Race et Racisme

Extrait de

Le livre « Le Racisme » de Lydia Flem, avec une préface de Léon Poliakov, a été publié aux éditions M.A. en 1985.

Vous pouvez trouver ici la reprise des articles qui en faisaient partie (en cours).                      Saisie des textes :  Selma Olender.

RACE

Le mot « race » apparaît en français au XVIe siècle. Il dérive de l’italien « razza », « sorte », « espèce », qui vient lui-même du latin ratio, « raison », « ordre des choses », « catégorie », « espèce », et qui prend le sens de « descendance » en latin médiéval. Au XVIe et au XVIIe siècles, le mot race est surtout utilisé par les familles nobles les plus importantes ; il passa ensuite dans l’usage pour désigner de plus vastes groupes humains auxquels on supposait des traits physiques communs. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’on attribua en plus d’une ressemblance morphologique et d’une marque biologique communes, une ressemblance sociale, morale, culturelle. Les philologues découvrirent des familles linguistiques et les anthropologues les identifièrent à des races, ainsi naquirent la « race aryenne » et la « race sémite ». En cette fin du XXe siècle, les biologistes et les généticiens des populations affirment qu’aujourd’hui pour la science, les « races humaines » n’existent pas.

Les anthropologues du XIXe siècle avaient énergiquement cherché à classer l’espèce humaine selon différentes caractéristiques physiques sans pourtant jamais trouver une taxinomie satisfaisante : volume du crâne, volume du cerveau, couleur de la peau, forme des cheveux, du nez, de la stature, indice céphalique… Après l’introduction, au début du XXe siècle, des travaux de la génétique, cette recherche de caractères physiques visibles (ou phénotypes) s’est transformée en un questionnement à propos des facteurs transmissibles héréditairement ou gènes (génotypes). Ainsi les généticiens des populations relèvent la répartition de certaines caractéristiques, celles du sang par exemple, au sein des différents groupes humains de la planète. Cet « atlas » des gènes humains permet, selon Albert Jacquard, certaines constatations : La première est que « la recherche de gènes « marqueurs » caractéristiques d’une race à pratiquement échoué. Un gène aurait réellement constitué un « marqueur » s’il avait été présent uniquement dans une certaine race et dans une proportion non négligeable des individus appartenant à cette race ». Ainsi a-t-on pu isoler le gène Gm6 en Afrique noire mais la proportion est extrêmement faible et, par ailleurs, récemment, on a pu en trouver aussi en Normandie ! La seconde constatation est que « les diverses populations ne peuvent pas être caractérisées de façon absolue, mais selon des échelles continues ».

Et comme le conclut François Jacob : « Ce que peut finalement affirmer la biologie est que :

  • ­­­le concept de race a perdu toute valeur opératoire, et ne peut que figer notre vision d’une réalité sans cesse mouvante ;
  • le mécanisme de transmission de la vie tel que chaque individu est unique, que les individus ne peuvent pas être hiérarchisés, que la seule richesse est collective : elle est faite de la diversité. Tout le reste est idéologie ».

En effet, la notion de race est une notion d’idéologie et affirmer que la race n’est plus un fait scientifique n’empêche pas le racisme d’exister comme violence quotidienne, de l’injure à l’assassinat, pour les hommes de la rue, mais aussi pour les lois de certains Etats. Et si une partie de la communauté scientifique ne se fait plus l’alibi de discours racistes, il n’en reste pas moins que la domination et l’exclusion qui s’effectuent au nom de différences « raciales » continuent à forger des réalités affectives concrètes et à signer des arrêts de mort.

Comme le souligne Colette Guillaumin, « montrer l’inconsistance d’une telle catégorie dans le domaine scientifique est tout à fait insuffisant pour la faire disparaître des catégories mentales même des gens les mieux intentionnés ».

C’est là aussi une question délicate de vocabulaire, qui pose, par ailleurs, toute la difficulté des stratégies de lutte contre ce qu’on appelle donc, improprement, « le racisme ».

Il faudrait trouver au phénomène social, à cette catégorie de pensée, et de lois, un nom spécifique pour ne pas « faire voyager deux individus avec les mêmes papiers » (C. Guillaumin).

Les groupes auxquels la société accole le nom de race sont divers et de vont de la religion (Les Arméniens, les Juifs) à la fonction sociale (les nobles sous l’Ancien régime) en passant par le métier (en Alsace, les Gitans sont souvent nommés les Vanniers : les travailleurs immigrés). Le mot « race » sert souvent à travestir tout simplement des antagonismes sociaux, des rivalités et des rapports de domination. Le raciste cherche à enfermer les individus avec lesquels il entre en conflit dans l’unité imaginaire d’un groupe « biologique », d’une « race », justifiant ainsi sa haine des autres par un discours qui se réfère à un ordre naturel immuable.

