Rue Lydia Flem, Paris

Elisabeth Philippe, Nouvel Observateur 10-16 juin 2021

Lydia Flem rue Férou. A l’arrière-plan, des vers de Rimbaud calligraphiés. Photo : VASANTHA YOGANAN- THAN/ SEUIL

Il est des livres plus hospitaliers que d’autres, qui vous accueillent avec une enveloppante générosité. « Paris fantasme » est de ceux-là. Sans apprêts, un peu en désordre et empli de souvenirs, on s’y sent vite chez soi. Mais justement, « qu’est-ce qui donne le sentiment d’être chez soi quelque part » ? Cette question hante l’écrivaine et psychanalyste Lydia Flem, qui signait déjà en 2004 « Comment j’ai vidé la maison de mes parents », et constitue le point de départ de la flânerie littéraire et introspective à laquelle elle nous convie. Comment habiter son corps, sa maison et le monde, surtout quand on est, comme elle, habité par un peuple de disparus ? Juifs venus de Russie, ses aïeux ont passé leur vie à fuir. Rescapés de la Shoah, ses parents lui ont transmis « le lait noir de leurs cauchemars, de leurs angoisses ». Comment, dès lors, ne plus se sentir en transit, toujours sur le qui-vive ?

Lydia Flem a choisi d’élire domicile dans l’imaginaire et de faire sienne une rue de Paris, la rue Férou, devenue soudain « l’obscur objet de tous [s]es fantasmes » et surtout l’objet de ce livre, promenade zigzagante et joyeusement digressive dans cette rue cachée derrière l’église Saint- Sulpice. Guide érudite, l’autrice nous fait visiter chaque immeuble de cette artère, retrace la vie de ses habitants les plus illustres, qu’ils soient réels ou fictionnels. « Il me fallait chercher à rencontrer des aventures, des destinées, des stèles, des vies, dans une rue où je n’ai pas vécu, pour “sauver” toutes celles et tous ceux que je n’ai pu ni connaître, ni aimer, ni sauver », note Lydia Flem. On fraie ainsi avec Man Ray qui occupa longtemps un atelier inchauffable au numéro 2 bis ; Madame de La Fayette qui vécut au 10, recevant ses invités couchée dans son grand lit galonné d’or ; et encore Voltaire, un prêtre, Chateaubriand, mais aussi d’Artagnan, Manon Lescaut… Rimbaud est également de la partie puisqu’un peintre hollandais a calligraphié les vers du « Bateau ivre» sur un mur de la rue Férou. La ville se fait livre, les mots et la vie tendent à se confondre, au point que Lydia Flem sera tentée de franchir la mince frontière qui les sépare en louant un studio dans sa rue rêvée, pour y jouir, comme y incite Virginia Woolf, d’une « chambre à soi ». Dans cet appartement meublé trône une petite table- échiquier, détail qui suffit à ensorceler l’écrivaine. Man Ray n’at-il pas dessiné les pièces d’un jeu d’échecs ? Tout le livre fonctionne ainsi, par associations d’images et d’idées, comme en psychanalyse. D’ailleurs, à une lettre près, Férou est l’anagramme de Freud. Un signe, encore. Tentative d’épuisement d’un lieu à la Perec, déambulation savante et lettrée à la façon de Didier Blonde, « Paris fantasme » se distingue par sa fantaisie, par la liberté avec laquelle voisinent archives, portraits, journal intime et même recettes de cuisine, dont celle du pot-au-feu d’Alexandre Dumas servi dans une « casserole capitonnée de jambon ». Lydia Flem métamorphose les fantômes en fantasmes, anamorphose l’espace pour en repousser toujours plus les limites. Avec elle, la littérature demeure l’un des plus sûrs et des plus riches abris. ■

par ÉLISABETH Philippe

Home sweet home

Home sweet home , Les Inrockuptibles du 17 mars 2021 par Nelly Kaprièlian

LYDIA FLEM reconstitue toute l’histoire de la petite rue Férou, rive gauche, et de ses habitant·es, dont Man Ray ou Madame de La Fayette.
Paris Fantasme est une mine de récits qui se mêlent à sa vie. Un livre inclassable.

LYDIA FLEM EST UNE DISCRÈTE QUE L’ON SUIT ASSIDÛMENT au gré des petits cailloux qu’elle sème dans
le paysage aussi littéraire que mémoriel et géographique. Depuis La Vie quotidienne de Freud et de ses patients (1986, réédité en 2018, chez Seuil), où elle nous faisait emboîter le pas de Freud dans la Vienne d’avant-guerre, et ravivait sous nos yeux enchantés un monde éclairé, intellectuel et artistique englouti, les livres de cette écrivaine et psychanalyste belge n’ont pas cessé de nous hanter.

Avec Paris Fantasme aujourd’hui, elle nous propose de hanter la rue Férou à ses côtés, l’une des plus petites et mystérieuses rues de Paris nichée entre le jardin du Luxembourg et la place Saint-Sulpice, et d’être à notre tour hanté·es par ses fantômes, les siens comme ceux de tous les êtres qui ont habité cette rue dès
sa naissance (un certain Etienne Férou achète des terres et y pose le premier jalon de la future rue) en 1519.

