Rue Lydia Flem, Paris

Elisabeth Philippe, Nouvel Observateur 10-16 juin 2021

Lydia Flem rue Férou. A l’arrière-plan, des vers de Rimbaud calligraphiés. Photo : VASANTHA YOGANAN- THAN/ SEUIL

Il est des livres plus hospitaliers que d’autres, qui vous accueillent avec une enveloppante générosité. « Paris fantasme » est de ceux-là. Sans apprêts, un peu en désordre et empli de souvenirs, on s’y sent vite chez soi. Mais justement, « qu’est-ce qui donne le sentiment d’être chez soi quelque part » ? Cette question hante l’écrivaine et psychanalyste Lydia Flem, qui signait déjà en 2004 « Comment j’ai vidé la maison de mes parents », et constitue le point de départ de la flânerie littéraire et introspective à laquelle elle nous convie. Comment habiter son corps, sa maison et le monde, surtout quand on est, comme elle, habité par un peuple de disparus ? Juifs venus de Russie, ses aïeux ont passé leur vie à fuir. Rescapés de la Shoah, ses parents lui ont transmis « le lait noir de leurs cauchemars, de leurs angoisses ». Comment, dès lors, ne plus se sentir en transit, toujours sur le qui-vive ?

Lydia Flem a choisi d’élire domicile dans l’imaginaire et de faire sienne une rue de Paris, la rue Férou, devenue soudain « l’obscur objet de tous [s]es fantasmes » et surtout l’objet de ce livre, promenade zigzagante et joyeusement digressive dans cette rue cachée derrière l’église Saint- Sulpice. Guide érudite, l’autrice nous fait visiter chaque immeuble de cette artère, retrace la vie de ses habitants les plus illustres, qu’ils soient réels ou fictionnels. « Il me fallait chercher à rencontrer des aventures, des destinées, des stèles, des vies, dans une rue où je n’ai pas vécu, pour “sauver” toutes celles et tous ceux que je n’ai pu ni connaître, ni aimer, ni sauver », note Lydia Flem. On fraie ainsi avec Man Ray qui occupa longtemps un atelier inchauffable au numéro 2 bis ; Madame de La Fayette qui vécut au 10, recevant ses invités couchée dans son grand lit galonné d’or ; et encore Voltaire, un prêtre, Chateaubriand, mais aussi d’Artagnan, Manon Lescaut… Rimbaud est également de la partie puisqu’un peintre hollandais a calligraphié les vers du « Bateau ivre» sur un mur de la rue Férou. La ville se fait livre, les mots et la vie tendent à se confondre, au point que Lydia Flem sera tentée de franchir la mince frontière qui les sépare en louant un studio dans sa rue rêvée, pour y jouir, comme y incite Virginia Woolf, d’une « chambre à soi ». Dans cet appartement meublé trône une petite table- échiquier, détail qui suffit à ensorceler l’écrivaine. Man Ray n’at-il pas dessiné les pièces d’un jeu d’échecs ? Tout le livre fonctionne ainsi, par associations d’images et d’idées, comme en psychanalyse. D’ailleurs, à une lettre près, Férou est l’anagramme de Freud. Un signe, encore. Tentative d’épuisement d’un lieu à la Perec, déambulation savante et lettrée à la façon de Didier Blonde, « Paris fantasme » se distingue par sa fantaisie, par la liberté avec laquelle voisinent archives, portraits, journal intime et même recettes de cuisine, dont celle du pot-au-feu d’Alexandre Dumas servi dans une « casserole capitonnée de jambon ». Lydia Flem métamorphose les fantômes en fantasmes, anamorphose l’espace pour en repousser toujours plus les limites. Avec elle, la littérature demeure l’un des plus sûrs et des plus riches abris. ■

par ÉLISABETH Philippe

Connus à cette adresse

Libération, jeudi 22 avril 2021, par Claire Devarrieux

Dans les rues de Paris, «chemins de pierre et de papier», où se superposent les époques, on croise une foule d’artistes et d’intellectuels. De la rue Férou à celle de Babylone, en faisant un détour par Châtenay-Malabry, Balade en sept ouvrages.

Nul besoin d’habiter la région parisienne pour arpenter la capitale et ses environs. Les ouvrages sur Paris qui viennent de paraître, plus nombreux que d’habitude, confinement oblige, invitent à se promener, mais surtout à lire, à découvrir quelles histoires et quelles personnalités se dissimulent derrière les porches.

INVENTAIRE DE LA RUE FEROU

Vers où va la rue Férou ? Vers le Luxembourg. Elle est vieille de cinq siècles, et si courte qu’il faudrait la parcourir près de cent fois pour y lo- ger dix mille pas. On croit la connaître. «Comme tout le monde, je savais que le mousquetaire Athos en avait été l’hôte littéraire, que Georges Perec la décrivait depuis le Café de la Mairie dans Tentative d’épuisement d’un lieu parisienLydia Flem, dans Paris Fantasme, «épuise» ce «chemin de pierre et de papier» du VIe arrondissement : «Ma rue Férou.»

On fait la connaissance d’Etienne Férou, procureur au Parlement de Paris peut-être mort en 1547, et on finira par manger une glace avec le poète Michel Deguy, chez le Corse qui a occupé, de 2016 à 2019, la boutique des éditions de l’Age d’homme fondées par Vladimir Dimitrijevic, fils d’un horloger de Belgrade qui l’envoya «à l’Ouest» en 1954.

D’autres éditeurs ont séjourné dans la rue. Le n° 8 a été l’adresse de Belin pendant cent quarante-deux ans, jusqu’à la mort de Marie-Claude Brossollet. Au 15, Louise Leneveux écrivait et publiait au XIXe des ouvrages édifiants pour la jeunesse. Son fils était l’ami d’Eugène Pottier, l’auteur de l’Internationale.

Paris est un palimpseste où les fantômes réels et imaginaires se marchent dessus. Chateaubriand, Ernest Renan sont passés par là, ainsi que Victor Hugo, Huysmans ou des personnages de leurs romans. Dans les archives, Lydia Flem puise des baux, des contrats de mariage. On aperçoit au fil de ses listes le jeune Taine en 1847 dans sa mansarde d’étudiant, ou l’affichiste Cassandre dans son éphémère école d’art graphique en 1934. On va du XVIIe au XXIe siècle, du curé de Saint-Sulpice au «poème mural», les cent vers du Bateau ivre peints au n° 2 par Jan Willem Bruins. Il y a des faits divers, de sombres histoires de succession. On ne s’ennuie pas. Au 4, Prévert a été un enfant, le comité de lecture des Temps modernes s’est tenu un temps, et Michel Déon a vécu de 1959 à 1979.

Lydia Flem rêve, emménage, tient son journal, recopie des recettes de cuisine, envoie des lettres aux morts devenus ses amis, se met dans la peau d’Eugène Atget dont les photographies de la rue Férou ont accompagné ses premières recherches. Elle écrit «Mon autoportrait en comédienne du Français». L’hôtel de Mlle de Luzy, née à Lyon en1747, est sis au n°6. Elle est morte en 1830. Pile cent ans plus tard, Henry de Jouvenel, séparé de Colette, emménage avec sa nouvelle épouse, et leurs enfants respectifs, un garçon et une fille. Ceux-ci se marient et fondent les éditions musicales le Chant du monde. Au 6, Hemingway a habité en 1926-1928 avec Pauline Pfeiffer. Après la guerre, Jacques Lacarrière, Barthes, Pierre Clémenti, se croisent à la Maison des lettres, un foyer d’intense activité culturelle. L’hôtel de Luzy a été racheté en 1969 par Pierre Schlumberger, et enfin par Jean-Jacques Goldman.

