VISIBILITÉ

« (…) Pour petit Genevois, les Français sont ‘étrangers’ partout, même pour eux et en France, tandis que lui-même ne l’est nulle part, même pour d’autres » note Jean Piaget.

   Celui qui parle, s’il se sait et se sent appartenir à la catégorie générale, ou s’il se sait et se sent ne pas appartenir à une catégorie particulière d’êtres humains au sein de la société où il se trouve, ne se désigne d’aucun qualificatif spécifique. Au contraire, il précise que d’autres ne sont pas comme lui membre de sa « majorité silencieuse ». Colette Guillaumin a montré que ceux dont on nomme l’appartenance à une catégorie abstraite font partie es minoritaires par rapport à la référence sociale majoritaire qui, elle, allant de soi.

   Ainsi précisera-t-on par exemple, qu’un sportif ou un terroriste est belge ou jeune ou musulman ou de sexe féminin mais on ne nommera pas les caractéristiques : homme, adulte, blanc, chrétien, hétérosexuel, national ou sain d’esprit. Face à l’autre, il y a un « ici » et un « ailleurs », l’autre étant toujours vécu comme éloigné, comme situable par rapport à moi qui suis « ici ». Le minoritaire est replacé dans une catégorie générale, il devient le Juif, le Noir, la Femme, … il perd ses particularités personnelles.

   Lorsque le capitaine Alfred Dreyfus est dégradé, la foule crie « A bas les juifs » et non pas « A bas Dreyfus » et comme l’écrit Zola dans J’accuse : « Le capitaine Dreyfus est condamné par un conseil de guerre pour crime de trahison. Dès lors il devient le traître, non plus un homme mais une abstraction… Il n’est pas que la trahison présente ou future, il représente aussi la trahison passée… ».

   Tous les groupes « racisés » sont d’emblée posés comme particuliers face à un général. Comme C. Guillaumin le souligne : « Le majoritaire n’est différent de rien étant lui-même la référence : il échappe à toute particularité qui l’enfermerait en elle-même (…) Dans une société blanche, le blanc ne sait pas qu’il est blanc, il est ». Et elle conclut : « La démarche raciste se définit dans cette proposition : elle est déni de l’humanité totale à l’autre par le biais de l’attribution d’un type particularisé, elle est confiscation pour soi-même de la richesse diversifiée des possibilités humaines ».

   La victime du racisme n’a pas de nom pour être désigné. Le « racisé », comme certains auteurs proposent de l’appeler, ne possède bien souvent aucunes différences somatiques, ainsi que le prétend le discours raciste ; aussi le raciste impose généralement à ses victimes une marque visible : rouelle ou étoile jaune, tatouages, pied d’oie rouge, etc. afin de pouvoir le différencier du reste de la population.

Lecture

  • Michel ADAM, « Racisme et catégories du genre humain » in L’Homme, avril-juin 1984, p. 77-96.
  • Colette GUILLAUMIN, L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel, Mouton, 1972.
  • Jacques HASSOUN, « Du Racisme, de la différence des sexes et du mythe de l’indifférenciation « , in Lettres de l’Ecole freudienne, mars 1977, 20, p. 29-35.
  • Serge MOSOVICI, Psychologie des minorités actives, PUF, 1979.

Cf. Autre, Dreyfus, Indiens, Racisme, Rumeur.

PURETÉ DU SANG

L’idée que le sang est le véhicule privilégié de la transmission des qualités physiques et morales d’une génération à l’autre est très largement répandue à travers les siècles et les cultures. La Bible, par exemple, identifie l’âme au sang et Platon parle des proches comme « ceux à qui nous lient les dieux de la famille et qui ont le même sang dans les veines ».

Pour la noblesse française de l’Ancien Régime, naître d’une famille noble, c’était être bien né, être de bonne souche, « de vieille roche », de « sang épuré ». La notion de race se trouve ainsi sous-jacentes aux sentiments de rejet que nombre de gentilshommes français éprouvent dès le Moyen Age sans doute et en tout cas dès la fin du XVIe siècle envers les roturiers « vils et abjects ».

