Série : « Le Grand confinement », 2020

Alice a- t-elle rêvé son rêve de l’autre côté du miroir?
lundi 11 mai 2020
Georges Perec confiné
22 avril2020
Ena Wertheimer confinée
27 mars 2020

Frida Khalo confinée
23 mars 2020
Hedy Lamaar confinée
Inventrice du wifi
22 avril 2020
Virginia Woolf confinée dans un carré de menthe
19 mars 2020
Freud confiné
30 mars 2020
Reine Elisabeth confinée
12 avril 2020
Giacomo Casanova confiné
Portrait par son frère peintre
11 avril 2020

Feuilleton littéraire de Camille Laurens. Le Monde des livres 13 mars 2020

Notre feuilletoniste a lu la bouleversante « trilogie familiale « de l’écrivaine et psychanalyste belge, trois textes réunis pour la première fois en un seul volume.

SÉPARATIONS

Faut-il être psychanalyste pour voir dans la séparation une constante de notre existence ? Selon Freud, elle inaugure toute naissance, faisant peser sur le sentiment de dépendance absolue du nouveau-né à la fois la nécessité d’être aimé et l’angoisse de ne plus l’être. Si l’apprentissage de la séparation est un processus normal vers l’individuation et l’autonomie de l’enfant, les ratés émaillent souvent la suite de la vie, où pertes et deuils peuvent réactiver jusqu’à la mélancolie la peur de rester seul au monde. Il n’est guère d’adulte, aussi peu névrosé soit-il, qui n’ait un jour connu cette douloureuse épreuve. C’est ce que souligne la « trilogie familiale » de l’écrivaine et psychanalyste belge Lydia Flem dans un recueil de trois textes parus respectivement en 2004, 2006 et 2009 et réunis pour la première fois en un seul volume.

Diacritik entretien vidéo : « Découvrir des sensations dont on ne parle jamais » (Une trilogie familiale)

Comment j’ai vidé la maison de mes parents est de ces récits, rares, que l’on ne peut se contenter de lire : on le relit et reprend, on s’y reconnaît, on le conseille, on le partage. Il semble ne pouvoir connaître de fin en nous à l’image de son absence de point final, comme de…
— À lire sur diacritik.com/2020/03/09/lydia-flem-decouvrir-des-sensations-dont-on-ne-parle-jamais-une-trilogie-familiale/