Nier, même scientifiquement, l’existence de différences « raciales » ne résout pas un problème qui se pose ailleurs et en d’autres termes. C’est la rencontre de différences en tant que telles, — différences ethniques, religieuses, linguistiques, géographiques, historiques, économiques, socio culturelles —, et la difficulté majeure qu’éprouvent les hommes à se rencontrer et à gérer les relations humaines, à négocier leurs conflits, qui est véritablement problématique. Porter cette problématique sur le plan de la nature et de la biologie, c’est vouloir s’aveugler, et de plus, rationaliser par des théories son aveuglement. C’est aussi utiliser politiquement de fausses évidences ; baptiser « raciaux » des affrontements sociaux et culturels, c’est agiter la fibre affective des préjugés, stéréotypes, rumeurs et autres slogans qui s’inscrivent dans la longue durée des mentalités collectives et ont toujours au moins un siècle de retard sur les conclusions savantes.

Lecture

  • Colette GUILLAUMIN, L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel. Paris, La Haye, Mouton, 1972.
  • Jean HIERNAUX (éd.), La diversité biologique humaine. Masson, 1980.
  • François JACOB, « Biologie-Racisme-Hiérarchie » in Le Racisme, Mythes et sciences,

Complexe, Bruxelles, 1981, p. 107-109, ainsi que de nombreuses autres pages de ce même volume, M. OLENDER (éd.).

Cf. Aryen, Racisme, Renaissance.

 

RACISME

« Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d’individus, de quelque façon qu’on le définisse, l’effet nécessaire d’un commun patrimoine génétique » (Lévi-Strauss).

« Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences biologiques, réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de la victime, afin de justifier une agression » (Albert Memmi).

« On doit pouvoir délimiter le concept racisme comme désignant toute conduite de mise à part revêtue du signe de la permanence. Ce signe de mise à part étant actuellement le signe biologique qui offre toute garantie de permanence dans notre système idéologique »

(Colette Guillaumin).

 

La pensée raciste se construit à partir de deux affirmations : l’existence de races au sein de l’espèce humaine et le classement de celles-ci selon une échelle de valeur en « race supérieure » et « races inférieures » ; cette hiérarchisation, établie en fonction d’une essence naturelle, justifiant un comportement qui vise à minoriser et à inférioriser un groupe particulier.

En s’appuyant sur une supposée supériorité biologique, la société occidentale s’est affirmée contre d’autres groupes humains. A partir de différences de culture, de religion, de mentalité, d’histoire, les Européens ont imaginé des caractères raciaux, enfermant les « racisés » dans des catégories « naturelles » immuables, au nom desquels ils se sont arrogé le droit de dominer, d’exploiter, d’humilier, d’exclure et de tuer d’autres hommes, d’autres femmes, d’autres enfants.

Le racisme n’est pas seulement une idéologie, une théorie, une opinion ou un préjugé, c’est une relation sociale de domination. Un rapport de force qui se justifie en faisant appel à la « Nature » et à la « Science » et qui engendre très concrètement violences et souffrances.

Il y a dans la notion de racisme la double idée d’une altérité marquée dans le corps et d’un enfermement de l’autre dans cette marque. Cet enfermement revêt généralement un pôle négatif et un pôle positif. La haine et l’hostilité ne définissent pas à elles seules l’affect raciste. En même temps que s’expriment le mépris, le dégoût, la crainte, la condescendance, il existe aussi des sentiments d’admiration, d’envie, de fascination. Si on juge un groupe humain inférieur par intelligence et le goût au travail, par exemple, on lui reconnaîtra, en même temps, des aptitudes pour la musique ou la danse, une gaité « naturelle » et des performances sexuelles remarquables. Ainsi, Gobineau parlait-il de son « admiration désespérée » pour certaines civilisations qui l’horrifiaient. De la même manière, tout antisémite a « son bon juif », tout colon « son bon nègre ». Les qualités ou aptitudes reconnues à l’autre sont généralement peu valorisées socialement, ou alors, elles sont le signe d’une fourberie cachée, plus grande encore une fois découverte.

L’Affaire Dreyfus donne de nombreux exemples de cette capacité d’enfermer l’autre dans une image qui transforme les éléments positifs en preuves à charge. Ainsi, lors de l’instruction, l’officier termine son rapport : «  Le capitaine Dreyfus possède, avec des connaissances très étendues, une mémoire remarquable ; il parle plusieurs langues, notamment l’allemand, qu’il sait à fond, et l’italien, dont il prétend n’avoir plus que de vagues notions ; il est de plus doué d’un caractère très souple, voire même obséquieux qui convient beaucoup dans les relations d’espionnage avec les agents étrangers. Il était donc tout indiqué pour la misérable et honteuse mission qu’il avait provoquée ou acceptée, et à laquelle, fort heureusement peut-être pour la France, la découverte de ses menées a mis fin ». Ce mécanisme de retournement se retrouve dans l’enquête à domicile : « La perquisition qui a été pratiquée à  son domicile a amené, ou à peu de chose près, le résultat indiqué par lui. Mais il est permis de penser que, si aucune lettre, même de famille, sauf celles des fiançailles adressées à Mme Dreyfus, aucune note, même des fournisseurs, n’a été trouvée dans cette perquisition, c’est que tout ce qui aurait pu être en quelque façon compromettant avait été caché ou détruit de tout temps ».