Au fil des siècles, la noblesse prit petit à petit conscience de l’effritement de son statut ; privée de charge honorables, elle s’appauvrit ; ses privilèges étaient de plus en plus menacés. Les différences entre nobles et bourgeois s’amenuisaient aussi. Il fallait aux gentilshommes choisir : sauvegarder leur spécificité ou accepter de se mêler à la bourgeoisie marchande. Supplantés dans leurs fonctions et charges traditionnelles, contestés à posséder une vertu spécifiquement noble — l’honneur —, l’idée que leur sang était pur et porteur de qualités de noblesse héréditaires avait tout pour les séduire. D’autant que la qualité du sang, absolument invérifiable, ne pouvait être mise en doute. Il était donc aisé aux nobles de croire que leur sang était porteur d’une supériorité innée, biologique, qu’il était le symbole même de leur mission sociale : se battre et verser son sang pour la patrie. « C’est à juste titre que notre qualité est appelée noblesse de sang, puisque nos prédécesseurs l’ont généreusement répandu dans de furieux combats et sanglantes batailles données depuis tant de siècles dedans et dehors le Royaume pour affermir et accroître l’empire Français » (M. de Seneey aux États généraux de 1614).

A cette idée de pureté du sang noble s’ajouta pour la renforcer le « mythe germanique ». Jusqu’à la fin du 16e siècle, c’est le mythe unitaire d’une origine troyenne commune aux Francs et aux Gaulois qui prévalait. Ensuite, un mythe germanique vint prendre le relais, propagé par des juristes et des historiens auprès des grands seigneurs ; mythe selon lequel les nobles seraient les descendants des Francs conquérants, habiles, libres et « purs » et les roturiers ceux des Gaulois asservis. Ainsi le peuple de France serait divisé en deux races antagonistes. En 1560, à Orléans, le comte de Rochefort demanda qu’il fût mis fin aux anoblissements ; à partir de ce moment, des efforts furent déployés pour empêcher les mésalliances et préserver le sang pur hérité des nobles guerriers francs.

Face à la montée des bourgeois et des robins, plutôt que d’envisager d’acquérir de nouvelles compétences, la noblesse traditionnelle se réfugia dans ce mythe de la race et de la conquête franque. En 1614, aux États Généraux, au cours des débats autour de l’idée de race apparaissent des caractéristiques qui resteront attachés à cette notion, anticipant sur la suite de l’histoire du racisme : réflexe de défense des racistes à l’égard des « racisés », manifestation de mépris et violence verbale, préfiguration de violences plus radicales.

La France de l’Ancien Régime n’est pas la seule à avoir joué avec l’idée de la pureté de sang, l’Espagne du Siècle d’Or lui accorda même un statut juridique. Mais le « sang pur » des Espagnols n’est pas le « sang bleu » des nobles français. Pour la très chrétienne Espagne, étaient de sang impur tous les descendants des Juifs, des Maures ou des condamnés de l’Inquisition. De fait, elle concerna surtout les Juifs convertis au christianisme.

En 1391, des massacres et des pogroms sont organisés contre les Juifs dans le Sud espagnol et des conversions en masse suivirent. En 1437, une supplique est adressée au Pape par de nouveaux Chrétiens qui demandent que cessent les discriminations en raison de leur ascendance juive. En 1492, c’est la grande exclusion. Deux cents à trois mille Juifs doivent choisir l’exil s’ils refusent la conversion. A cette même date, la découverte des Amériques donne à l’Espagne le sentiment exaltant d’être le nouveau peuple élu de Dieu, supplantant ainsi le vieux peuple hébreu. Et bien qu’il n’y ait plus de Juifs en Espagne, le statut de pureté de sang  — qui interdit aux conversos l’accès à l’université, aux charges, aux professions libérales de même qu’à l’honneur — est ratifié par le Pape en 1555 et par le roi Philippe II en 1556.

Au Siècle d’Or (1550 – 1650), la figure imaginaire du Juif absent tourmente toujours l’Espagne, hantée par la passion de la pureté et la hantise de la contagion. Philosophes, juristes, théologiens, tous persuadés que l’unité nationale passe par l’unité de la foi et la négation des différences, faute d’avoir des Juifs à traquer, se retournent contre ceux qui ont préféré la conversion à l’exil, les nouveaux Chrétiens, conversos, tornadizos, marranos. Ils pensent que même l’eau du baptême ne peut les laver d’une tare originelle. « En dépit de l’anoblissement conféré par le prince, la macule reste entière ; il ne peut effacer la souillure qui se propage par la semence et colle aux os. Il s’agit de quelque chose de naturel et d’immuable ». (Melchior Pelaes de Meres – 1575).

