Trilogie familiale sur Diacritik

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Feuilleton littéraire de Camille Laurens. Le Monde des livres 13 mars 2020

Notre feuilletoniste a lu la bouleversante « trilogie familiale « de l’écrivaine et psychanalyste belge, trois textes réunis pour la première fois en un seul volume.

SÉPARATIONS

Faut-il être psychanalyste pour voir dans la séparation une constante de notre existence ? Selon Freud, elle inaugure toute naissance, faisant peser sur le sentiment de dépendance absolue du nouveau-né à la fois la nécessité d’être aimé et l’angoisse de ne plus l’être. Si l’apprentissage de la séparation est un processus normal vers l’individuation et l’autonomie de l’enfant, les ratés émaillent souvent la suite de la vie, où pertes et deuils peuvent réactiver jusqu’à la mélancolie la peur de rester seul au monde. Il n’est guère d’adulte, aussi peu névrosé soit-il, qui n’ait un jour connu cette douloureuse épreuve. C’est ce que souligne la « trilogie familiale » de l’écrivaine et psychanalyste belge Lydia Flem dans un recueil de trois textes parus respectivement en 2004, 2006 et 2009 et réunis pour la première fois en un seul volume.

Diacritik entretien vidéo : « Découvrir des sensations dont on ne parle jamais » (Une trilogie familiale)

Comment j’ai vidé la maison de mes parents est de ces récits, rares, que l’on ne peut se contenter de lire : on le relit et reprend, on s’y reconnaît, on le conseille, on le partage. Il semble ne pouvoir connaître de fin en nous à l’image de son absence de point final, comme de…
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Race, Racisme

Le livre « Le Racisme » de Lydia Flem, avec une préface de Léon Poliakov, a été publié aux éditions M.A. en 1985. Saisie des textes :  Selma Olender.

RACE

Le mot « race » apparaît en français au XVIe siècle. Il dérive de l’italien « razza », « sorte », « espèce », qui vient lui-même du latin ratio, « raison », « ordre des choses », « catégorie », « espèce », et qui prend le sens de « descendance » en latin médiéval. Au XVIe et au XVIIe siècles, le mot race est surtout utilisé par les familles nobles les plus importantes ; il passa ensuite dans l’usage pour désigner de plus vastes groupes humains auxquels on supposait des traits physiques communs. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’on attribua en plus d’une ressemblance morphologique et d’une marque biologique communes, une ressemblance sociale, morale, culturelle. Les philologues découvrirent des familles linguistiques et les anthropologues les identifièrent à des races, ainsi naquirent la « race aryenne » et la « race sémite ». En cette fin du XXe siècle, les biologistes et les généticiens des populations affirment qu’aujourd’hui pour la science, les « races humaines » n’existent pas.

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Lydia Flem au miroir de Claude Cahun

Colloque

Lydia Flem au miroir de Claude Cahun: une poétique de l’anamorphose

Vendredi 29 Mai 2015, 14:00

Dans ses travaux consacrés aux perspectives dépravées, Jurgis Baltrušaitis observe que si les surréalistes ont largement œuvré en faveur du renouveau des formes anamorphiques au début du XXe siècle, c’est pour inscrire celles-ci dans une poétique de l’informe et du désordre. Car c’est en effet «la puissance déformatrice et non restauratrice des formes déformées» (Jurgis Baltrušaitis, Anamorphoses ou Thaumaturgus opticus, Les perspectives dépravées, Paris, Flammarion, 1984, coll. «Idées et recherches», p. 195) que favorisent ces nouvelles anamorphoses désormais «sans retour» – puisque le terme désigne, selon sa racine étymologique, toute forme qui revient, ou redevient «normale» sous un certain point de vue.

Claude Cahun, à la fois proche et distante du surréalisme, s’est illustrée dans cette poétique de la distorsion qu’elle a notamment appliquée à sa propre représentation. Pièce maîtresse de son œuvre photographique, l’autoportrait réalisé pour la revue Bifur en 1929 allonge ainsi le crâne rasé de l’artiste pour, selon les termes de François Leperlier, «déstabiliser la perception du réel [et] faire valoir la souveraineté de l’imaginaire» («L’œil en scène», introduction à Claude Cahun, Arles, Actes Sud, coll. «Photo Poche», 2011). Près d’un siècle plus tard, ce reflet de Claude Cahun ressurgit sous les traits d’une nouvelle «femme chauve»: Lydia Flem, psychanalyste, écrivaine et photographe, pose devant la webcam de son ordinateur, le crâne dénudé par la chimiothérapie, recouvert d’une couronne de post-it bariolés. Entre 2008 et 2010, l’artiste, atteinte d’un cancer, réalise ainsi une série de clichés publiés sur son blogue. Ces images seront plus tard insérées dans le récit autofictionnel La Reine Alice (2011), parodie de Through The Looking Glass où la narratrice Alice, alter ego de l’auteure, passe un jour «de l’autre côté de soi» après avoir aperçu dans le miroir une masse suspecte du cancer contre son sein.

À partir de ces deux autoportraits aux caractéristiques anamorphiques, cette communication présente un double objectif:

– Démontrer que si La Reine Alice s’inscrit bel et bien dans l’héritage carrollien, l’œuvre photographique que Lydia Flem construit depuis maintenant quelques années doit aussi se penser au reflet d’un autre miroir: celui de Claude Cahun et de ses tableaux photographiques composés de petits objets qui, dans Cœur de Pic notamment, renouent avec l’univers de l’enfance.

– Réfléchir, à partir de cette première démonstration, la façon dont le fait photographique peut, en cherchant à s’affranchir d’un impératif de représentation mimétique, travailler une esthétique de la distorsion soulignant l’irréalité du réel aussi bien que la réalité de l’irréel.