Il faut dire que la plupart de ces fantômes ont été de grand·es vivant·es, marquant leur temps d’une empreinte
qui a traversé les siècles. Madame de La Fayette a passé trente ans, de 1660 à 1693, au 10, rue Férou, où s’élevait,
à l’angle avec la rue de Vaugirard, son hôtel particulier : c’est là qu’elle a reçu son amie Madame de Sévigné, mais surtout son immense ami (ou amant ?) La Rochefoucauld, qui pendant quinze ans vint la visiter chaque fin d’après-midi ; c’est là, aussi, qu’elle écrivit son chef- d’œuvre, La Princesse de Clèves. Dans cette rue qui ne compte que dix maisons, Jacques Prévert passa un Noël, et Françoise Sagan des soirées chez Michel Déon ; Athos y aurait vécu (selon Alexandre Dumas) ; Balzac comme Huysmans la font apparaître dans leurs écrits, et Perec, attablé au café de la Mairie le 20 octobre 1974, à 13 h 05, écrit : “En ne regardant qu’un seul détail, par exemple la rue Férou, et pendant suffisamment de temps (une à deux minutes), on peut, sans aucune difficulté, s’imaginer que l’on est à Etampes ou à Bourges, ou même quelque part àVienne (Autriche) où je n’ai même jamais été.”

A force de “fixer” cette rue éminemment littéraire pendant des années, Flem se laisse transporter et nous transporte avec elle dans le temps, comme avec cette évocation du 2 bis,où Man Ray a vécu de 1951 (date de son retour en France après les années de guerre passées à Los Angeles) à sa mort en 1976, avec sa femme Juliet, dans un très bel atelier : “Exilé volontaire, Man Ray n’a cessé de se construire une vie ‘ailleurs’, une vie ‘autrement’, une vie étrange, une vie d’étranger. Son choix me plaît, me fascine. Qu’est-ce qui donne cette force, cet élan, cette audace ? A moins que ce ne soit une décision, plutôt une nécessité, intérieure, impérieuse, vitale : partir pour sauver sa peau, s’échapper d’un destin trop prévisible, sauter par-delà les frontières, les origines, les attentes familiales, les règles et les normes, les pesanteurs
sociales, les enjeux esthétiques ou politiques.”
Man Ray, qui a peint un tableau et créé une lampe en hommage à la rue Férou, avait le don de reconstituer son “chez soi” partout où il résidait.

C’est cette notion que va interroger Lydia Flem, en se prenant au jeu jusqu’à s’installer elle-même dans un studio
rue Férou. C’est là qu’elle écrit des pages de son journal, où se trouve peut-être
la clé de ce livre, qui pourrait être celle-ci : “Le trauma de mes parents s’est tapi dans mon corps. Mon père qui a perdu sa mère à Auschwitz a épousé une jeune femme qui en est revenue. Je suis née de ces deux voyages. Comment faire sortir ce Dibbouk ?” Comment, surtout, habiter le monde après ce savoir de l’horreur, comment vivre
en humain parmi les humains quand on sait que vos ami·es ou vos voisin·es peuvent vous dénoncer, vous tuer ? Alors Lydia Flem tente de s’inviter chez les autres, ces autres qui ont réussi à vivre quelque part, même de pénétrer dans leur peau, parlant à leur place sous la forme de journaux intimes fictifs (celui de la comédienne Mademoiselle Luzy, qui vécut dans le sublime hôtel du 6, rue Férou), leur écrivant des lettres, dont sa “lettre à Man Ray” – ce ne sont pas les meilleures pages d’un livre qui donne parfois le sentiment de s’éparpiller à force de vouloir trop en faire.

Reste une démarche inclassable, une passionnante mine d’informations historiques, une façon très poétique de faire communiquer les mort·es et les vivant·es et de restituer ainsi notre espace mental tel qu’il est vraiment. Et puis rien de plus beau que ces pages où passent à toute vitesse tous·tes les habitant·es du 9, rue Férou : couples d’émigré·es, familles d’inconnu·es, dont le temps n’a retenu que les noms et les professions, le temps d’une poignée de recensements.

Nelly Kaprièlian

Sources de Paris Fantasme (Seuil, 2021)

(en cours)

Précieux sont les notaires, copistes, archivistes, savants ou amateurs de la période xvie‑xxie siècle, les Archives de France, ainsi que les sites de la BNF (Gallica), des musées de Paris, du MoMA à New York, sans oublier les universités dans le monde.

Parmi les nombreuses lectures qui ont accompagné ce livre on trouve notamment :

Virginia Woolf, Street haunting.A London Adventure, traduction personnelle; édition française : Au Hasard des rues, Ed.Interférences, 2014.

Gaston Bachelard, Poétique de l’espace, (PUF,1957), Quadrige, 2001.

Eric Hazan, Une Traversée de Paris, (Seuil, 2016), Points 2017.

Arlette Farge, Le Goût de l’archive, Seuil, 1989.

ARCHIVES ET FANTOMES

Archives de France consultées en ligne la dernière fois le 29.8.2020  https://francearchives.fr/fr/location/18326241

Histoire du choléra-morbus dans le quartier du Luxembourg, ou Précis des travaux de la Commission sanitaire et du bureau de secours de ce quartier… par M. H. Boulay de la Meurthe,… https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5426690v.r=Ferou?rk=2339067;2 (dernière consultation le 26 septembre 2020)

A LA RECHERCHE D’ ETIENNE FEROU

Sébastien Mercier , Tableau de Paris

Jacques Du Breul, Le Théâtre des antiquitez de Paris, p.510.

Ernest Coyecque , Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au  XVIe Siècle, II, 1532-1555.

Gustave Dupont-Ferrier. Les avocats à la Cour du Trésor de 1401 à 1515. In: Bibliothèque de l’école des chartes. 1936, tome 97. pp. 5-81.

Odile Redon, Françoise Sabban, Silvano Serventi, La Gastronomie au Moyen Age, préface de Georges Duby, Stock, 1991.

« Reg. d’ensaisinements de 1530 et 1531, fol.32 V, Arch. nation. portefeuille S 3006.

A. Hustin, Le Luxembourg : son histoire domaniale, architecturale, décorative et anecdotique,  1910-1911 (consulté sur Gallica).