Désormais chaque Espagnol qui désirera entreprendre des études ou acquérir quelque charge officielle sera soupçonné d’appartenir à cette race au sang impur. Plus personne ne sera au-dessus de tout soupçon. Dans certains cas, sera écarté tout candidat dont on aura médit alors même que la rumeur se sera révélée fausse. L’Espagne va ainsi, petit à petit, se pétrifier, perdre son esprit d’entreprise. Des auteurs, des historiens, des mystiques réclament la modération des statuts de pureté. Néanmoins, les enquêtes sur la pureté de sang et les certificats obligatoires sont restés officiellement en vigueur jusqu’au XIXe siècle.

Cette attitude de racisme justifiait l’exclusion de concurrents, redoutés à la fois sur le plan économique, religieux et d’identité nationale, en se fondant sur la volonté divine.

Ainsi se trouvèrent liés biologie et christianisme.

En voici un exemple transparent dans un texte de 1559 de Orce de Otalora : « Les Juifs par leur crime de lèse-majesté divine et humaine, ont perdu toute sorte de noblesse et de dignité, et le sang de celui qui a livré le Christ est à un tel point infecté que ses fils, ses neveux et leur descendants, tout comme s’ils étaient nés d’un sang infecté, sont privés et exclus des honneurs, des charges et des dignités. L’infamie de leurs pères les accompagnera toujours ».

 

 

Lecture

  • Charles AMIEL, « La ‘pureté de sang’ en Espagne », in Etudes interethniques, Annales du C.E.S.E.R.E. (Université de Paris XIII), 1983, p. 27-45.
  • André DEVYVER, Le sang épuré. Les préjugés de la race chez les gentilshommes français de l’Ancien Régime (1560-1720), Editions de l’Université de Bruxelles 1973.
  • Henry MECHOULAN, Le Sang de l’autre ou l’honneur de Dieu. Indiens, Juifs et Morisques au Siècle d’Or. Fayard 1979.

 

Cf. Antisémitisme, Indiens, Nature, Renaissance, Souillure.

 

RENAISSANCE

L’idée de « race » en France au XVIe siècle et au début du XVIIe est une catégorie mentale largement partagée. Le sens le plus courant du mot à cette époque est celui de lignée, de lignage, de famille considérée dans la suite des générations.

L’idée de race peut être décomposée en quatre affirmations :

 

  • Les hommes naissent naturellement inégaux ;
  • Cette inégalité innée est définitive (malgré l’effort ou l’éducation) ;
  • Cette inégalité innée et définitive est héréditaire ;
  • L’ordre social est le reflet de la hiérarchie naturelle des hommes.

La notion de diversité et d’inégalité naturelle paraissait évidente mais elle était toutefois nuancée par la conscience de la solidarité humaine et la conviction qu’aux yeux de Dieu, toutes les vies sont dignes de respect. Ainsi s’atténuait l’injustice de l’inégalité à la naissance. On ne réfutait pas complètement l’influence de l’éducation, on insistait même sur la nécessité de cultiver ses dispositions naturelles mais elle ne pouvait effacer les défauts d’une nature imparfaite. Ceux « qui du ventre de leur mère n’ont esté mis au grand chemin d’honneur » n’ont aucune chance de valoir jamais ceux qui sont « bien nés », disait-on alors.

A partir de 1540-1550, l’idée d’une hérédité des qualités est parfaitement courante. Les enfants ressemblent aux parents et cela par le sang et la semence. Le mot « sang » servant souvent de synonyme au mot « race ». Les mécanismes de la fécondation et de l’hérédité étaient fort mal connus des médecins de l’époque et souvent on s’accordait encore à penser avec Aristote que l’homme transmet la « forme » à l’embryon et la femme la « matière ». Mais ce mystère des origines n’empêchait personne de croire à l’hérédité des caractères et des vertus comme à une évidence.

Les qualités que l’homme du XVIe siècle croit transmises par le sang sont avant tout des qualités familiales, propres à une « race ». Pour qu’une race existe, il fallait, bien sûr, qu’il y ait filiation biologique mais aussi filiation morale, « consanguinité spirituelle » mais aussi ancienneté de la race et reconnaissance sociale de celle-ci. La notion d’ancienneté de la race concernait surtout les catégories supérieures de la société. Les plus pauvres, les humbles ont bien sûr une famille mais leur lignée reste obscure ; ce sont des sans-race, des sans-nom. On attend d’eux, non qu’ils reproduisent la vertu particulière d’une lignée connue mais qu’ils manifestent les qualités propres à leur ordre social. D’un gentilhomme, avant de dire qu’il est un noble, on dit : « c’est un Montmorency, c’est un Guise » ; d’un homme « mal né », on dira d’abord : « c’est un paysan, c’est un tailleur ». Pour un noble, la race est d’abord inscrite dans le lignage ; pour le paysan, dans la catégorie sociale à laquelle il appartient. La race indique l’hérédité des biens nés comme des mal nés mais pour les uns, elle traduit un parcours glorieux et pour les autres, elle les replonge dans un total anonymat.