La pensée raciste enferme le « racisé » dans l’image qu’il en a, lui, le « racisant ». « Je n’ai pas à être ce que vous voulez que je sois » déclarait Cassius Clay. La violence raciste n’est pas seulement physique,  elle atteint non seulement la vie mais aussi la liberté individuelle de se définir et de se percevoir en fonction de ses propres caractéristiques psychologiques.

« Or quel signe porte avec le plus de force le refus de l’identité ? Quel moyen permet de faire la différence souhaitée un blason identifiable, sinon le signe physique, la « marque » ? » s’interroge Colette Guillaumin, pour qui, dans le racisme, la race est le signe de la permanence. {La race} « est garante de la vérité de ces différences, de leur irréversibilité et de leur caractère d’essence, car le signe physique ne se change pas : il est indélébile ». Et elle ajoute : « Corrélativement, le majoritaire, lui, n’est pas marqué ; il représente au contraire la liberté vis-à-vis de la marque. Contrairement à ce que la logique pourrait nous apprendre, les caractères physiques du majoritaire n’en sont pas. Qui pense que le blanc est une couleur ? Que les chrétiens ont une race ? Qui pense que l’homme se définisse par un sexe (masculin) ? »

Que des races humaines n’aient jamais pu, malgré de nombreuses tentatives depuis le XVIIIe siècle, être identifiées et isolées, que la notion de race ne soit pas un concept scientifiquement valable et opérant, ne change rien à l’utilisation de la « race » par le racisme pour organiser l’exercice d’une violence. Si, pour les « bons » scientifiques, le concept de race n’existe pas, il n’en demeure pas moins que c’est bien au nom de la race « noire », « sémite » ou « « arabe » que des millions d’être humains sont , ou ont été persécutés et tués : génocide juif et tzigane, politique d’apartheid en Afrique du Sud, ségrégation aux USA, violences à l’égard des immigrés, …

Les preuves de l’existence ou de l’inexistence de différences génétiques repérables entre les groupes humains ne suffisent pas, malheureusement, à créer ou annuler la passion raciste.

La pensée raciste, au sens contemporain, fait son apparition dans la sensibilité européenne à partir du XIXe siècle. Le mot même de racisme date de 1930. Avant cela, l’hostilité à l’égard des « autres », de ceux qui ne partageraient pas les mêmes rites, les mêmes langues, les mêmes coutumes, n’était pas absente mais elle ne fixait pas définitivement un être dans une catégorie close. Au Moyen  Age, un Juif pouvait se convertir, dans l’Antiquité, un esclave pouvait dans certaines circonstances être affranchi et devenir citoyen. Pour les philosophes des Lumières, un sauvage pouvait avec le temps ou l’éducation devenir un homme civilisé. Dans tous ces cas, il était encore possible de passer d’une catégorie à l’autre. A partir du XIXe siècle, un saut idéologique a lieu.

C’est au même moment que les sciences naturelles cherchent l’origine, l’évolution de la vie, le déroulement temporel des phénomènes et que les sciences humaines, par contagion, commencent à utiliser le concept de nature et de race.

La causalité biologique apparaît dans la pensée socio-psychologique. Le terme « hérédité », qui avait jusque-là un sens juridique prend maintenant un sens biologique. Fait sociologique et fait biologique se confondent souvent dans la pensée du XIXe siècle. La nature physique devient la marque visible de la nature psychologique. La race lie caractère physiques et caractères moraux indissociablement.

L’anthropologie physique avec ses classifications raciales, ses mesures de crânes, sa passion des chiffres, la linguistique naissante à partir de laquelle on construit le « mythe aryen » et la confusion entre langues indo-européennes et « race aryenne », la génétique, nourrissent les doctrines racistes. C’est l’époque de Gobineau, Broca, Galton, Drumont, Vacher de Lapouge.

Dans cette nouvelle ère économique et sociale, le racisme apparaît aussi à point nommé pour justifier par une nature irréductible et fatale la place de chacun au sein de la société et, en-dehors d’elle, dans les colonies. Avec les idéaux généreux de la Révolution des Lumières et des Droits de l’Homme en héritage, il faut bien à la société industrielle et libérale du XIXe siècle des justifications solides aux inégalités manifestes et quotidiennes qui se déroulent sous ses yeux. Ce n’est plus à Dieu que l’on s’adresse pour supporter son « destin » mais à la « nature héréditaire » enfouie en chacun, dans sa chair et son sang, dans ses gènes.