Ernest Coyecque, Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au XVIe siècle, in Archives de France (consulté en ligne).

« Sources et méthodes de l’histoire des métiers artistiques en France (xvie-xviie siècles) », Conférence de Audrey Nassieu Maupas,

https://journals.openedition.org/ashp/1508 consulté le 3 janvier 2019.

 Les Oeuvres complètes de Michel d’Amboise sont en cours de publication sous la direction de Sandra Poveri chez l’éditeur Honoré Champion.

« Quatre satyres de Juvénal, translatées de latin en francoys par Michel d’Amboyse, escuyer, seigneur de Chevillon . C’est assavoir la VIII, X, XI & XIII… ». https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8509167/f93.image (consulté sur Gallica le 2 janvier 2019)

John Gagné, Collecting Women: Three French Kings and Manuscripts of Empire in the Italian Wars

Niceron, Jean-Pierre (1685-1738), Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres dans la république des lettres. Tome 33. consulté sur Gallica le 2.1.2020

« Le vieux Paris au souffle du progrès », in Paris au XVIIIe siècle. sous la dir. de Gaxotte Pierre. Paris, Arthaud, 1982, p. 77-104.

Adolphe Berty, Topographie historique du vieux Paris.  Région du Faubourg Saint-Germain, Imprimerie impériale, puis nationale, (1866-1897) consulté la dernière fois le 29.8.2020 sur Gallica  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6517961n/f248.image.r=Ferou?rk=1115885;2
Pierre Couperie et Madeleine Jurgens, « Le logement à Paris au XVIe et XVIIe siècles », Les Annales, 1962.

A. Hustin, Le Luxembourg : son histoire domaniale, architecturale, décorative et anecdotique (consulté sur Gallica)

Alain Collas, « Une famille de notables ordinaires aux XIVe, XVe et XVIe siècles : les Chambellan de Bourges, 1300-1585 »,  Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest. tome 103, numéro 4, 1996. pp. 25-57.

https://journals.openedition.org/ashp/1508 consulté le 3 janvier 2019.

http://www.corpusetampois.com

 M. Bimbenet-Privat, Les orfèvres parisiens de la Renaissance (1506-1620), Paris, 1992, p159.

https://www.journals.uchicago.edu/doi/full/10.1086/691389?mobileUi=0& consulté le 3 janvier 2019 

  1518. Top, Margherita Sanseverino (fol. 4r), Barbara, Contessa di Caiazzo (fol. 3r), Ippolita Scaldasole (fol. 6r); bottom, Ippolita Bentivoglio (fol. 11r), Clara Pusterla (fol. 14r), Ludovica Landriano (fol. 15r). (Milan, Biblioteca Trivulziana, MS 2159.)

Bibliographie des œuvres de Michel d’Amboise, publié le 21/03/2018 https://mdamboise.hypotheses.org/ consulté le 3 janvier 2019

Les complainctes de lesclave fortuné. Avecques vingt Epistres et trente Rondeaulx damours. Nouvellement Imprimez à Paris, Paris, Jean Saint-Denis, 1530.

Etat, noms et nombre de toutes les rues de Paris en 1636 : d’après le manuscrit inédit de la Bibliothèque nationale. Précédés d’une Étude sur la voirie et l’hygiène publique à Paris depuis le XIIe siècle par Alfred Franklin.

1 RUE FEROU

Archives de France consultées en ligne.

A propos du libraire Blaise : Frédéric Barbier, blog http://histoire-du-livre.blogspot.com/2012/02/histoire-du-livre-au-quotidien-en-1819.html (consulté le 5 septembre 2019)

Etats civils de quelques artistes français, Piot, 1873, consulté en ligne sur Gallica.

https://www.cassandre-france.com/

Les anciennes maisons de Paris. Histoire de Paris rue par rue, maison par maison. Tome 5 / par Lefeuve, 1875, p.231.

Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63864345/f237.image.r=F%C3%A9rou%20rue (consulté la dernière fois le 26 septembre 2020)

2 RUE FEROU : LE CURE DE SAINT-SULPICE  

Jean-Jacques Olier, L’Âme cristal. Des attributs divins en nous, préface de Jacques Le Brun, éd. Mariel Mazzocco, Seuil, 2008.

Jean-Jacques Olier, De la Création du mondeà la vie divine ,éd. Mariel Mazzocco, Seuil, 2009.

Jean-Jacques Olier, Des Anges. Fragrances divines et odeurs suaves, éd. Mariel Mazzocco, Seuil, avant-propos de Maurice Olender, Seuil, 2011.

Bibliothèque sulpicienne, ou Histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice. Tome 1 / par L. Bertrand,… ; avec des annotations par l’abbé Louis-Armand-Frédéric Monier, 1900, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65596101?rk=21459;2 (consulté la dernière fois le 26 septembre 2020)

Portrait de J.J.Olier par Henry Baudrand, in Bibliothèque sulpicienne, Mémoire sur la vie de M.Olier, tome III, p.451. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6558962g/f461.image.r=Biblioth%C3%A8que%20sulpicienne%20tome%20III (consulté la dernière fois le26 septembre 2020)

 Frédéric Monier, Vie de Jean-Jacques Olier, curé de la paroisse et fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, 1914.

Bernard Pitaud, Jean-Jacques Olier, Lessus, 2017. https://issuu.com/editions_fidelite/docs/9782872993239

Portrait de J.J.Olier par Henri  Baudrand de la Combe (1637-1699) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65598114/f258.item.r=il%20avait%20les%20yeux%20vifs,%20remplis%20d’un%20feu%20doux%20et%20engageant,%20la%20physionomie%20fine,%20la%20bouche%20d’une%

Etienne-Michel Faillon, Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de S. Sulpice, 1873, consulté sur Gallica.