Mais il en est des « races » comme des individus, elles naissent, croissent et déclinent. Les guerres, les épidémies, la diminution de la fécondité peuvent anéantir la filiation biologique d’une lignée. La dégénérescence, la disparition des vertus annulent la filiation spirituelle et peuvent compromettre la dignité sociale. Pour se préserver de ces dangers, l’éducation mais aussi le refus de toute mésalliance sont essentiels. Et l’on voit des auteurs prescrire des mesures qui annoncent l’eugénisme du XIXe siècle.

A la notion de race était aussi liée que la hiérarchie sociale et la hiérarchie naturelle se recouvraient. Les qualités propres à une « race » justifiaient aussi sa place dans la hiérarchie sociale parmi les  trois ordres de la société : clergé, noblesse et tiers-état. La noblesse, surtout, utilisera l’argument de « race » et de « pureté de sang » pour justifier ses privilèges. S’il y a pour chacun un destin social héréditaire, on pouvait mieux comprendre la stabilité de la hiérarchie sociale, la faiblesse de la mobilité sociale et les signes extérieurs si fortement marqués entre les catégories sociales.

Sans doute, les hommes de la Renaissance assistaient-ils, non sans crainte, à l’émergence de la notion d’individualité et de responsabilité personnelle. L’idée de race, au contraire, rassure ; elle explique par un ordre naturel des choses les différences entre les hommes, elle donne un sens à la diversité de la société, elle semble enraciner les hommes dans une continuité, une permanence, un univers stable. Ce déterminisme de l’hérédité leur évite l’angoisse de se savoir libres et responsables d’un destin individuel et collectif fragile et imparfait.

Lecture

  • Arlette JOUANNA, L’idée de race en France au XVIe siècle et au XVIIe, Université Paul Valéry, Montpellier 1981.

 

Cf. Eugénisme, Race.

 

Les mots du Racisme : Race

QUOTIENT INTELLECTUEL

Le Racisme, 1985

C’est à Francis Galton que l’on doit l’idée de test psychologique. Pour lui, en effet, « avant que les phénomènes d’une branche de la connaissance ne soient soumis à la mesure et au nombre, celle-ci ne peut s’attribuer la dignité de science ». Aussi, propose-t-il de quantifier les réalités psychologiques pour donner à la psychologie le statut de discipline scientifique.

   Le quotient intellectuel ou « QI » est donc censé mesurer les capacités intellectuelles des enfants et des adultes. Mais que signifie « mesurer » l’intelligence ? Et qu’est-ce que l’intelligence ? A cette dernière question, les psychologues ont choisi de répondre en sélectionnant, arbitrairement, quelques caractéristiques telles : la mémoire, le raisonnement logique, le sens de l’observation, l’orientation spatio-temporelle, la rapidité,… Mais, ainsi, ils ne mesurent nullement l’« intelligence » mais seulement certains aspects des facultés intellectuelles qui peuvent se traduire par un ensemble de nombres. Comme le note avec pertinence, Albert Jacquard : « Succombant à une étrange tentation, certains psychologues ont cherché à synthétiser cet ensemble par un nombre unique, obtenu en calculant la moyenne des différentes notes, chacune étant pondérée par un coefficient correspondant à l’importance qui lui est accordée. Cette moyenne pondérée a reçu le nom de « quotient intellectuel », ou QI. De la même façon, on pourrait affecter à chaque brique un nombre obtenu en faisant la moyenne de sa longueur, de son poids, de sa dureté, etc… Pourquoi pas ? Mais la question immédiate est : que représente ce nombre ? »

   Une fois de plus, il semble que l’on ait succombé à l’illusion d’une apparence de scientificité que produisent les chiffres et un certain usage des statistiques. Et malgré la limitation de validité de ce nombre, certains chercheurs ont utilisé le QI pour comparer et hiérarchiser entre elles des populations humaines. Ils partaient du postulat que le QI est lié au patrimoine génétique et que l’intelligence est innée.