Puisque les différences sont désormais marquées dans l’essence de l’être lui-même, pour éliminer cette différence, il faudra supprimer la personne elle-même.

L’antijudaïsme religieux noué à la culture occidentale depuis le début de l’ère chrétienne, se change lui aussi en racisme. Le judaïsme n’est plus une religion mais une race.

Il n’est plus question d’échapper à sa « race », plus question de conversion religieuse, d’enfermement dans des ghettos, d’impôts à payer, de signes distinctifs à porter, de professions auxquelles renoncer, … Plus d’assimilation possible, on retrouvera le fil de votre hérédité raciale. Le temps de pogroms et du génocide advient. On ne cherche plus à modifier une altérité mais à l’anéantir, à tuer un autre.

Pourquoi cette crainte si radicale de l’autre dans l’histoire de l’Occident ? Une société ne peut-elle se fonder sans s’opposer et s’opposer sans détruire ? L’Europe n’a-t-elle pu se penser qu’en terme de conquêtes, toute-puissante et universelle ? Pourquoi les Espagnols débarquant sur un continent qu’ils croyaient indien se demandent-ils si les autochtones sont des bêtes ou ont une âme alors que ceux-ci s’interrogent pour savoir si les nouveaux arrivants sont des dieux ? La culture occidentale s’est-elle rêvée auto-suffisante ? A ces questions, il n’y a sans doute pas plus un réponse qu’il n’y a une vérité.

L’histoire des traits projetés sur l’autre, le différent, le minoritaire, le dominé, le colonisé, le « racisé », raconte sans doute plus sûrement, en creux, les fantasmes de ceux qui les projettent que ceux qui y sont enfermés. Par ce qu’ils supposent aux autres, on pourrait reconstruire ce qu’ils ne supportent pas d’être ou, au contraire, ce qu’ils envient et ne peuvent se résoudre, à ne point posséder : un autre sexe, une autre sexualité, d’autres manières de vivre, de penser, de croire, d’autre généalogies, …

La pensée raciste n’est pas une pensée rationnelle, les énoncés qui sont les siens sont toujours de l’ordre de l’imaginaire, même s’ils peuvent s’élaborer parfois à partir de « restes » de réalité, comme Freud parle de « restes diurnes » à partir desquels se construisent les rêves.

Gavin I. Langmuir a proposé de distinguer trois types d’énoncés : les énoncés réalistes, qui expriment l’hostilité d’un groupe à l’égard d’un autre groupe avec lequel il est en concurrence directe ; les énoncés xénophobes qui sont construits à partir de généralisation abusive et les énoncés clairement racistes qu’il nomme Chimériques, c’est-à-dire, construits à partir d’affirmations purement imaginaires.

Cet aspect fantasmatique du racisme ne facilite pas la réflexion ni l’analyse car une autre des grandes caractéristiques des énoncés racistes tient à leur aspect d’évidence. Les préjugés, les stéréotypes, les slogans racistes font partie d’un savoir partagé, des valeurs communément admises à un moment historique d’une société.

 

Lecture

  • Allan CHASE The Legacy of Malthus. The Social Cast of the New Scientific Racism, New York, Alfred A. Knopf, 1977.
  • Christian DELACAMPAGNE L’Invention du racisme, Fayard, 1983.
  • Colette GUILLAUMIN L’Idéologie raciste : genèse et langage actuel, Mouton, 1972.
  • Gavin I. LANGMUIR, « Prolegomena to any present analysis of hostility against Jews », in Information sur les sciences sociales, 1976, XV-4/5, p. 689-727.
  • Claude LEVI-STRAUSS, « Race et histoire », i Anthropologie structurale deux, Plon, 1977.
  • Léon POLIAKOV, Christian DELACAMPAGNE et Patrick GIRARD, Le Racisme, Seghers, 1976.

Lydia Flem au miroir de Claude Cahun

Colloque

Lydia Flem au miroir de Claude Cahun: une poétique de l’anamorphose

Vendredi 29 Mai 2015, 14:00

Dans ses travaux consacrés aux perspectives dépravées, Jurgis Baltrušaitis observe que si les surréalistes ont largement œuvré en faveur du renouveau des formes anamorphiques au début du XXe siècle, c’est pour inscrire celles-ci dans une poétique de l’informe et du désordre. Car c’est en effet «la puissance déformatrice et non restauratrice des formes déformées» (Jurgis Baltrušaitis, Anamorphoses ou Thaumaturgus opticus, Les perspectives dépravées, Paris, Flammarion, 1984, coll. «Idées et recherches», p. 195) que favorisent ces nouvelles anamorphoses désormais «sans retour» – puisque le terme désigne, selon sa racine étymologique, toute forme qui revient, ou redevient «normale» sous un certain point de vue.