Le plus bel endroit de Paris Fantasme est l’atelier de Man Ray, qui a passé au 2 bis les vingt-cinq dernières années de sa vie, avec Juliet Browner (de 1951 à 1976). C’était une impasse entre l’ancien séminaire du n° 2 et l’hôtel de Mahé de La Bourdonnais au n°4 : un mur, un toit en verre, et Man Ray eut sa cabane, humide, glaciale, mais lumineuse. Man Ray, né Emmanuel Radnitzky à Philadelphie (il avait 21 ans quand toute la famille changea de nom), fils d’un tailleur juif, quitta l’Amérique pour la France grâce à Marcel Duchamp. Selon Lydia Flem, il décida de «dissimuler la machine à coudre familiale pour lui substituer la machine à photographier». Elle se faufile dans sa biographie, qui va de Picabia à Cocteau et à Paul Poiret, d’Erik Satie à Adrienne Monnier.
Il n’y a pas de musée Man Ray au 2bis de la rue Férou, mais Lydia Flem en a posé les premiers jalons, qui sont en partie les siens. Monnier est le nom de résistante de sa mère, Jacqueline Monnier. Le quartier de l’Odéon est «le pays de ma mère», l’endroit où devenir écrivain.
Paris Fantasme, essai historique et littéraire, est «une autobiographie au pluriel», la réponse à une question simple et vertigineuse : «Où suis-je chez moi ?» «Le trauma de mes parents s’est tapi dans mon corps. Mon père qui a perdu sa mère à Auschwitz a épousé une jeune femme qui en est revenue. Je suis née de ces deux voyages. Comment faire sortir ce Dibbouk

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Rue de pierre, rue de papier

La Revue des Deux Mondes par Patrick Kéchichian, mars-juin 2021

Non, Lydia Flem ne fait pas de la parisienne et modeste rue Férou, entre la place Saint-Sulpice et le jardin du Luxem- bourg, le centre du monde. Ce serait simpliste. En revanche, elle concentre là, dans ces quelques mètres de pierre et de hauts murs, dans ses cours pavées et devant ses porches, toute sa mémoire, ses recherches documentaires, sa part (dûment contrôlée) de rêverie. En fait, le vrai sujet de ce volume merveilleusement hybride, démesuré, à la fois précis, scrupuleux et riche de multiples digressions, se trouve dans les intersections, les croisements qu’il établit (1). Comme souvent d’ail- leurs dans les livres de Lydia Flem. Ce point de rencontre si obstinément recherché est quelque part entre l’ici et l’ailleurs, le chez soi et le hors de soi, le temps perdu et le temps retrouvé; la boussole le mesure autant que l’horloge, et on doit le chercher aussi bien côté cour que côté jar- din. Le titre peut mal nous orienter, car le Paris qui est raconté à partir de cette petite rue est bien plus réel que fantasmé. Mais peu importe: les 500 pages tiennent sinon en haleine, du moins en forte, heureuse, émouvante attention le lecteur, surtout s’il est lui-même parisien. Paris, disait Marivaux, cité en tête d’un chapitre, « est l’abrégé du monde ».

« Comme il serait doux de se sentir chez soi quelque part ; d’être un corps à l’abri de sa peau, dans une maison-enveloppe, dans un espace- temps où le dedans et le dehors s’épouseraient comme la danse des nuages », écrit Lydia Flem dans la belle et juste préface de son livre.

Quelques lignes plus loin, elle pose cette question déchirante, à la fois intime et collective, qui vaut pour toutes les familles juives (comme la sienne) ou appartenant à un autre peuple persécuté qui ont traversé la guerre et la Shoah ou n’en sont pas revenues : « Existe-t-il, pour moi, un lieu où l’espace cesserait d’être un doute, un exil, une conquête incer- taine ? Pourrais-je un jour faire corps avec l’espace qui m’englobe, cesser de me sentir en transit, en embuscade, cachée en moi-même ? »

Mais avec quoi, avec qui, avec quels temps « faire corps » ? Ou, autrement formulé : quelle adresse peut-on dire vraiment sienne ? Ou bien : « Puis-je m’arrimer en un point de hasard ? » Définir un lieu, se définir par rapport à lui, surtout dans une ville comme Paris, c’est commencer de répondre à de telles questions et s’orienter comme il convient. Et cette définition est plurielle, inscrite dans le temps. Un temps qui ne peut être seulement personnel. « Récits collectifs et récits de soi s’interpénètrent, indissociables », écrit Lydia Flem, avant d’ajouter cette évidence, si souvent négligée dans la fièvre autobiographique : « Il n’y a pas de soi sans les autres. On est dans le même monde. »

Un jour donc, l’auteure cherche (et trouve) un lieu à Paris, un logement, un lieu de travail plutôt, et se désigne à elle-même la rue Férou, « une rue à ma taille » dit-elle. Dès lors, pour habiter ce lieu, il faut se familiariser avec lui. La rue n’est pas longue, nous l’avons dit, mais elle se prolonge considérablement, s’enfonce dans le temps, dans la mémoire. La chronologie, la généalogie sont des voies d’accès. Le recensement des noms, des dates, aussi. Les visages, eux, sont effacés, mais quelques-uns survivent cependant… Ainsi, « c’est le monde au loin qui s’organise par rapport à la demeure ici ». Là aussi, des croi- sements, des rencontres, parfois improbables, donnent à la présence, surtout des morts, une fabuleuse et inspirante épaisseur.

Les inventaires (« après décès ») ne peuvent ressembler qu’à ceux de Jacques Prévert, qui habita au 4 de la rue Férou, ou de Georges Perec, rêvassant avec attention, un jour d’octobre 1974, au Café de la Mairie, sur la place Saint-Sulpice, juste en face de la même rue. Les figures sont nombreuses, célèbres, anonymes, effacées ou encore bien dessinées… Citons-en quelques-unes… Comme en majesté, il y a Man Ray, et puis, vers la fin du livre, le photographe Eugène Atget, qui le croisa vers 1922,

en plein surréalisme. Avant cela, Athos, l’un des trois (des quatre en réa- lité) mousquetaires habita là. Et aussi le grand Jean-Jacques Olier, figure centrale de la spiritualité catholique au XVIIe siècle, concentrée autour de Saint-Sulpice. Le jeune Renan, à l’hôtel Fénelon voisin, se souvient de lui, avant de s’éloigner… Ou encore, en mêlant les époques, tandis que Leibnitz se promène et qu’Eugène Pottier compose L’Internationale, La Rochefoucauld visite, en voisin, Mme de La Fayette – Mme de Sévigné disait que « rien ne pouvait être comparé à la confiance et aux charmes de leur amitié ». Et puis, plus récemment disparus des lieux, les éditeurs Belin et L’Âge d’homme. Enfin Le Bateau ivre de Rimbaud, reproduit sur le mur, à l’entrée de la rue.

« Chaque livre est une lanterne magique, une boîte à trésors », écrit Lydia Flem. Chaque livre, je n’en suis pas certain… mais le sien, assurément.


