Bonus à « Je me souviens de l’imperméable rouge… »

« Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans »

Coll. Librairie du XXIe siècle, Seuil, 2016

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Bonus 1

« Je me souviens de l’écharpe en velours rouge reçue à Rome, taillée sur mesure, comme dans un rêve.  »

Bonus 2

 » Je me souviens du justaucorps noir, ou maillot de danseuse, et des bottes de cavalière. Deux silhouettes d’élégance. »

Bonus 3

 » Je me souviens que le vêtement est la première maison de notre corps. »

Bonus 4

 » Je me souviens des gants violets que portait une historienne du XVIII e siècle le jour où je l’ai rencontrée au premier étage du Café de Flore. »

Bonus 5

« Je me souviens d’un très beau passage des « Notes de l’oreiller » de la poétesse japonaise du Xe siècle, Sei-Shonagon, que je viens de relire : ‘ On parfume les kimonos; on les range dans les armoires, et le temps passe. Avant-hier, hier, aujourd’hui, des jours, des mois…, on les a tout à fait oubliés. Un jour, on s’avise de reprendre le vêtement oublié tout imprégné de l’odeur du passé qui monte autour de vous, se répand dans l’air… Le parfum du passé, c’est quelque chose de beaucoup plus délicieux et subtil que le parfum du présent.’

Bonus 6 :

« Je me souviens du chapeau rouge de Mia Farrow dans le film de Woody Allen,´Alice’. Elle le porte pour rendre visite au Docteur Yang ».

Bonus 7

( 22 mars – attentats à Bruxelles) :

 » Je me souviens que certains jours on aimerait mieux être un nuage, une pierre, une coccinelle, et non pas un corps déchiré par la haine. »

Les Yatzkan, film de Anna-Célia Kendall Yatzkan

 

 

Les Yatzkan

un film de Anna-Célia Kendall Yatzkan

projection au Mémorial de la Shoah

29 novembre 2015

  Anna-Célia Kendall Yatzkan s’inscrit dans un nouveau genre cinématographique, non pas docu-fiction mais docu-autofiction. Elle se filme de Paris à Varsovie et en Lituanie, passant par Google, à la recherche de ses ancêtres, incidemment de nouveaux cousins, entre humour et mélancolie, entre poésie et rigueur.

Comment vider l’atelier de sa mère? Comment se défaire de son piano, de ses paperolles, de ses autoportraits et de ses télégrammes d’avant-guerre… Tout jeter en vrac ? ou fouiller dans  les dizaines de cartons emplis de tickets, de lettres, de photographies mystérieuses et soudain tomber sur le passeport polonais de sa mère au nom de Yatzkan, lequel entraîne la réalisatrice sur les traces d’un grand-père inconnu, jadis rédacteur en chef d’un grand journal yiddish?

Tout a commencé quand elle a hérité d’une histoire de papillon qui possédait une âme. C’est sa mère, avec son accent délicieux, qui la lui a offerte un jour de tournage…, puis elle a disparu. Comment la retrouver, elle, son âme et les  fantômes de son histoire cachée, c’est ce que la cinéaste nous conte.

En tressant les branches de son arbre généalogique, en portant sur les lieux mêmes du drame des photos intimes accrochées comme des affiches, elle s’interroge sur son passé familial dénié mais aussi, avec une force parfois terrible, interroge les passants. Car tout un chacun appartient à sa petite histoire mais aussi à la grande, celle qui a fracturé les familles et les nations, cette postmémoire[1] dont les lignes de faille nous poursuivent jusqu’aujourd’hui. Voilà pourquoi les artistes se font historiens[2].

Lydia Flem

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[1] notion proposée par Marianne Hirsch, The Generation of Postmemory: Writing and Visual Culture After the Holocaust ,Columbia University Press, 2012.

[2] voir la revue Le Genre humain, Les artistes font des histoires (dir. C.Perret, J-P. Antoine), n°55, 2015.