Claude Cahun, à la fois proche et distante du surréalisme, s’est illustrée dans cette poétique de la distorsion qu’elle a notamment appliquée à sa propre représentation. Pièce maîtresse de son œuvre photographique, l’autoportrait réalisé pour la revue Bifur en 1929 allonge ainsi le crâne rasé de l’artiste pour, selon les termes de François Leperlier, «déstabiliser la perception du réel [et] faire valoir la souveraineté de l’imaginaire» («L’œil en scène», introduction à Claude Cahun, Arles, Actes Sud, coll. «Photo Poche», 2011). Près d’un siècle plus tard, ce reflet de Claude Cahun ressurgit sous les traits d’une nouvelle «femme chauve»: Lydia Flem, psychanalyste, écrivaine et photographe, pose devant la webcam de son ordinateur, le crâne dénudé par la chimiothérapie, recouvert d’une couronne de post-it bariolés. Entre 2008 et 2010, l’artiste, atteinte d’un cancer, réalise ainsi une série de clichés publiés sur son blogue. Ces images seront plus tard insérées dans le récit autofictionnel La Reine Alice (2011), parodie de Through The Looking Glass où la narratrice Alice, alter ego de l’auteure, passe un jour «de l’autre côté de soi» après avoir aperçu dans le miroir une masse suspecte du cancer contre son sein.

À partir de ces deux autoportraits aux caractéristiques anamorphiques, cette communication présente un double objectif:

– Démontrer que si La Reine Alice s’inscrit bel et bien dans l’héritage carrollien, l’œuvre photographique que Lydia Flem construit depuis maintenant quelques années doit aussi se penser au reflet d’un autre miroir: celui de Claude Cahun et de ses tableaux photographiques composés de petits objets qui, dans Cœur de Pic notamment, renouent avec l’univers de l’enfance.

– Réfléchir, à partir de cette première démonstration, la façon dont le fait photographique peut, en cherchant à s’affranchir d’un impératif de représentation mimétique, travailler une esthétique de la distorsion soulignant l’irréalité du réel aussi bien que la réalité de l’irréel.

Critique : Glamour

Articles de presse sur « Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans »

Glamour.fr 29 février 2016 – Sophie Rosemont : Souvenirs Fashion

 » Reprendre le mode narratif de Georges Perec était risqué. Mais l’auteure , Lydia Flem, membre de l’Académie Royale de Belgique, réussit haut la main ce challenge de taille. Ainsi, en 479 entrées introduites par l’un des plus célèbres gimmicks de la littérature française, » Je me souviens », elle nous raconte la mode. La sienne, celle des autres, celle qui dit de nos vies. Considérations d’historienne (  » Je me souviens que Yves Saint- Laurent avait un seul regret : ne pas avoir inventé le jean »), de lectrice (« Je me souviens de l’écharpe du Petit Prince »), d’enfant ( » Je me souviens de ma terreur, au cinéma, devant les uniformes nazis »), de femme ( » Je me souviens d’une longue robe coquelicot que j’ai porté à Venise sous l’orage ») : on dévore ce délicieux ouvrage qui nous en apprend autant sur ce qu’est l’élégance que sur nous- mêmes. »

Projection (extrait du « Racisme », Lydia Flem, 1985)

PROJECTION

  « Une perception interne est réprimée et, en son lieu et place, son contenu, après avoir subi une certaine déformation, parvient au conscient sous forme de perception venant de l’extérieur ».

« Le président Schreber »in Cinq psychanalyses, PUF, 1966, p. 311.

 

« Le sujet attribue à autrui les tendances, les désirs, etc., qu’il méconnaît en lui : le raciste, par exemple, projette sur le groupe honni ses propres fautes et ses penchants inavoués ».

Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1967, p. 345.

 

La psychanalyse offre aux sciences humaines un concept particulièrement éclairant pour une réflexion à propos des comportements et de la pensée racistes. Sigmund Freud, puis Mélanie Klein, ont mis en lumière l’existence d’un mécanisme psychique présent dès le début de la vie et qui ne cesse d’accompagner l’être humain : la projection.

   Pour tenter de préserver en lui le « bon » et se débarrasser du « mauvais », le nourrisson, et plus tard l’adulte, projette inconsciemment sur autrui ses pulsions agressives qui lui reviennent ensuite sous la forme d’« objets persécuteurs », miroirs de sa propre violence. Ces persécuteurs peuvent être ressentis soit comme étant au-dehors, donnant le sentiment d’une menace extérieure, soit comme étant au-dedans, faisant naître des craintes de nature hypocondriaque.