1. Lydia Flem, Paris Fantasme, Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siècle », 2021.

S’affranchir de la distance des siècles

La Vie du 8 avril 2021 par Victorine de Oliveira

Que signifie se sentir chez soi ? À cette question à la fois simple et vertigineuse, Lydia Flem apporte une réponse tout en digressions historiques : se sentir chez soi, ce serait être (bien) entourée des fantômes du passé. Et la rue Férou en bourdonne, voie du VIe arrondissement de Paris qui mène de la place Saint-Sulpice au jardin du Luxembourg. Lydia Flem s’est laissée emporter par le cortège de ses illustres occupants : le photographe Man Ray, qui y eut son atelier ; Madame de La Fayette ; Alexandre Dumas, qui y fit habiter Athos, l’un de ses quatre mousquetaires ; Chateaubriand ; Hippolyte Taine ; et même Jean-Jacques Goldman, qui y possède un hôtel particulier. Mais elle s’inquiète aussi des« vies minuscules », celles qui ont parfois tout juste laissé un nom sur les registres d’état civil ou du cadastre. À commencer par le mystérieux Étienne Férou (ou Ferrou), procureur au parlement de Paris sous François Ier. On pense à Georges Perec. Mais ce n’est pas tant pour tenter l’épuisement d’un lieu parisien, plutôt pour tisser par bribes – avec ce que cela comporte de manques – un « vivre ici et ensemble », qui s’affranchirait de la distance des siècles. ■

par Victorine De Oliveira

C’est en soi-même qu’il faut trouver sa maison

Le Temps, Genève, entretien de Isabelle Rüf, 19 avril 2021

Lydia Flem a connu le succès en 2004 avec «Comment j’ai vidé la maison de mes parents». Elle explique ici son projet «insensé» qui a donné naissance à «Paris Fantasme»: dessiner le portrait d’une rue de Paris, sur cinq siècles, maison par maison :

Derrière Lydia Flem, un mur de livres et tout autour, Bruxelles qui bruit, invisible. C’est ici, dans sa ville natale que, pendant une année de confinement, elle a rédigé un livre qui ne parle que de Paris. Et même, d’une rue de Paris, la toute petite rue Férou qui mène de la place Saint-Sulpice au jardin du Luxembourg.

«C’est dans l’autobiographie de Man Ray que j’ai découvert la richesse de cette ruelle que j’avais empruntée mille fois. Il y a habité pendant vingt-cinq ans, jusqu’à sa mort en 1976. Il l’a peinte et une lampe qu’il a créée porte son nom. A son arrivée à Paris, Marcel Duchamp le présente à ses amis, tout de suite, il se sent chez lui. Je me suis rendu compte qu’un nombre impressionnant d’artistes, de créateurs, d’intellectuels avaient résidé rue Férou. Plus je cherchais, plus je trouvais. J’étais comme un enfant qui se promène le nez en l’air et se demande qui peut bien vivre derrière ces fenêtres illuminées. J’ai alors formé ce projet insensé qui m’a pris cinq ans – dessiner le portrait d’une rue sur cinq siècles, maison par maison. C’était amusant mais pas gagné d’avance. Il m’a fallu trouver une architecture, tailler dans l’énorme matériau d’archives tout en m’accordant la liberté de la romancière.»

Le Noël de Prévert

En 1518, Etienne Férou, procureur du Parlement de Paris, achète les arpents de terre dans lesquels il trace la ruelle qui jusqu’à aujourd’hui porte son nom. «Alexandre Dumas y fait résider Athos, madame de Lafayette y écrit La Princesse de Clèves, Prévert, enfant, y a vécu un Noël de pauvre… On y trouve un couvent, un manège, des éditrices, propriétaires de la maison Belin, la librairie de l’Age d’Homme, aujourd’hui fermée. Pottier y écrit les paroles de L’Internationale. Perec évoque sa banalité provinciale depuis le café de la Mairie, place Saint-Sulpice.» Lydia Flem tente-t-elle comme lui d’épuiser un lieu parisien?

Lire aussi: Mémoire et oubli, les deux trames de l’existence

Paris Fantasme dresse de la rue un «portrait chinois». On en suit la chronologie bousculée, fermant une porte pour ouvrir la suivante, grimpant aux étages, regardant dans les cours et les jardins. «J’y ai même habité pendant quelques semaines. Je croyais que cette proximité était nécessaire pour comprendre comment se mêlait la vie des autres et la mienne. Mais cette expérience m’a rendu la ruelle plus mystérieuse encore. Parfois un lieu ne nous accueille pas et je n’ai pas su me rendre celui-ci habitable; j’ai compris que c’est en soi-même qu’il faut trouver sa maison.»

Trilogie familiale

Cet échec amène à la question centrale de Paris Fantasme: «Qu’est-ce qui donne le sentiment d’être chez soi quelque part? D’habiter tout à la fois son corps, sa maison et le monde?» Le projet historique et romanesque se double d’une autobiographie: «Les deux registres s’enroulent l’un autour de l’autre comme un ruban de Moebius. Après Comment j’ai vidé la maison de mes parents, j’ai voulu écrire «comment habiter ma maison.» Paru en 2004, le livre de la psychanalyste a connu un succès mondial tant il touche à une question que chacun doit affronter un jour. Il forme désormais
avec Lettres d’amour en héritage et Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils une trilogie familiale.

Mes parents m’ont appris qu’un lieu est toujours éphémère. Qu’on peut avoir à le quitter très vite pour le reconstruire ailleurs
«Depuis toute petite, j’ai la conscience aiguë du désarroi de mes parents. Ils avaient tous deux un traumatisme en héritage – exils, persécutions, déportations mais aussi résistance. Ma naissance, après la guerre, était pour eux comme un miracle, une revanche de la vie. Ils m’ont appris qu’un lieu est toujours éphémère. Qu’on peut avoir à le quitter très vite pour le reconstruire ailleurs. C’est insécurisant mais aussi dynamique. Mes parents étaient très doués pour nidifier ici ou là.»

Une enfance baignée dans un «bain sonore polyglotte», où l’hébreu et le yiddish se mêlent au russe, au français, à l’allemand, lui apprend la part intraduisible de toute langue. Plus tard, elle écrira sur la Vienne de Freud, la Venise de Casanova. «Mais c’est la rive gauche de Paris qui fait battre mon cœur le plus vite.»

Masquée en arlequin

C’est donc dans l’immobilité du confinement que Lydia Flem a rédigé cette balade dans le temps. «Pour achever le livre, c’étaient des conditions favorables. Je me suis fait des coins différents dans la maison, changeant la place des meubles pour bouger malgré tout! C’est une expérience forte que d’être prisonnier en même temps qu’une grande partie du monde. S’il est important de pouvoir se retirer dans sa bulle, on a aussi besoin de partage, et il faut trouver en soi les ressources pour atteindre une harmonie. Je ne pratique presque plus la psychanalyse, mais là, des patients m’appelaient de leur voiture, le seul lieu où ils parvenaient à s’isoler

pour parler des difficultés de la promiscuité forcée.» Sur le site Lydia-flem.com, l’écrivaine devenue photographe s’est amusée à confiner en images quelques-uns de ses héros – Freud, Virginia Woolf, Perec – ou à se représenter elle-même masquée en arlequin.

Etait-ce pour s’évader de son enfermement? A deux reprises, Lydia Flem prend la parole à la place d’un personnage de sa «tapisserie». Elle s’amuse à être mademoiselle de Luzy: «Une belle figure de liberté! Par privilège, les pensionnaires de la Comédie Française dépendaient directement du roi, ce qui les affranchissait de la tutelle du père ou du mari! Elle a été la maîtresse du jeune Talleyrand, alors séminariste. Elle a occupé un temps le fabuleux hôtel qui porte son nom et qui hébergera par la suite, entre autres, Colette puis Hemingway qui y écrira L’Adieu aux armes. La maison de disques Le Chant du monde y établit son siège, et à partir de 1945, la Maison des lettres de la Sorbonne où se croisent Camus, Queneau, Breton, Barthes. Le palais abrite aussi les fêtes fastueuses de quelques millionnaires, jusqu’à ce que Jean-Jacques Goldman l’acquière en 1996.»

Strudel au pavot

La psychanalyste se met aussi dans les pas d’Eugène Atget qui a arpenté les rues de Paris, son lourd matériel de photographe ambulant à l’épaule: «Une figure émouvante, orphelin, comédien raté, autodidacte. Il a sauvé la mémoire du vieux Paris avant les aménagements de Haussmann. Rue Férou, il a photographié toutes les maisons.»