2 RUE FEROU : LE BATEAU IVRE (XXIe )

Marguerite Yourcenar, Lettre à Jean Lambert du 2 janvier 1959 in Michèle Goslar,  Yourcenar. Biographie. « Qu’il eût été fade d’être heureux », p.230, Bruxelles, Racine, 1997, rééd. Lausanne, L’Âge d’Homme, 2014.

Fondation TEGEN-BEELD,  www.muurgedichten.nl

Marleen van der Weij: Dicht op de muur. Gedichten in Leiden. Gemeente Leiden, Dienst Bouwen en Wonen, 1996, Burgersdijk & Niermans, Leiden, 2000.  [Description of the first 43 poems]

Alexandre Dumas, Grand Dictionnaire de la cuisine, 1873, p.866.

CUL-DE-SAC FEROU : de Voltaire à Chateaubriand

Voltaire, Correspondance.

Léonore Losserand. « Le noviciat des Jésuites (1610-vers 1806), un fragment d’histoire du Paris disparu », Bulletin de la Société d’histoire de Paris et de l’Île-de-France, 2014, pp.91-108.

Chateaubriand, Mémoires d’Outre-tombe

Georges Collas, « Les Jours douloureux de la femme et des soeurs de Chateaubriand » 1792-1794) persee.fr

Anne Soria, professeur de piano, Tableaux des expositions http://www.iremus.cnrs.fr/sites/default/files/expositions_1798-1900.pdf

http://www.lieveverbeeck.eu/Pianos_francais_s.htm

2 BIS RUE FEROU : LA VIE QUOTIDIENNE DE MAN RAY 

Man Ray, Autoportrait, traduit de l’Anglais (États-Unis) par Anne Guérin. © Actes Sud, 1998, (Self Portrait, 1963).

Man Ray, Ecrits sur l’art (y compris Hollywood Album, (p.185-186) n°79 The small suitcase

Days and nights of Juliet interview 27 juillet 1981, George Goodwin.University of California. Los Angeles. Oral History Program.

Lee Miller, A Life With Food Friends & Recipes, by Ami Bouhassane, Penrose Film Productions; Grapefrukt Forlag, 2019.

Centre Pompidou, http:/archivesetdocumentation.centrepompidou.fr

Neil Baldwin, Man Ray, une vie dartiste, Plon, 1990.

Serge Sanchez, Man Ray, Folio, 2014.

Man Ray, « L’Interview de camera », in « Ce que je suis » et autres textes, Paris,

Laure Murat, Passage de l’Odéon. Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 2003

Peggy Guggenheim, Ma vie et mes folies, Plon, 1987.

Hoëbeke, coll. « Arts & esthétique », 1998.

Heyd, Milly. « Man Ray/Emmanuel Radnitsky: Who is Behind the Enigma of Isidore Ducasse? »; in Complex Identities: Jewish Consciousness and Modern Art; ed. Matthew Baigell and Milly Heyd; Rutgers University Press, 2001.

https://culturieuse.blog/2018/05/17/man-ray-le-luminescent-1890-1976/ projet Pochette Rolling stone dive

Jennifer Mundy, Man Ray Writings on art, Getty publications, 2016.The modern women revisited, rudgers. (Lee Miller et Man Ray)

François Lévy-Kuentz, Man Ray, 2 bis rue Férou, film 22’.

Marianne Amar, « Les guerres intimes de Lee Miller », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 20 | 2004, mis en ligne le 01 janvier 2007, consulté le 15 août 2019. URL : http://journals.openedition.org/clio/1396 ; DOI : 10.4000/clio.1396

Leszek Brogowski. « De l’habitude créatrice au caractère anarchiste: Man Ray et la Ferrer Modern School. Valérie Mavridorakis, Christophe Kihm. Transmettre l’art. Figures et méthodes. » Quelle histoire?, Les presses du réel, pp.31-52, 2013, Figures, 978-2-84066-596-0.

http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2708 . hal-01534381

Marcel Fleiss, Naissance d’une galerie, La règle du jeu

www.altersexualite.com

MAISONS D’ECRIVAINS ET DE PAPIER

Répétitions d’une pièce de Corneille chez un épicier en bas de la rue Férou en 1705 : Oeuvres de P. Corneille. Tome 3 / nouv. éd… par M. Ch. Marty-Laveaux

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9666028v/f485.image.r=Etienne%20F%C3%A9rou

3 TER rue Férou : JOURNAL INTIME

Antoine Grumbach, « L’Ombre, le seuil, la limite. Réflexions sur l’espace juif ». https://www.mahj.org/fr/programme/l-ombre-le-seuil-la-limite-17214 (dernière consultation le 24 septembre 2020)

4 RUE FEROU : LE GOUVERNEUR ET LES CADAVRES EXQUIS 

Académies équestres Parishttp://www.ling.fi/RATS/LA%20GUERINIERE/Academies1.html

Jacques Prévert, Oeuvres complètes, La Pléiade, tome II, P.948,1111,1116-1117

Yves Courriere, Jacques Prévert, Gallimard.

Jacques Prévert, Choses et autres, Folio, 1972

Bertrand Meyer-Stabley, Françoise Sagan,: le tourbillon d’une vie

Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir, 1984.