   Aux Etats-Unis, l’ « Immigration Act » de 1924 imposa des quotas très stricts à l’entrée du pays aux personnes dont le « potentiel intellectuel » était insuffisant. Conséquence de ce racisme technologique : six millions environ d’Européens , des Noirs, des Juifs ne purent émigrer parce qu’ils auraient pu « détériorer le potentiel intellectuel de la nation ».

   En 1969, un psychologue américain, Arthur Jensen, comparant les Noirs et les Blancs, estima que ceux-ci étaient plus intelligents parce que leur quotient intellectuel était supérieur de 15 points. Comme cette supériorité est pour Jensen, d’origine génétique, il pensait qu’une meilleure éducation pour les enfants noirs ne servirait à rien. Ainsi, la science est parfois appelée à justifier les inégalités sociales et à renforcer l’ordre établi. Un psychologue anglais, Cyril Burt, n’hésita pas à inventer cinquante paires de « jumeaux-vrais-élévés-séparément » pour démontrer que l’intelligence dépend pour plus de 80 % de l’hérédité !

Lecture

  • Rémy DROZ, « Classer pour ne pas penser », Le Genre humain, n°2, 1982, p. 37-61.
  • Albert JACQUARD, Inventer l’homme, Complexe, 1984.
  • Albert JACQUARD, « Comme chacun sait, « l’intelligence est à 80% génétique, c’est scientifiquement démontré », Le Genre humain, n°5, 1982, p. 81-91.
  • Eveline LAURENT (éd.), L’intelligence est-elle héréditaire ?. Ed. ESF, 1981.

Cf. Classification, Galton, Seuil de tolérance.

PRÉFACE de Léon POLIAKOV

Au livre de Lydia Flem, Le Racisme, éd. MA, 1985.

Depuis quelques années, on discute des méfaits du racisme, dans les journaux, sur les ondes et dans la conversation quotidienne, avec une fréquence croissante. Il s’agit cependant d’un terme récent, quasiment d’un néologisme, puisqu’il n’a été forgé qu’il y a une cinquantaine d’années, à la faveur de la création, en plein cœur de l’Europe, d’un « État racial », du Rassenstaat hitlérien, d’odieuse mémoire. Il va de soi que le préjugé qu’il désigne est beaucoup plus ancien, encore qu’on discute sur ses origines : la plupart des auteurs le font remonter aux XVI-XVIIe siècles, parallèlement au développement de l’esprit scientifique, et voient donc en lui un phénomène spécifiquement européen. Mais avant d’y venir, il convient de montrer à quel point le terme en question est inadéquat, voire piégé, puisqu’il entretient d’une certaine façon le mal qu’il condamne. En effet, il suggère, en vertu de son étymologie, que les races humaines, dont Lydia Flem montre bien qu’elles ne sont qu’une vue surranée de l’esprit, existeraient réellement, et seraient la vrai cause du racisme, justifiant insidieusement de la sorte le préjugé qu’il s’agit de combattre. C’est pourquoi d’excellents auteurs ont suggéré une autre terminologie[1]) ; mais il semble qu’il soit impossible de changer par décret l’usage universel de la langue… Du reste, en 1985, l’observation quotidienne nous apprend à quel point les arguments des savants, tout comme les plaidoyers des hommes ou organisations de bonne volonté, voire les dispositions des gouvernements, sont impuissants à éradiquer le détestable phénomène qui à pour nom racisme. Lire la suite

Race, Racisme

Le livre « Le Racisme » de Lydia Flem, avec une préface de Léon Poliakov, a été publié aux éditions M.A. en 1985. Saisie des textes :  Selma Olender.

RACE

Le mot « race » apparaît en français au XVIe siècle. Il dérive de l’italien « razza », « sorte », « espèce », qui vient lui-même du latin ratio, « raison », « ordre des choses », « catégorie », « espèce », et qui prend le sens de « descendance » en latin médiéval. Au XVIe et au XVIIe siècles, le mot race est surtout utilisé par les familles nobles les plus importantes ; il passa ensuite dans l’usage pour désigner de plus vastes groupes humains auxquels on supposait des traits physiques communs. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’on attribua en plus d’une ressemblance morphologique et d’une marque biologique communes, une ressemblance sociale, morale, culturelle. Les philologues découvrirent des familles linguistiques et les anthropologues les identifièrent à des races, ainsi naquirent la « race aryenne » et la « race sémite ». En cette fin du XXe siècle, les biologistes et les généticiens des populations affirment qu’aujourd’hui pour la science, les « races humaines » n’existent pas.

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