Artistes, millionnaires, gens d’Eglise, artisans, brodeuses, héros anonymes dessinent au fil des siècles un microcosme fascinant. En 2012, sur un mur aveugle de la rue, un peintre néerlandais a peint, à main levée, les premiers vers du Bateau ivre. Depuis, des touristes du monde entier viennent photographier Rimbaud. «Plus loin, une main anonyme a gravé dans la pierre le mot «pot-au-feu». Ce qui m’a donné l’idée d’intercaler des recettes que j’ai toutes essayées, depuis le potage au lait d’amande de la Renaissance. Elles apportent un aspect charnel à la rue. Et le langage de la cuisine est si beau: on peut «faire sourire le bouillon». Deux de ces recettes renvoient à un monde disparu: le cake au citron de Lily Perec et le strudel au pavot de ma grand-mère.» Ecrire, photographier, cuisiner, c’est toujours affaire de transmission.

voir aussi dans Le Temps : Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt an

Une autobiographie au pluriel

par Vincent Roy : L’Humanité ( 18 au 24 mars 2021)

« Une rue, dix maisons, cent romans » : Lydia Flem fantasme Paris. La psychanalyste et écrivaine est aussi une journaliste, une enquêtrice, une historienne, une sociologue, une ethnographe… Fascinée par une ruelle née il y a cinq cents ans entre la place Saint-Sulpice et le jardin du Luxembourg, une ruelle « un peu à l’écart, en pente douce, discrète, ondoyante, mystérieuse », laquelle « cristallise, sur une toute petite parcelle de territoire, l’intensité et l’étrangeté des vies humaines », notre généalogiste traque des légendes, rappelle des fantômes, écoute des voix du passé et répond à une question : « Qu’est-ce qui donne le sentiment d’être chez soi quelque part? D’habiter tout à la fois son corps, sa maison et le monde ? »

«Sa» rue Férou est «le lieu d’une autobiographie au pluriel » et son ouvrage singulier celui d’une quête existentielle. D’où son intensité. C’est, nous explique-t-elle, que les récits collectifs sont, d’une certaine façon, connexes des récits de soi, qu’ils « s’interpénètrent ». Ce qu’elle explore à toute force, c’est l’expé- rience de l’habitation. Elle entend les habitants avec sa troisième oreille – elle est analyste, comme on l’a dit : Man Ray dans son atelier, Madame de La Fayette dans sa maison d’enfance, Voltaire dans le petit hôtel de Villette et Athos, le mousquetaire, dans son deux-pièces. Ce dernier vivait là, selon Dumas ! Mais Lydia Flem est aussi hantée par celles et ceux « dont il ne reste pas d’autre trace pour dire leur passage sur cette terre que des listes de noms». Alors elle les archive, depuis 1518, d’étage en étage et de siècle en siècle. «Paris Fan- tasme » est un annuaire. Et un livre de contes. Un journal intime ? Mais bien entendu et peut-être surtout. Lydia Flem a perdu ses ancêtres, les lieux et les langues de ses ancêtres, leurs tombes, leurs maisons. Son voyage rue Férou, entre portraits et autoportraits, est peut-être une ma- nière de « dessiner en creux, en négatif », son « questionnement le plus intime ». ■ 

Les Mystères de la rue Férou

Lydia Flem et les mystères de la rue Férou dans « Les Lettres françaises », mars 2021 par Martine Sagaert

Paris fantasme de Lydia Flem. Le Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », 544 pages.

Psychanalyste, écrivaine et photographe, Lydia Flem a gagné un pari fou : faire revivre sur cinq siècles une rue du VIe arrondissement de Paris, située entre Saint-Sulpice et le Jardin du Luxem- bourg, une ruelle qui compte à peine une di- zaine de maisons, l’étrange rue Férou, « qui s’absente à ses deux bouts ». Biographique et autobiographique, archivistique et imagi- naire, grave et ludique, son Paris fantasme plonge « dans l’océan des affects et de l’ex- périence » non sans abriter une question : « Où suis-je chez moi dans le monde ? » et par là même : « Qu’est-ce qui donne le sen- timent d’être chez soi quelque part ? » Un livre bien campé, élégant comme une pièce d’orfèvrerie, léger comme une danse étoile. Un livre qui ressemble à celle qui l’a écrit, un livre qui nous interpelle et nous séduit.

Comme toute l’œuvre de Lydia Flem, il a pour origine sa vie, sa situation particu- lière : « Le trauma de mes parents s’est tapi dans mon corps. Mon père qui a perdu sa mère à Auschwitz a épousé une jeune femme qui en est revenue. Je suis née de ces deux voyages. Comment faire sortir ce Dibbouk ? » Une fois de plus, elle s’emploie à ce que jamais les traces ne s’effacent. « Zakhor ! Souviens-toi ! » est le maître mot, aussi douloureux soit-il. Et en même temps, il lui faut poursuivre sa propre déambulation, trouver sa « tanière » et son équilibre.

Ses parents, à qui elle ne cesse de rendre hommage, lui ont légué des « repères de vitalité ». Au cœur du dispositif littéraire, la mère. Belle comme Ava Gardner, elle trône en majesté. Future architecte de la maison du clos des Oyats, elle lui racontait les jours heureux de sa jeunesse, ses liens d’amitié avec Laurent Schwartz, André Essel, Paul Celan et surtout « l’effervescence » de la vie et de l’œuvre de Man Ray, l’Américain qui avait « sauté le pas », qui était venu à Paris, là où vivaient « Paul Éluard, Gala, Nusch, Breton, Elsa Triolet, Aragon, Max Ernst, Picasso, Brancusi, Dali, Cocteau, Duchamp, Tzara, Gertrude Stein… et bien sûr, Adrienne Monnier », patronyme à l’origine de son nom de résistante, Jacqueline Monnier. Et Lydia Flem d’écrire : « Ses mots tressaient des récits de légende. Elle m’ offrait son pays mythique pour que j’ y habite un jour à sa place. Pour elle, avec et sans elle. Paris Fantasme. »

Dans cette œuvre riche et composite (essai, souvenirs, journal, portraits, lettres, recettes, citations, listes…), tissée comme un ruban de Möbius, tout se tient, tout est en lien. Généalogie et topographie. Récits des objets, histoire de soi et histoire des autres. Album de famille et photos d’inconnus. Femmes glorieuses et femmes bafouées. Invisibles et célèbres. Vies minuscules. Vies majuscules. Vies intriquées comme dans ce tableau de Brueghel l’ Ancien, qui fascinait Lydia enfant.

Ce livre qui passe les barrières temporelles est tout à la fois « exercice d’admiration et exercice d’ hospitalité », célébration de la culture sous toutes ses formes, arts du livre, littérature, musique, peinture, photo- graphie… Il attise notre curiosité et nous mène de découverte en découverte. Lorsque l’auteure se glisse dans la peau d’Eugène Atget (1857-1927), photographe du vieux Paris, des petits métiers et des intérieurs pa- risiens, notre joie est à son comble. Elle écrit : « Cadrer n’ est jamais indifférent. Un sujet reste potentiellement infini. Je laisse les choses parler d’ elles-mêmes, j’ en cherche les angles inattendus qui en révé- leront de nouveaux mystères. Il n’y a rien d’ insignifiant, jamais. Ni la courbe d’ une branche devant une façade, la ligne verti- cale d’ un réverbère ou le tronc obstiné d’ un arbre, la juxtaposition des pavés, l’ oblique d’un trottoir, les mots dans la ville, les sta- tues dans les parcs, même la brume, tout est porteur d’ histoires. […] Peut-être suis-je encore le jeune marin qui regarde l’infini de l’ océan ; alors que les pierres m’ entourent, mes yeux poursuivent toujours les lignes de fuite. ».