   On peut observer que les comportements du raciste banal peuvent se comprendre dans les mêmes termes. L’histoire des réactions antisémites indique bien comment ses deux types de projections peuvent fonctionner : alors que les Juifs étaient regroupés en ghettos et portaient des insignes visibles, telle la rouelle jaune au Moyen Age, ils étaient perçus comme des étrangers extérieurement différents et donc identifiables, c’est-à-dire maîtrisables, ils représentaient une menace extérieure, mais dès le moment où l’émancipation leur a permis l’assimilation, ce qui suppose la disparition d’une altérité visible, le sentiment d’une menace intérieure, invisible est née. Devenus trop proches, trop semblables, on accuse alors les Juifs de complot, de dissimulation, de trahison, d’espionnage au profit d’un ennemi extérieur, de double jeu, de double appartenance, de desseins secrets. Ce sont l’Affaire Dreyfus, les Protocoles des Sages de Sion, etc.

   Comme le souligne Francis Martens, « quand un semblable tient à garder jalousement sa part d’altérité, il devient le lieu de projection idéal de tout le refoulé de son proche voisin », et il poursuit, « dans cette perspective, ce n’est pas tant l’altérité juive que sa parenté fondamentale qui est le vecteur de la paranoïa antijudaïque » et « la frénésie destructive est d’autant plus forte qu’est fragile l’identité ». Ou comme le suggère Hanna Segal, c’est lorsque la personne acquiert une plus grande tolérance envers sa propre agressivité que son besoin de projection diminue. Serait-ce là  une raison de croire aux pouvoirs de l’éducation et d’espérer élever des êtres confiants, lucides et tolérants ? Des recherches menées aux Etats-Unis après la Deuxième Guerre mondiale avaient déjà tenté de montrer que les individus à forts préjugés raciaux avaient généralement subi une éducation sévère et répressive et possédaient une « personnalité autoritaire » ou « antidémocratique ». Ces recherches ont aussi relevé que ces mêmes sujets se soumettaient aux valeurs conventionnelles de leur groupe et avaient une conception hautement moralisée et idéalisée des représentants de l’autorité, qu’ils avaient aussi tendance à refouler leur affectivité et à rejeter toute introspection de leurs mobiles et conflits profonds ainsi qu’à projeter leur fantasmes sexuels et agressifs sur le monde extérieur. Ces traits de personnalité ont été mis en relation avec un mode de pensée ethnocentrique, qui se marque à la fois par un rejet général de tout groupe externe qui s’accompagne d’une idéalisation et d’une soumission au groupe d’appartenance.

   Ces travaux américains révèlent aussi la cohésion interne des deux angoisses persécutives des antisémites qui ne manquent pas de critiquer en même temps l’assimilation des Juifs et leur isolement volontaire. Edouard Drumont, lui prétend ne s’inquiéter que d’une menace intérieure au corps social : « … tout Juif qu’on voit, tout Juif avéré est relativement peu dangereux, il est parfois même estimable ; il adore le Dieu d’Abraham, c’est un droit que nul ne songe à lui contester, et comme on sait à quoi s’en tenir, il est possible de le surveiller. Le Juif dangereux, c’est le Juif vague… C’est l’animal nuisible par excellence et en même temps l’animal insaisissable ».

 

Lecture

  • W. ADORNO The authoritarian personality, N.Y., Harper, 1950.
  • Else FRENKEL-BRUNSWIK, D.J. LEVINSON et R.N. SANFORD, « La personnalité anti-démocratique » in Psychologie sociale. Textes fondamentaux, Dunod, 1965, p. 8-22.
  • Francis MARTENS, « Le Miroir du meurtre » in Le Racisme. Mythes et sciences, Bruxelles, Complexe, 1981, p. 61-72.
  • Hanna SEGAL, Introduction à l’œuvre de Mélanie Klein, PUF, 1969.

L’oeil du désir. A propos de « Venus frigida » de Rubens

L’oeil du désir

venus-frigida

Rubens, Venus Frigida, 1614, Anvers, Musée royal des Beaux-Arts.

Ami(e)s des arts qui venez à notre rencontre aujourd’hui, soyez les bienvenu(e)s. Approchez, là, venez un peu plus près. Faisons connaissance. Laissez courir votre regard sur la surface de la toile, captez les plis baroques de notre théâtre amoureux, imprégnez- vous des mouvements en spirale ou en diagonale, des couleurs contrastées et vibrantes, des jeux sensuels du pinceau, de la joie de peindre de notre créateur bien- aimé. Ouvrez grands les yeux, goutez chaque  détail, faites un pas en arrière, imprégniez- vous à présent de l’impression d’ensemble du tableau. Regardez-nous avec gourmandise et curiosité. Savourez tout à loisir cet instant.