Patricia Sorel, Plon : le sens de l’histoire (1833-1962), 2018

Christine de Rivoyre, Flying Fox et autres portraits,

Tribune du Monde, 2 mai 2019, Signataires : Jean Bourgault, Michel Deguy, Liliane Kandel, Jean Khalfa, Patrice Maniglier, Jean-Pierre Martin, Eric Marty, Anne Mélice, Juliette Simont,

Le vieux Paris au souffle du progrès », dans : Paris au XVIIIe siècle. sous la direction de Gaxotte Pierre. Paris, Arthaud (programme ReLIRE), « Hors collection Arthaud », 1982, p. 77-104. URL https://www.cairn.info/paris-au-XVIIIe-siecle–9782700304213.htm-page-77.htm

Bulletin paroissial de Saint-Sulpice du 25 décembre 1918 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6522733c/f7.image.r=rue%20F%C3%A9rou

5 RUE FEROU : Grains de café et broderies d’or

Jean Leclant, « Le café et les cafés à Paris (1644-1693) », Annales, 1951, 6-1, p.1-14. consulté en ligne https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1951_num_6_1_1900

Danièle Véron-Denise, « Les ornements épiscopaux du XVIIIe siècle des cathédrales de Metz et de Carcassonne et l’atelier parisien de la famille Rocher », Patrimoines du Sud [En ligne], 1 | 2015, mis en ligne le 01 février 2015, consulté le 13 novembre 2019. https://journals.openedition.org/pds/944

Vladimir Dimitrijevic, Personne déplacée. Entretiens avec Jean-Louis Kuffer, Lausanne, Ed.Favre, 1986; réédition Lausanne, L’Age d’Homme, 2008.

Alain Paucard, Paris est un roman, L’Age d’Homme, 2005

Giono recette extraite du Code Gourmand de Horace Raison, (1829), citée par Adrienne Monnier, en 1942.  

6 RUE FEROU : le fabuleux destin de l’hôtel de Mlle de Luzy

Emmanuel Vingtrinier, Théâtre à Lyon au XVIIIe siècle (Luzy), 1879.

Les comédiens du roi de la troupe française pendant les deux derniers siècles : documents inédits recueillis aux Archives nationales / Emile Campardon, 1879 (consulté sur Gallica)

Titre :  La Comédie-française : histoire de la Maison de Molière de 1658 à 1907… / Frédéric Loliée ; préface de Paul Hervieu,… Auteur :  Loliée, Frédéric (1856-1915). Auteur du texte Éditeur :  L. Laveur (Paris) Date d’édition :  1907

Site de la Comédie Française : Mlle Luzy

Charles Collé (1709-1783), Au cœur de la République des Lettres de Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval

Grimm, Correspondance littéraire, tome X, p.416.

Mémoires du prince de Talleyrand. I. 1754-1808 / publ. avec une préf. et des notes, par le duc de Broglie

Le pâtissier royal parisien ou Traité élémentaire et pratique de la pâtisserie ancienne et moderne…. Tome II / composé par M. A. Carême… Auteur :  Carême, Marie-Antoine (1784-1833). Auteur du texte Éditeur :  (Paris) Date d’édition :  1815

Paul Jarry, L’Européen, 22 février 1935.

Paul Jarry, Les vieux hôtels de Paris, « le quartier du Luxembourg », Paris, Ch.Moreau, 1934.

Antiquaire new-yorkais (bôite avec le portrait de Mlle de Luzy) www.wilnitsky.com https://www.wilnitsky.com/scripts/redgallery1.dll/details?No=30381

Vincent Casanova, Jalons pour une histoire du Chant du Monde

Jacques Lacarrière, Passeur pour notre Temps, de Florence M. Forsythe, éd. Le Passeur.

Jacques Lacarrière, Chemin d’écriture, Plon, 1988.

Imec, « Rencontres poétiques avec Roland Dubillard 2015-2016 », consulté le 20 mars 2020.

« Histoire et engagement : avec Claude Mazauric », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 104 | 2008

Le Foll-Luciani, Pierre-Jean. « Des étudiants juifs algériens dans le mouvement national algérien à Paris (1948-1962) »in : La bienvenue et l’adieu | 2 : Migrants juifs et musulmans au Maghreb (XVe-XXe siècle) Casablanca : Centre Jacques-Berque, 2012 https://books.openedition.org/cjb/167?lang=fr (généré le 20 mars 2020).

Michel Foucault, Maladie mentale et personnalité, Paris : PUF,  1954.

Olivier Burgelin a été le jeune directeur de la Maison des lettres des années 1957 à 1962; il a notamment invité Roland Barthes en 1957 (communication personnelle ).

Robert Chapuis, Les Chrétiens et le socialisme, Calmann-Lévy, 1976.


Michael Reynolds , Hemingway Housecoming, 1999.

Schlumberger : Voir https://www.museeprotestant.org/notice/les-schlumberger/

Archiwebture.citedelarchitecture (fonds Pierre Barbe)

G.Aulbaut de la Haute chambre, Ruelles de Saint-Sulpice, 1918 (Gallica)

 7 RUE FEROU : ATELIER d’ORFEVRES

Bernard Berthod, Dictionnaire des arts liturgiques XIXe-XXe siècle, 1996.

Edmond Lesage. https://www.delcampe.net/fr/collections/factures-documents-commerciaux/france-1800-1899/75-6724-paris-1898-orfevre-edmond-lesage-7-rue-ferou-succ-a-chertier-295198252.html

Rilke Les Carnets de Malte Laurids Brigge.

8 RUE FEROU ; DES MOTS, DES MOTS, DES MOTS

Robert Darnton, Un tour de France littéraire. Le monde du livre à la veille de la Révolution, Gallimard, 2018.

Belin, Notre livre intime de famille, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1893.

Louis BatiffolLa vie de Paris sous Louis XIII : : l’existence pittoresque des Parisiens au XVIIe siècle, 1932 (quartier des imprimeurs et libraires (arrêt du 1er avril 1620)

Jean-Paul Fontaine,« histoire de la bibliophilie »./2016/05/la-descendance-de-francois-belin-1748.

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Viera Rebolledo-Dhuin, La librairie et le crédit. Réseaux et métiers du livre à Paris (1830-1870), thèse de doctorat, en ligne https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00768969/document.