Nous avons envie de marcher jusqu’à la rue Férou, le livre-guide à la main (avec chronologie, plan de la rue et documents d’archives pour mémoire) ou d’y aller, le livre en tête. Ou alors, selon notre bon plaisir, de rester dans la maison, en compagnie du livre, de jouer à notre tour au portrait chinois, de nous déguiser en comédienne du XVIIIe siècle, de réaliser telle recette culinaire pour la personne aimée. Et relisant un chapitre, un passage, il peut arriver, à la vue de certains mots comme « tricotin », « oyats », « mer du Nord », « le Rayol », « Sils » (en Suisse), « Louis Pasteur », « Eugène Pottier», « la Princesse de Clèves », « Albertine disparue », que l’émotion gagne. Paris fantasme, livre-lanterne magique, qui éclaire des pans de notre mémoire et nous ravit.

Martine Sagaert

Témoigner de la rue Férou

Témoignages de lecteurs et lectrices de Paris Fantasme (Seuil, 2021)

Photographie prise en haut de la rue Férou le 5 avril 2021 par Jean-Luc Monterosso

2 RUE FEROU

6 RUE FEROU

« Votre livre me touche, bien sur, profondément. De la troisième génération du Groupe de théâtre antique de la Sorbonne (président en 1961,metteur en scène d’Agamemnon et du Pauvre Jouan, longtemps le messager des Perse,pour Maurice Jacquemont Teucros d’Ajax pour jacques Lacarrière etc, etc. etc.)J’ai vécu un temps la Maison des lettres et suivi Barthes, Gillibert, Lacarrière et tant d’autres. Les Frontisi qui ont du vous en raconter une bonne part.J’ai connu les folies du 6 rue Férou ( Opéra créé à 16h,répété à 17h ,interprété à 20h dans le jardin) avec toute la bande de St Germain que vous mentionnez dans votre livre. 
Nous descendions la rue Férou comme les compagnons d’Ulysse descendaient vers la mer…
Merci. »
Philippe Lagard (29 mars 2021)

Olivier Burgelin, sociologue, disciple de Barthes, a été plusieurs années le jeune directeur de la maison des étudiants, « La Maison des Lettres », il y avait notamment invité Roland Barthes en 1957. Il quitta la direction de ce lieu d’effervescence intellectuelle en 1962 pour rejoindre « Communication », à la demande de Edgar Morin.

L’architecte Paul Chemetov se souvient avoir vécu, étudiant, dans la Maison des Lettres.

« Chemin faisant je me suis rappelé que j’avais soupé chez les Schlumberger après une générale de Bob Wilson. À table Aragon avait perdu son dentier et Banier et Renaud Camus, s’étant emparé des chandeliers, s’étaient jetés à terre pour le retrouver. »

Georges Kiejman (28 février 2021)



9 RUE FEROU

« Je suis particulièrement touchée par votre livre Paris fantasme, sur la rue Férou.
Il se trouve que mon arrière-grand-mère (veuve) et sa fille (ma grand’mère) ont vécu un temps au 9 de la rue, vivant de travaux d’aiguilles à domicile, vers 1917. Il s’agit de Marie Darnet, veuve Voelcker et de sa fille Thérèse.
Thérèse a rencontré son futur mari à la poste du quartier en venant chercher chaque jour le courrier.
Lui, c’est André-Frédéric Stalhand, fils d’un suédois, négociant en bois, installé 30 rue de Condé.
Ils se sont mariés à la mairie du 6ème, le 19 Août 1919.
Le témoin de ma grand’mère était un ancien huissier demeurant au même 9 rue Férou: Gustave Deferrer.
Voilà quelques « anonymes » sortis de l’ombre de l’histoire.
Bien à vous et encore merci. »
Joëlle Guidez (9 avril 2021)

11 RUE FEROU

« Bernard et Madeleine Flageul, aujourd’hui décédés (à 95 et 100 ans), nés respectivement en 1915 et 1914 en Bretagne, ont donc habité entre 1975 et 1982 rue Férou, je crois au numéro 11, avec fenêtres sur rue. Je dis « je crois » pour hésiter avec le numéro 9. Peut-être pourrez-vous m’aider à résoudre cette petite énigme. Voilà : mes parents y ont été locataires d’une association chrétienne présidée, en tout cas animée par Melle de Coubertin, descendante (elle-même sans descendance) du célèbre baron (…) Mes parents étaient quant à eux issus de la bourgeoisie de la fonction publique : alors en retraite, mon père avait été directeur adjoint du CROUS de Paris, ma mère professeur de mathématiques dans un collège parisien. »

Alain Flageul (8 avril 2021)

Les fantômes de la rue Férou

Le Figaro littéraire, jeudi 18 mars 2021, par Alice Ferney

L ES LIEUX par lesquels nous passons s’inscrivent en nous alors que nous n’y laissons pas de trace. La mélancolie de ce constat pourrait-elle être consolée ? Peut- être suffirait-il de consigner« qui a vécu, aimé, pensé » entre ces murs restés debout plus longtemps que leurs occupants ?

Dans son nouveau livre, Paris fantasme, Lydia Flem poursuit cet espoir. Son enfance parisienne, ses lectures, les clichés d’Eugène Atget qu’elle découvre, tout l’amène à une rue, quasi piétonne, presque provinciale, qui « marie la place Saint-Sul- pice au jardin du Luxembourg » : la rue Férou.

Perec l’a décrite dans sa Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, Lydia Flem en arpentera l’espace et le temps pour en faire le portrait. « Une rue, dix maisons, cent romans », écrit- elle.

La loi de la mémoire

La rue Férou compte dix-sept numéros et quelques hôtels particuliers mythiques dont l’histoire nous ramène au XVIIe siècle. Qu’à cela ne tienne, Lydia fréquente les archives et remonte jusqu’en 1635. Les actes notariés – ventes, héritages, inven- taires après décès – ressuscitent des vies et des généalogies.

Le parlementaire Étienne Férou donna son nom à la rue. Man Ray, exilé volontaire, habita au 2 bis. Le lecteur saura ce qu’il mange au petit déjeuner et tout ce qu’il doit à son ami Marcel Duchamp.

Athos, le mousquetaire de Dumas, Sainte-Beuve, Mlle de Luzy, comédienne au Français, Mme de La Fayette, Prévert et ses parents à la fois fauchés et généreux y logèrent.

Lavoisier s’y cacha pendant la révolution. Huysmans ou Hugo y firent résider leurs personnages. Talleyrand, Renan, Proust… Lydia Flem éparpille les grands noms sur ce minuscule quartier du Luxembourg. Des mondes surgissent, des pratiques perdues, des métiers anciens.

La forme d’une ville ne cesse de changer. Les murs sont accueillants. Au 5, un glacier corse succède à un libraire slave. Au 8, les Éditions Belin demeurent de 1875 à 2017. Lydia Flem a le goût des listes, elle a retenu la leçon du photographe de Paris – « il n’y a rien d’insignifiant, jamais » – et se soumet à la loi de la mémoire:«Se souvenir des morts pour ne pas oublier de vivre. »

Le 3 mars 2016, elle loue un studio rue Férou. Ce n’est pas sa maison, elle ausculte la rencontre. Qu’est-ce qui donne le sentiment d’être chez soi quelque part ? Habiter, déménager, se sentir à l’abri ou au contraire étranger… L’écrivain psychanalyste déploie ses questionnements, ses hypothèses, ses explorations. Les ruptures d’objet et de ton sont sa marque de fabrique, l’expression d’une fantaisie qu’elle a reçue en héritage, une puissance de vie. « La page est mon terrain de jeu, là je suis seule maîtresse à bord », dit celle qui entremêle et re- lie, promettant toujours une surprise à celui qui la lit.