Puis, durant un bref moment, acceptez de fermer les yeux. De quoi vous souvenez- vous sous vos paupières closes? De la chair nue, lumineuse, des courbes de Venus recroquevillée, le dos frissonnant sous le vent aigre du Nord ? De son enfant, le petit dieu de l’amour, Cupidon, transi de froid, tête baissée sous le voile trop léger, ses flèches et son carcan gisant à ses pieds ? De la noirceur du paysage tourmenté ? Du rouge capiteux de la cape qui a chu sur le sol ou du regard lourd, inquiétant, du Satyre aux cornes de bête, la main s’avançant avec convoitise vers la chevelure dorée de la déesse ?

Pierre Paul Rubens, avait 37 ans lorsqu’il nous a réunis tous les trois, – Aphrodite, Eros et le faune- , d’un geste ample, généreux, érudit et sensuel. Tous les trois, ou  tous les quatre, car Rubens est avec nous bien sûr. C’était en 1614, il y a juste quatre cents ans, et nous voici devant vous comme si nous conversions encore autour du chevalet de son atelier anversois, tous prėsents d’une présence intacte.

Avez- vous  déchiffré le titre de notre récit mythologique,Venus frigida. Frigide, la déesse de l’amour, non pas. Venus frigida, c’est la Venus venue des rives de la mer méditerranée et qui frisonne et prend froid dans les plaines du Nord. Le vent décoiffe les branches des arbres, noie le ciel de pluie. La belle Venus ployée, surprise par l’arrivée inopinée d’un être mi-homme, mi-bête, médite, la  bouche songeuse appuyée sur la main, le regard détourné, fuyant, elle échafaude quelque ruse pour échapper au piège qui lui est tendu.

Songez, notre scène ne vous est- elle pas familière, mille fois vue, partout, au  musée, au cinéma, sur  les affiches de publicité ? Une femme à la nudité savamment dévoilée se retrouve  passivement saisie  sous l’oeil désirant d’un homme. « Suzanne et les vieillards », « Femme à sa toilette », « Pan et le Syrinx », des générations de peintres ont repris ce thème… Le cadrage demeure identique depuis des siècles, depuis des millénaires. C’est l’homme qui regarde, c’est la femme qui est vue. L’oeil du désir est un privilège masculin.

Une héroïne antique,  Psyché, l’épouse de Cupidon, osera transgresser l’interdit et dérober du regard la nudité dissimulée de son époux divin. Elle s’en trouvera sévèrement punie, car dans  toutes nos mythologies, qu’elles soient bibliques, grecques ou romaines, toujours la beauté des femmes est à la disposition des hommes, et non l’inverse.

Pierre Paul Rubens rompt, à sa manière, ce scénario, car il ose peindre, amoureusement, des femmes frémissantes de désirs qui les alanguissent et les comblent. Pour lui, l’amour baroque des corps est une fête, non un pêché, une ivresse joyeuse, et partagée.

L’art aussi est une fête, une ivresse des sens et de l’intelligence. »

 

 

Lydia Flem

Nature (Racisme)

NATURE

C’est au moment où, au XIXe siècle, les sciences de la nature, comme on les nommait alors, prennent une extension considérable avec les théories évolutionnistes de Darwin, les recherches sur l’hérédité de Mendel… que les sciences humaines se mettent à utiliser sur la notion de « nature » dans leurs champs de réflexion.

Cette confusion entre des concepts de la pensée biologique et de la pensée sociologique est présente chez de nombreux sociologues, historiens et penseurs de cette époque : Renan, Spencer, Taine, Fustel de Coulanges,… Peu de théoriciens semblent échapper à cette infiltration idéologique dans les territoires de la science.

Le Moyen Age, face aux différences religieuses, proposait (ou contraignait à) la conversion ; le XVIIIe siècle liait les différences politiques et culturelles à des variations géographiques, psychologiques ou sociales et la morale révolutionnaire souhaitait offrir à chacun la liberté individuelle. Mais à partir du XIXe siècle, c’est un déterminisme social d’ordre biologique qui enferme irréversiblement chacun dans « sa nature ».

La nature détermine les particularités de chaque groupe humain et personne ne peut y échapper. Désormais, il devient impossible de passer d’une catégorie à l’autre. Aucun parcours personnel, aucun acquis culturel ne peut modifier une « essence » qui transcende toutes les entreprises d’éducation, de choix ou d’actions. La nature éternelle, inamovible devient pour tous une « fatalité biologique ».