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9 RUE FEROU : Qui a vécu ici?

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10 RUE FÉROU : CHEZ MADAME DE LA FAYETTE

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XVIIe siècle : bulletin de la Société d’étude du XVIIe siècle , 7/1987.

1928, Bulletin de la société historique du sixième arrondissement.

Chapco, Ellen J. « La cour et le cabinet : l’espace-femme dans La princesse de Montpensier, La princesses de Clèves et La Comtesse de Tende de madame de la Fayette » in : Homo narrativus : Recherches sur la topique romanesque dans les fictions de langue française avant 1800 [en ligne]. Montpellier : Presses universitaires de la Méditerranée, 2001 (généré le 03 janvier 2020) https://books.openedition.org/pulm/1349?lang=fr.

François-Ronan Dubois. Jean Regnault de Segrais, Pierre-Daniel Huet et Gilles Ménage dans la correspondance de Marie-Madeleine de Lafayette. François Le Guennec. Savantes femmes & citoyennes de Tendre en Europe (1607-1678), L’Harmattan, pp.107-120, 2014.

Jacques Drésa, Maisons d’hommes célèbres, Hachette, 1893, p.134.

AUTOBIOGRAPHIE DE MON CORPS

Ludwig Binswanger, Le problème de l’espace en psychopathologie, PUM, 1998.

Danis Bois et la fasciathérapie

Joana Duarte Bernardes, « Habiter la mémoire à la frontière de l’oubli : la maison comme seuil »

Eugène Minkowski, Le Temps vécu, PUF, 2013.

Merleau-Ponty, La Phénoménologie de la Perception (1945)

Viviana Saint-Cyr, Architecture, corps et sublimation, 2008.

 11 RUE FEROU : RENAN ET LA SAINTE PARISIENNE

Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1883)

Centenaire des Bénédictines du Saint-Sacrement :

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13-15-17 RUE FEROU : PROUST, TOLSTOI, Manon et l’Internationale

Sophie Tolstoï, A qui la faute ?, Albin Michel, 2010

 Claude Jamain. Idée de la voix : Études sur le lyrisme occidental. Nouvelle édition [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2005 (généré le 22 avril 2020)

Eugène Pottier, in Maitron, https://maitron.fr/spip.php?article136003,

(dernière consultation le 26 sptembre 2020).

Eugène Pottier, Chants révolutionnaires, Editions sociales internationales, 1937.

http://ciml.250x.com/archive/music/french/chants_revolutionnaires_pottier.pdf (dernière consulatation le 26 septembre 2020).

Blog Socialisme libertaire :

http://www.socialisme-libertaire.fr/2018/08/eugene-pottier-communard-et-un-poete-militant.html

Armand Cuvillier, Un journal d’ouvriers : « L’atelier » (1840-1850), Éditions Ouvrières, Paris, 1954.

Société historique du 6e arrondissement de Paris, « Fantin-Latour, les domiciles dans le 6eme », Charles Saunier, bulletin VIII – Année 1905.

https://www.sh6e.com/activites/histoire-du-6eme/les-personnalites/fantin-latour-les-domiciles-dans-le-6eme (dernière consultation le 26 septembre 2020).

Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans images?: politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914). Editions Champ Vallon, 2004.

« Hommage de Michel Deguy à sa belle-sœur, Marie-Claude Brossollet, décédée le 19 avril 2019, prononcé lors de son enterrement à la basilique Sainte-Clotilde » in Po&sie. https://po-et-sie.fr/chroniques/a-marie-claude-brossollet/(consulté la dernière fois le 26 septembre 2020)

DANS LA PEAU D’EUGENE ATGET

Photographies d’Eugène Atget consultées sur les sites Parismuseescollections

( Musée Carnavalet), du musée Carnavalet, de Gallica, et du MOMA.

Par exemple : https://www.moma.org/collection/works/43272. (Atget, rue Férou,1900).L’objet porte le numéro 1.1969.4955

Photographie de la rue Férou depuis la place St-Sulpice, voir : http://parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/hotel-de-mahe-de-la-bourdonnais-4-et-6-rue-ferou-6eme-arrondissement-paris (consultée la dernière fois le 24 septembre 2020)

Clément Chéroux, Sur quelques vitrines d’Eugène Atget
Jean-Marie Balner, Qui est Eugène Atget : expositions bnf.fr/atget

Guillaume Le Gall, de nombreux textes dont Atget et le théâtre consulté sur : http://expositions.bnf.fr/atget/arret/02.htm

http://expositions.bnf.fr/atget/arret/29.htm

 http : //expositions.bnf.fr/atget/arret/29.htm

Walter Benjamin, L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (version de 1939), traduction de Maurice de Gandillac, revue par Rainer Rochlitz, Folio, p.24-25.

Walter Benjamin, Petite histoire de la photographie, traduction de Lionel Duvoy,  éd. Allia.

Ricardo Ibarlucia, Desnos et la place d’Atget dans l’histoire de la photographie, « Aisthesis, mai 2016.

André Breton, Nadja, Gallimard.

Les trois lettres d’Eugène Atget à Paul Léon, directeur des Beaux-Arts de Paris, ont été publiées dans La Recherche photographique, » n°10, Collection, série », juin 1991, Maison européenne de la photographie, p.37, directeur de la publication, Jean-Luc Monterosso.

Molly Nesbit, «  La seconde nature d’Atget », in Actes du colloque Atget, numéro spécial de Photographies, mars 1986, cité in Eric Hazan, LInvention de Paris, p.470.

Sur Mlle Dupont, voir Galerie historique des comédiens de la troupe de Talma, pp. 333-342, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2043538/f361.image consulté la dernière fois le 29.8.2020 sur Gallica

Eric Hazan, L’invention de Paris. Il n’y a pas de pas perdus, (Seuil, 2002), Points 2004.