Pourquoi à ce point sonder le passé d’un lieu ? Pourquoi cette passion des maisons ? « Est-ce l’impossibilité de faire retour sur les lieux de mes ancêtres ? », se demande l’auteur, qui « traverse douloureusement l’espace ».

L’inquiétude du déraciné habite ce livre exigeant et profond, Paris fantasme est une grande confidence détournée. ¦ ■ 

Home sweet home

Home sweet home , Les Inrockuptibles du 17 mars 2021 par Nelly Kaprièlian

LYDIA FLEM reconstitue toute l’histoire de la petite rue Férou, rive gauche, et de ses habitant·es, dont Man Ray ou Madame de La Fayette.
Paris Fantasme est une mine de récits qui se mêlent à sa vie. Un livre inclassable.

LYDIA FLEM EST UNE DISCRÈTE QUE L’ON SUIT ASSIDÛMENT au gré des petits cailloux qu’elle sème dans
le paysage aussi littéraire que mémoriel et géographique. Depuis La Vie quotidienne de Freud et de ses patients (1986, réédité en 2018, chez Seuil), où elle nous faisait emboîter le pas de Freud dans la Vienne d’avant-guerre, et ravivait sous nos yeux enchantés un monde éclairé, intellectuel et artistique englouti, les livres de cette écrivaine et psychanalyste belge n’ont pas cessé de nous hanter.

Avec Paris Fantasme aujourd’hui, elle nous propose de hanter la rue Férou à ses côtés, l’une des plus petites et mystérieuses rues de Paris nichée entre le jardin du Luxembourg et la place Saint-Sulpice, et d’être à notre tour hanté·es par ses fantômes, les siens comme ceux de tous les êtres qui ont habité cette rue dès
sa naissance (un certain Etienne Férou achète des terres et y pose le premier jalon de la future rue) en 1519.

Il faut dire que la plupart de ces fantômes ont été de grand·es vivant·es, marquant leur temps d’une empreinte
qui a traversé les siècles. Madame de La Fayette a passé trente ans, de 1660 à 1693, au 10, rue Férou, où s’élevait,
à l’angle avec la rue de Vaugirard, son hôtel particulier : c’est là qu’elle a reçu son amie Madame de Sévigné, mais surtout son immense ami (ou amant ?) La Rochefoucauld, qui pendant quinze ans vint la visiter chaque fin d’après-midi ; c’est là, aussi, qu’elle écrivit son chef- d’œuvre, La Princesse de Clèves. Dans cette rue qui ne compte que dix maisons, Jacques Prévert passa un Noël, et Françoise Sagan des soirées chez Michel Déon ; Athos y aurait vécu (selon Alexandre Dumas) ; Balzac comme Huysmans la font apparaître dans leurs écrits, et Perec, attablé au café de la Mairie le 20 octobre 1974, à 13 h 05, écrit : “En ne regardant qu’un seul détail, par exemple la rue Férou, et pendant suffisamment de temps (une à deux minutes), on peut, sans aucune difficulté, s’imaginer que l’on est à Etampes ou à Bourges, ou même quelque part àVienne (Autriche) où je n’ai même jamais été.”

A force de “fixer” cette rue éminemment littéraire pendant des années, Flem se laisse transporter et nous transporte avec elle dans le temps, comme avec cette évocation du 2 bis,où Man Ray a vécu de 1951 (date de son retour en France après les années de guerre passées à Los Angeles) à sa mort en 1976, avec sa femme Juliet, dans un très bel atelier : “Exilé volontaire, Man Ray n’a cessé de se construire une vie ‘ailleurs’, une vie ‘autrement’, une vie étrange, une vie d’étranger. Son choix me plaît, me fascine. Qu’est-ce qui donne cette force, cet élan, cette audace ? A moins que ce ne soit une décision, plutôt une nécessité, intérieure, impérieuse, vitale : partir pour sauver sa peau, s’échapper d’un destin trop prévisible, sauter par-delà les frontières, les origines, les attentes familiales, les règles et les normes, les pesanteurs
sociales, les enjeux esthétiques ou politiques.”
Man Ray, qui a peint un tableau et créé une lampe en hommage à la rue Férou, avait le don de reconstituer son “chez soi” partout où il résidait.

C’est cette notion que va interroger Lydia Flem, en se prenant au jeu jusqu’à s’installer elle-même dans un studio
rue Férou. C’est là qu’elle écrit des pages de son journal, où se trouve peut-être
la clé de ce livre, qui pourrait être celle-ci : “Le trauma de mes parents s’est tapi dans mon corps. Mon père qui a perdu sa mère à Auschwitz a épousé une jeune femme qui en est revenue. Je suis née de ces deux voyages. Comment faire sortir ce Dibbouk ?” Comment, surtout, habiter le monde après ce savoir de l’horreur, comment vivre
en humain parmi les humains quand on sait que vos ami·es ou vos voisin·es peuvent vous dénoncer, vous tuer ? Alors Lydia Flem tente de s’inviter chez les autres, ces autres qui ont réussi à vivre quelque part, même de pénétrer dans leur peau, parlant à leur place sous la forme de journaux intimes fictifs (celui de la comédienne Mademoiselle Luzy, qui vécut dans le sublime hôtel du 6, rue Férou), leur écrivant des lettres, dont sa “lettre à Man Ray” – ce ne sont pas les meilleures pages d’un livre qui donne parfois le sentiment de s’éparpiller à force de vouloir trop en faire.

Reste une démarche inclassable, une passionnante mine d’informations historiques, une façon très poétique de faire communiquer les mort·es et les vivant·es et de restituer ainsi notre espace mental tel qu’il est vraiment. Et puis rien de plus beau que ces pages où passent à toute vitesse tous·tes les habitant·es du 9, rue Férou : couples d’émigré·es, familles d’inconnu·es, dont le temps n’a retenu que les noms et les professions, le temps d’une poignée de recensements.

Nelly Kaprièlian

La musique des siècles : rue Férou

La Croix, 5 mars 2021 par Bruno Frappat

Il y a une autre manière de soigner notre blues et de retrouver la joie de vivre. C’est la contemplation des œuvres de la création artistique. Lire, écouter, voir : c’est le moment ! La littérature est fidèle au poste, pour nous faire décoller du réel sur les ailes de l’imaginaire, cette autre forme de réel. La musique des siècles nous accompagne, de ses caresses à l’âme, sous toutes les formes que les civi-lisations lui ont trouvées. La musique, par sa variété, sauve toutes les générations de la déréliction. Avec Bach ou Gainsbourg toute personnalité peut trouver sa place.Un livre magnifique vient d’être publié qui montre que tout ce qui est humain mérite d’être décortiqué, contemplé, analysé, célébré. Ce livre est de la Belge Lydia Flem, psychanalyste à qui l’on devait déjà des textes remar-quables sur la manière de vider l’appartement de ses parents décédés ou de vivre le départ de ses enfants. Des textes proches de l’objet comme on dit, en poli-tique, « proche du terrain ». Une poésie prenante des « riens » de la quotidienneté.Cette fois la quête de Lydia Flem au pays du réel et des rêves la conduit vers une vieille rue de Paris, la rue Férou (1). Cette rue minuscule, étroite, aux pavés malaisés, relie deux merveilles : le jardin du Luxembourg et la place Saint-Sulpice. C’est une venelle sans circulation, silencieuse et riche d’un passé que ses façades ne révèlent pas d’emblée. Lydia Flem mène une véritable recherche archéologique et d’érudition pour faire revivre les habitants modestes ou célèbres qui, depuis le XVIe siècle, se sont relayés. Mme de La Fayette y a écrit La Princesse de Clèves tandis que Man Ray, le célèbre photographe de l’entre-deux-guerres y eut, un quart de siècle, son atelier. Elle relève l’identité des inconnus passés par là et dont les patronymes ont été conservés dans les archives de la ville, du notariat et de l’Église. Ce livre-randonnée est émouvant et illustre la propre obsession qu’a l’auteur d’un lieu où vivre, d’un « chez soi », que les tribulations de ses aïeux n’ont pu lui léguer, ces juifs russes ballottés par l’histoire et ses tragédies.Un jour de lassitude, montez à bord de ce livre comme sur un bateau de promenade pour éprouver le plaisir de songer à ceux qui nous ont précédés sur cette terre et ont laissé comme trace modeste des noms orthographiés de façon approximative sur des grimoires jaunis. Cette promenade nostalgique est revigorante. Bruno. Frappat.(