Proust, enfant de son siècle lui aussi, dépeint Swann, Juif assimilé, personnage indispensable aux coteries aristocratiques les plus fermées, devenu vieux et malade, et chez qui, soudain, sa « nature juive » réapparaît : « … le nez de polichinelle de Swann, longtemps résorbé dans un visage agréable, semblait maintenant énorme, tuméfié, cramoisi, plutôt celui d’un vieil Hébreu que d’un curieux Valois. D’ailleurs peut-être chez lui, en ces derniers jours, la race faisait-elle apparaître plus accusé le type physique qui la caractérise en même temps que le sentiment d’une solidarité morale avec les autres Juifs, solidarité que Swann semblait avoir oubliée toute sa vie et que, greffées les unes sur les autres, la maladie mortelle, l’affaire Dreyfus, la propagande antisémite, avaient réveillée » (Salome et Gomorrhe, La Pléiade II, p. 690).

Qu’il y ait des différences de ‘nature’ entre les êtres humains n’est pas nécessairement en soi une idée infamante. Constater que certains hommes préfèrent le riz à la pomme de terre ou le maïs au blé n’implique pas inéluctablement que les uns ont le droit de vivre et les autres celui de servir les premiers ou de mourir. Mais, la société occidentale du XIXe siècle, au nom de la « nature » et de la « race », c’est-à-dire, au nom de différences culturelles et historiques, s’est permis de classer et de hiérarchiser les êtres humains. D’un côté, les hommes « domestiques », ses semblables, à qui sont réservés tous les pouvoirs, intellectuels, sociaux, politiques, techniques, scientifiques et de l’autre côté, les hommes d’une autre nature, « inférieure », « sauvage », « primitive » : paysan, nomade, femme, enfant, étranger, fou, considérés comme objets de conquête, d’exploitation, de conversion religieuse et toujours de fantasmes puissants. Au nom de la « science », nouveau dieu d’une société qui se voulait laïque, la conscience tranquille, le XIXe siècle s’arroge le droit de mépriser, de dominer, d’utiliser et de massacrer d’autres groupes humains. Avec l’idée de nature le racisme moderne est né.

Gustave Le Bon, le psychologue des foules, partageait volontiers ces nouvelles idées venues des biologistes et des linguistes : « Ce qui m’est resté le plus clair dans l’esprit, c’est que chaque peuple possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques » (Les Lois psychologiques de l’évolution des peuples, 1898). Peuple et race étaient souvent des termes interchangeables et c’est l’époque où l’on se met à considérer que les Juifs ne font plus partie de la « race blanche » mais forment la « race sémitique ».

En 1855, Renan écrivait : Je suis… le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine » (Histoire générale et système comparé des langues sémitiques. pp. 4-5). Trente ans plus tard, Renan revint sur cette conception et proclama au contraire, qu’il n’existait pas de type racial juif mais les mots n’effacent pas facilement les mots et l’idée de race sémite et de race aryenne était déjà profondément enracinée. Les Juifs eux-mêmes ou leurs amis l’utilisaient : « Les vertus de cette race (juive)… sautent aux yeux. Ses défauts ou ses vices, qui tendent à disparaître, à s’effacer de jour en jour, sont les restes d’une longue servitude… » (Jules Ferry, ami des Juifs, U.I. 1er avril 1893, p.42).

L’idée de nature doit peut-être sa force et son succès à son aspect de simplicité rassurante, d’évidence tranquille, de concept « fourre-tout » qui évite de définir trop précisément, trop explicitement, des notions confuses qui, sous des allures « scientifiques », relèvent d’une idéologie brutale. Et puis, l’ethnocentrisme venant sans doute avant l’empathie, il paraît difficile à un groupe majoritaire de considérer que ses manières de vivre et de penser ne vont pas de soi et sont, comme la culture des « autres », toutes relatives.

C’est ce que formulait Yves Guyot, un dreyfusard de la première heure : « En France, nous confondons assimilation et uniformité. Nous en sommes encore à la vieille idée platonique du type et nous voulons façonner tous les genre sur le nôtre, comme s’il avait atteint une perfection absolue » (Lettres sur la politique coloniale, 1885, p. 215).

 

 

Lecture

 

–       Colette GUILLAUMIN, L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel, Mouton, 1972.

–       Colette GUILLAUMIN, « Race et nature : système des marques. Idée de groupe naturel et rapports sociaux » in Pluriel, n°11, 1977, p. 39-55.

–       Michaël R. MARRUS, Les Juifs en France à l’époque de l’Affaire Dreyfus. Calmann-Lévy, 1972.

–       Serge MOSCOVICI, La société contre nature, 10/18, 1972.

–       ID, Hommes domestiques et hommes sauvages, 10/18, 1974.

 

Cf. Culture, Darwin, Ethnocentrisme, Génétique, Hérédité, Lumières, Racisme.

Article extrait du livre de Lydia Flem, Le Racisme, M.A. éd, préface de Léon Poliakov, 1985 (épuisé).