La lettre originale « Je suis à l’agonie »a été vendue chez Artus enchères :

https://www.yumpu.com/fr/document/read/17331605/resultat-de-la-vente-du-02-juin-2013-artus-encheres

Anna Radwan, Mémoires des rues. Paris 6e arrondissement.1900-1940, Parigramme, 2015.

J.P.Vernant, « Franchir un pont », in Oeuvres II, 2339 et ss, Seuil, 2007.

PRONONCER LEURS NOMS

Les Archives de France consultées la dernière fois le 29.8.2020 : https://francearchives.fr/fr/search?q=rue+FaTalleyrand-Périgord, Charles-Maurice de (1754-1838

Doux et sombre comme un requiem

Télérama, 13-19 mars 2021, par Fabienne Pascaud

Mêlant brillamment les genres, l’écrivaine, psychanalyste et photographe convoque les êtres qui, de siècle en siècle, ont forgé l’âme de la rue Férou.

« Pas de maison sans l’épaisseur des souvenirs, la conscience du temps déposé, pas de sentiment d’être chez soi sans un peu de poussière… Combien de jours pour se sentir chez soi ? Faut-il s’en éloigner pour ressentir la joie des retrouvailles ? » Psychnalyste, écrivaine et photographe, Lydia Flem s’interroge. De livre en livre, elle a pourtant souvent apprivoisé, avec précision et grâce mêlées, l’hypnotisante magie des lieux, et se laisse envoûter aujourd’hui par la rue Férou, étroite voie pavée parisienne du VIe arrondissement, entre jardin du Luxembourg et place Saint-Sulpice. Cinq ans durant, elle l’a explorée avec acharnement et désir, façon Georges Perec et illustres historiens des Annales tout ensemble. Qui donc, d’abord, est ce Férou qui donna son nom à l’endroit, avant d’y mourir en 1547 ? Sur lui, on apprendra peu. Mais beaucoup sur les autres fantômes qui ne cessent de hanter la ruelle, dût l’écrivaine entrer dans leur peau et parler soudain à la première personne… Car l’étonnant ouvrage est hybride, délicieusement anecdotique et savamment historique, biographique, romanesque et métaphysique. Journal intime et livre de recettes de cuisine. De Jean-Jacques Olier, pieux prédicateur de la vieille église Saint-Sulpice aujourd’hui disparue à Mme de La Fayette qui y écrivit sa Princesse de Clèves, de la comédienne Dorothée Luzy à Chateaubriand, de Lavoisier à Taine, de Fantin-Latour à Man Ray, de Michel Déon à Jean-Jacques Goldman, on y croise des personnalités singulières dans une rue discrètement cachée. Que de 1898 à 1923, Eugène Atget ne put s’empêcher de continuellement photographier… Comme Lydia Flem, dressant ici avec passion l’arbre généalogique du passage fantasmé de ses rêves, de ses souvenris, de ses angoisses ; tel un être vivant, une parentèle oubliée, elle en fait revivre à plaisir chaque membre disparu. Défi aux lieux détruits de ses propres ancêtres, père russe apatride, mère résistante déportée à Auschwitz ? La quête devient retour sur soi, tombeau impossible d’une famille sacrifiée. De fantasque et primesautier, Paris fantasme devient alors doux et sombre comme un requiem. Que ni Mozart ni Fauré n’auraient renié.

Paris fantasme, Seuil, La Librairie du XXIe siècle, dir.Maurice Olender, 544 pages.

« La librairie du XXIe siècle » fête ses 30 ans

Maurice Olender @Olivier Dion

https://www.lemonde.fr/livres/article/2019/05/30/la-collection-la-librairie-du-xxie-siecle-fete-ses-30-ans_5469427_3260.html

La collection du Seuil est dirigée depuis 1989 par Maurice Olender : « Mon univers n’est pas celui du pouvoir éditorial… que je respecte, mais celui de l’autorité de l’auteur : celui des écrivains et des chercheurs »

Propos recueillis par Zoé Courtois  Publié le 30 mai 2019 à 09h00 – Mis à jour le 30 mai 2019 à 09h48

« La librairie du XXIe siècle », qui fut « La librairie du XXe siècle » jusqu’en décembre 2000, fête ses 30 ans. Pour marquer cet anniversaire, un catalogue de 270 pages de la collection des éditions du Seuil a été imprimé, et une soirée organisée, le 13 mai, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, au cours de laquelle le comédien Pierre Arditi a lu La Plus Précieuse des marchandises. Un conte, de Jean-Claude Grumberg, l’un des plus récents titres de la collection fondée et dirigée par l’historien Maurice Olender. Lequel revient ici sur cette aventure éditoriale.

Ces trente années ont-elles modifié le projet initial de « La librairie du XXIe siècle » ?