Savoir ce qu’habiter veut dire

Savoir ce qu’habiter veut dire

Savoir ce qu’habiter veut dire – à propos de Paris Fantasme de Lydia Flem

AOC jeudi 25 mars 2021 par Sylvie Tanette

Lydia Flem analyse maison par maison la rue Férou, près de la place Saint-Sulpice à Paris. Une plongée dans le passé pour travailler une thématique présente depuis longtemps dans ses livres et élargir l’espace de la forme autobiographique. Dans cet objet multiforme vivent une rue-personnage, une foule d’anonymes et l’écrivaine elle-même… entre lesquels cette dernière tisse une philosophie de la ville et de la vie.

C’est une minuscule ruelle qui court entre la place Saint-Sulpice et le jardin du Luxembourg, dans le VIe arrondissement de Paris. Si minuscule qu’elle ne compte que quelques numéros. La rue Férou, cachée à l’écart des grandes artères, Lydia Flem a décidé de l’ausculter pierre à pierre et d’en remonter la généalogie. Ainsi a-t-elle cherché à connaître les noms de ceux qui y ont vécu depuis sa création, il y a cinq cents ans. À travers ce minutieux travail d’archiviste, projet fou et surprenant, l’autrice de La Reine Alice (2011) aborde d’une façon nouvelle son histoire familiale.

« Qu’est-ce qui donne le sentiment d’être chez soi quelque part ? », questionne Lydia Flem en préambule. Dans le travail de l’écrivaine belge il a souvent été question de maisons, d’habitations, de demeures, qu’on investit ou qu’on quitte. Notamment dans sa trilogie familiale, débutée avec Comment j’ai vidé la maison de mes parents (2004), suivi de Lettres d’amour en héritage (2006) et de Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils (2009). L’autobiographie, avec également Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans (2016), est un genre que Flem explore depuis des années sous différentes formes, travaillant sans cesse les traumatismes qu’elle a reçus en héritage et qu’elle rappelle ici : une famille paternelle exilée de Saint-Pétersbourg puis fuyant encore, une grand-mère disparue dans un camp. « Le trauma de mes parents s’est tapi dans mon corps. Mon père qui a perdu sa mère à Auschwitz a épousé une jeune femme qui en est revenue. Je suis née de ces deux voyages. Comment faire sortir ce Dibbouk ? »

Plus loin elle évoque ainsi la souffrance de son père : « La succession d’errances à travers l’Europe, sans qu’aucun État, aucune nation, aucun pays ne se révèle un asile protecteur, un lieu libre et solide, un port franc. »

Pour elle, ce lieu d’accueil pourrait justement être l’écriture : « J’arpente plus volontiers les pages des livres et des manuscrits que l’asphalte des villes. La littérature m’abrite, m’exalte et m’apaise. »

Avec ce nouveau livre, une étape semble franchie dans le patient travail autobiographique que Lydia Flem élabore donc depuis des années, tant la forme littéraire choisie, déroutante au premier abord, ouvre un immense champ de possibles.

Soit une rue dont Lydia Flem va tenter de faire l’inventaire, et tout d’abord d’en dresser le portrait. Numéro par numéro, elle consigne très précisément l’aspect du lieu aujourd’hui, son histoire. Sachant qu’au XVIe siècle la zone était encore bucolique, d’où le nom de Saint-Germain-des-Prés, Lydia Flem s’intéresse à la création de la rue et retrouve toutes sortes d’indices, à quelle date telle maison a été construite par exemple, quel était son aspect initial et quelles modifications y ont été apportées. L’écrivaine se fait archiviste et aligne patiemment les informations qu’elle glane, jusqu’à la plus anodine. Surtout, Flem cherche à reconstituer l’histoire de ceux qui ont vécu là. Aux côtés d’une foule d’anonymes que le temps a engloutis, un certain nombre de célébrités surgissent. Entre autres, Madame de Lafayette et Man Ray.

Mais ce livre est bien plus que cela, objet multiforme qui surprend par la diversité toujours renouvelée de son contenu. Car Lydia Flem pousse les portes et les limites. Aux chapitres de reconstitution, elle ajoute des listes de noms et de citations. Parfois, elle écrit une lettre-fleuve imaginaire à un habitant célèbre, tel un beau texte adressé à Man Ray. Ailleurs, elle glisse des recettes de cuisine entre les pages, comme autant de pense-bêtes. Flem traque aussi les apparitions de cette rue dans des œuvres littéraires, et elles sont nombreuses, de Dumas à Perec. Ainsi de lieu la rue devient personnage de roman.

Flem refuse d’habiter un genre littéraire et c’est peut-être la clé de tout.

Entre tous ces chapitres qui mêlent fiction, archives, essai historique, récoltes d’indices et inventaires à la Prévert, Lydia Flem intègre et fait dialoguer des éléments de pure autobiographie. Un journal qu’elle tient durant quelques mois dans cette rue Férou où elle séjourne, et dans lequel elle consigne non seulement son activité quotidienne mais aussi les réflexions et analyses que son projet lui inspire, offrant ainsi une sorte de chambre d’écho à son travail. Surtout, Lydia Flem consigne, savamment agencés parmi les autres types de texte, quelques bribes de son histoire familiale et des souvenirs d’enfance. En cela, elle apporte sa pierre à la multitude de transformations revêtues par le genre autobiographique.

Car l’autobiographie n’est pas seulement quelqu’un qui prend la plume pour raconter sa vie mais un genre littéraire qui engendre une variation presque infinie de formes, et nombres d’auteurs et d’autrices semblent tester des dispositifs narratifs ingénieux pour construire des autoportraits chinois où ils apparaissent en creux. Ainsi Marie Nimier avec Les Confidences (Gallimard, 2019). Partant d’une expérience réelle, une résidence où elle avait récolté des confidences d’inconnu.e.s, l’autrice de La Reine du silence racontait mille vies anonymes et petites anecdotes qui, justement parce qu’elle les avait retenues, nous laissaient découvrir des préoccupations qui l’occupaient depuis toujours. En l’occurrence, la mort prématurée de son père.

Lydia Flem, qui parle d’une « autobiographie au pluriel » pour désigner son livre, n’agit pas autrement. Tout ce puzzle foisonnant est mis en place pour ausculter ce qui hante ses textes depuis toujours – la perte, l’exil, la Shoah, la disparition – et travailler d’une manière nouvelle une thématique récurrente chez elle : ce que signifie habiter un lieu. « Le plus souvent, la question chuchote, balbutie, murmure, comme en fond sonore, lointaine, à peine audible, puis, soudain, elle éclate, tonne et vrille. Têtue. Je ne peux lui échapper. […] Es-tu chez toi ici ? Ici plutôt que là-bas ? Te sens-tu à la maison ? »

Alors il faut regarder de près les formes littéraires présentes dans ce texte pour comprendre ce qu’il s’y joue, et ce qui les relie.