Maurice Olender : Oui et non. Dans les années 1980, archéologue de formation, je ne savais rien de l’édition si ce n’est que les livres sont des chemins de traverse. On les lit pour apprendre, rêver de savoir, mais aussi pour s’y perdre et s’y retrouver. Jeune chercheur, ma pratique était interdisciplinaire autant qu’indisciplinée. De programme éditorial, je n’en avais pas. Je voulais publier des collègues, des amis, des auteurs admirés. Il y a eu d’emblée Jean-Pierre Vernant, Georges Perec, Arlette Farge, Marcel Detienne, Jacques Le Goff, Florence Delay. Plus tard Yves Bonnefoy, Sylviane Agacinski, Jacques Roubaud, Claude Lévi-Strauss, Henri Atlan, Michel Deguy. Il y avait là une géométrie sensible. Je n’imaginais pas alors publier de la poésie, notamment les œuvres de Paul Celan. Ni, grâce à François Vitrani, qui dirige la Maison de l’Amérique latine, éditer de la poésie latino-américaine, les Poèmes humains, de César Vallejo (traduit par François Maspero avec en préface un ultime texte de Jorge Semprun) [2011], Ida Vitale, Nicanor Parra… Tout cela n’était pas prévisible. Si j’avais eu la possibilité de publier la bande dessinée Maus, de Spiegelman, j’en aurais été très heureux. Ce qui me captive, c’est l’impalpable consonance entre les livres. Dans Le Matin daté du 17 septembre 1985, sous la plume de Jean-Paul Morel, on lisait ce qui n’était pas encore un programme mais qui l’est devenu : « Publier des textes (…) fondamentaux d’auteurs classés habituellement dans le rayon des sciences humaines, mais qui se révèlent dans leur recours à l’écriture comme de véritables écrivains. »

Il est rare qu’une telle collection rencontre le succès économique. ­Selon vous, quelle est la raison de ce succès ?

Au fil des ans, face aux patrons de l’édition m’interrogeant à propos de la vente d’un livre, j’ai souvent répondu : l’improbable est inéluctable, et la vente d’un ­livre fait partie des improbabilités. Le premier titre de ces 30 ans de la collection, La Plus Précieuse des marchandises. Un contede Jean-Claude Grumbergbientôt traduit en huit langues et film d’animation en devenir, a déjà dépassé les 60 000 exemplaires en tirage et les 50 000 en vente. Ce n’était évidemment pas « programmé »! Pas plus que les ­succès des livres de Jean-Pierre Vernant, Lydia Flem, Ivan Jablonka, Michel Pastoureau, Michelle Perrot, Marc Augé… En ­matière d’édition, un certain usage de la rationalité économique ne peut que ­conduire à l’échec. Mon univers n’est pas celui du pouvoir éditorial… que je respecte, mais celui de l’autorité de l’auteur : celui des écrivains et des chercheurs.

Vous souhaitez construire une collection à la fois érudite et non élitiste. Qu’est-ce que cela signifie ?

Un soir, je suis à Berne pour fêter Les Enchanteresses, de Jean Starobinski [2005]. J’entends deux belles femmes (ç’aurait pu être des hommes), d’un certain âge, discuter. L’une demande à l’autre : « As-tu déjà lu le livre de Jean ? Est-il difficile ? »Je les apostrophe : « Permettez-moi de vous poser une question. L’amour, c’est facile ? Ce livre est exactement comme l’amour, il est très, très difficile. Difficile comme l’amour, difficile comme la vie. » Certes, ces œuvres sont exigeantes. Mais cette collection est un lieu où tout le monde peut s’élire en lecteur, car on peut être modelé par ce que l’on ne comprend pas totalement. A condition de ne pas essayer d’en forcer la compréhension. Le rapport à la connaissance et à l’art, qui est souvent un rapport de maîtrise pour les érudits, ne doit pas l’être nécessairement pour les lecteurs. Dans la volonté de dominer le savoir, il y a quelque chose de trop viril qui finit par échouer.

Mais l’essai, au centre de votre ­collection, peut-il être un genre non élitiste ?

Des essais devenus des classiques sont souvent des livres où la forme révèle le contenu. Lisez Penser/Classer, de Perec [Hachette, 1985 ; rééd. Seuil, 2003]. Quand, dans un essai, vous avez un sujet et un développement liés à une forme de pensée adéquate, vous tenez un texte accessible au public. La trajectoire de l’enfant que j’ai été, dont je fais le récit dans Un fantôme dans la bibliothèque [2017], permet de comprendre pourquoi toute pensée élitaire m’est étrangère. Lire aussi  Maurice Olender, comme un funambule sur une corde raide

Quelles sont les directions vers ­lesquelles vous projetez d’emmener la collection ?

« La librairie du XXIe siècle » est sans doute d’abord une « collection d’auteurs ». A la fois elle appartient à ses auteurs, elle est faite par eux et ce sont ces auteurs qui me guident – et non l’inverse. Avoir le bonheur de lire et de publier dans l’avenir, notamment, les livres de Daniele Del ­Giudice, Hélène Giannecchini, Nicole Lapierre, Denis Podalydès, Michel Pastoureau, Catherine Perret, Alain Schnapp, Lydia Flem, Alain Fleischer, Marc de Launay, Jean-Paul Demoule, Milad Doueihi ou Luc Dardenne, ce n’est pas uniquement énumérer des noms, c’est décrire un horizon de créativité multiple dont nous ressentons de plus en plus la nécessité. Et la chance d’accueillir des œuvres posthumes rappelle combien les auteurs disparus sont contemporains de leurs lecteurs : Lévi-Strauss, Perec, Starobinski, Celan…

Ce qui me bouleverse souvent, c’est la créativité des auteurs. Qu’est-ce qu’une œuvre créatrice ? Peut-être une exigence qui s’exerce sans concession. Avec générosité, offerte à tous. Une pratique qui intègre divers ingrédients de savoirs, d’esthétiques – comme une cuisine qui allie avec adéquation les aromates d’ici et d’ailleurs. Quand la sociologie d’un événement ­contemporain, sans devenir un roman, se fait texte littéraire, l’historien Ivan Jablonka écrit Laëtitia [2016, prix Médicis et Prix littéraire Le Monde]. Je rêverais de publier encore plus de cinéastes, de mathématiciens, de musiciens… Ce serait alors une collection un brin intempestive, qui reprendrait le geste des humanistes du XVIe siècle. Ou alors, au contraire, pourvu qu’on admette que le numérique pourrait nous conduire à ces savoirs imbriqués, une collection d’avenir.

Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)

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