Ainsi lorsque Lydia Flem loue un studio dans la rue Férou et s’y installe, y habite durant quelques semaines en 2016. Elle nous livre son journal de bord, tenu au jour le jour, de son séjour là-bas, en profite pour réfléchir à sa démarche littéraire avant de rendre les clés sans autre forme de procès. Cette tension, constante, entre passé et présent, habiter et partir, exil et sédentarisation, sous-tend l’architecture du livre et la pensée de Flem : « Quelle est la patrie d’un peuple en exil ? La tentation de l’assimilation, de l’intégration, de la disparition ou le souvenir à tout prix de génération en génération ? ».

De même, dans cette rue qui se construit au fil des pages, logement par logement, Flem tisse des histoires parfois très curieuses et élabore une philosophie de la ville et de la vie. Car depuis le début les gens vont et viennent, achètent un logement pour le revendre, arrivent d’un pays voisin ou de province, repartent pour une destination inconnue. La ville telle que la définit Flem est un lieu de passage plutôt que d’enracinement.

En tous cas, Flem semble penser son projet à mesure qu’il se construit : « Tirer un fil, voir où il mène. Comment classer ce que je glane, j’avance à l’aveuglette dans un joyeux fouillis. »

L’accumulation des formes littéraires, utilisées dans une sorte d’absolue liberté, est peut-être avant tout une façon d’échapper aux classifications habituelles, car il serait difficile et hasardeux de coller hâtivement une étiquette à ce livre. Essai ? Autobio ? Bio romancée ? Journal ?

Flem se défait de tout cela et c’est peut-être la clé de tout : refuser d’habiter un genre littéraire, c’est rendre les clés du studio de la rue Férou, et c’est faire ce dont on a envie en se moquant des assignations. Une constante chez cette intellectuelle et artiste qui est tout à la fois psychanalyste, photographe, écrivaine, dans l’ordre que vous voulez, et qui réunit les trois en même temps dans son écriture même, tout autant psychanalytique que photographique. Ce refus de se laisser enfermer est également lisible dans toutes sortes de détails, parfois émouvants et parfois amusants. Ainsi, son premier livre de cuisine lui a été offert par sa grand-tante américaine, et c’était un livre de recettes asiatiques.

Et d’ailleurs différentes recettes de cuisine sont disposées ici et là comme par mégarde. Il faudra avancer dans le livre pour mesurer toute leur valeur symbolique et comprendre que, parfois, une recette de cuisine peut être un trésor précieusement transmis au fil d’histoires familiales compliquées, l’unique témoignage d’une grand-mère inconnue, comme une injonction discrète à ne pas oublier. Car une recette de cuisine sert à se souvenir qu’il faut garder en tête une liste d’ingrédients, les nommer en respectant un certain ordre. Et c’est peut-être aussi de cette manière-là qu’on construit un travail littéraire.

Car ce livre cache des moments d’émotions intenses. Grâce à Lydia Flem, la discrète et minuscule rue Férou est désormais peuplée de fantômes, ceux des gens qui y ont vécu. Certains ont joué sur ces pavés, d’autres se sont aimés sous les toits, certains y sont morts, d’autres l’ont quittée pour des raisons obscures. Lydia Flem n’a sans doute pas trouvé tout ce qu’elle cherchait, mais elle sort toutes ces existences anonymes de l’oubli. Le chapitre intitulé « Prononcer leurs noms » contient juste une liste qui ressemble à une installation d’art contemporain ou à une stèle dédiée à ces lointains disparus. On ne se lasse pas de lire : Denis Duboys, en 1589. Hélène de la Ménardière, en 1614. Un contrat de mariage daté de 1638, entre Georges Chessé et Marguerite Mesle. Pierre Coullart, blanchisseur, est mort là en 1645.

Et c’est peut-être cela, avant tout, que nous dit Lydia Flem. Si un jour nous marchons dans Saint-Pétersbourg, arrêtons-nous au hasard d’une rue, regardons les vieilles pierres, et demandons-nous qui a habité là.

Lydia Flem, Paris Fantasme, éditions du Seuil, coll. « La librairie du XXIe siècle », 544 pages.

Sources de Paris Fantasme (Seuil, 2021)

(en cours)

Précieux sont les notaires, copistes, archivistes, savants ou amateurs de la période xvie‑xxie siècle, les Archives de France, ainsi que les sites de la BNF (Gallica), des musées de Paris, du MoMA à New York, sans oublier les universités dans le monde.

Parmi les nombreuses lectures qui ont accompagné ce livre on trouve notamment :

Virginia Woolf, Street haunting.A London Adventure, traduction personnelle; édition française : Au Hasard des rues, Ed.Interférences, 2014.

Gaston Bachelard, Poétique de l’espace, (PUF,1957), Quadrige, 2001.

Eric Hazan, Une Traversée de Paris, (Seuil, 2016), Points 2017.

Arlette Farge, Le Goût de l’archive, Seuil, 1989.

ARCHIVES ET FANTOMES

Archives de France consultées en ligne la dernière fois le 29.8.2020  https://francearchives.fr/fr/location/18326241

Histoire du choléra-morbus dans le quartier du Luxembourg, ou Précis des travaux de la Commission sanitaire et du bureau de secours de ce quartier… par M. H. Boulay de la Meurthe,… https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5426690v.r=Ferou?rk=2339067;2 (dernière consultation le 26 septembre 2020)

A LA RECHERCHE D’ ETIENNE FEROU

Sébastien Mercier , Tableau de Paris

Jacques Du Breul, Le Théâtre des antiquitez de Paris, p.510.

Ernest Coyecque , Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au  XVIe Siècle, II, 1532-1555.

Gustave Dupont-Ferrier. Les avocats à la Cour du Trésor de 1401 à 1515. In: Bibliothèque de l’école des chartes. 1936, tome 97. pp. 5-81.

Odile Redon, Françoise Sabban, Silvano Serventi, La Gastronomie au Moyen Age, préface de Georges Duby, Stock, 1991.

« Reg. d’ensaisinements de 1530 et 1531, fol.32 V, Arch. nation. portefeuille S 3006.

A. Hustin, Le Luxembourg : son histoire domaniale, architecturale, décorative et anecdotique,  1910-1911 (consulté sur Gallica).

Ernest Coyecque, Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au XVIe siècle, in Archives de France (consulté en ligne).

« Sources et méthodes de l’histoire des métiers artistiques en France (xvie-xviie siècles) », Conférence de Audrey Nassieu Maupas,

https://journals.openedition.org/ashp/1508 consulté le 3 janvier 2019.

 Les Oeuvres complètes de Michel d’Amboise sont en cours de publication sous la direction de Sandra Poveri chez l’éditeur Honoré Champion.

« Quatre satyres de Juvénal, translatées de latin en francoys par Michel d’Amboyse, escuyer, seigneur de Chevillon . C’est assavoir la VIII, X, XI & XIII… ». https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8509167/f93.image (consulté sur Gallica le 2 janvier 2019)

John Gagné, Collecting Women: Three French Kings and Manuscripts of Empire in the Italian Wars

Niceron, Jean-Pierre (1685-1738), Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres dans la république des lettres. Tome 33. consulté sur Gallica le 2.1.2020

« Le vieux Paris au souffle du progrès », in Paris au XVIIIe siècle. sous la dir. de Gaxotte Pierre. Paris, Arthaud, 1982, p. 77-104.

Adolphe Berty, Topographie historique du vieux Paris.  Région du Faubourg Saint-Germain, Imprimerie impériale, puis nationale, (1866-1897) consulté la dernière fois le 29.8.2020 sur Gallica  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6517961n/f248.image.r=Ferou?rk=1115885;2
Pierre Couperie et Madeleine Jurgens, « Le logement à Paris au XVIe et XVIIe siècles », Les Annales, 1962.

A. Hustin, Le Luxembourg : son histoire domaniale, architecturale, décorative et anecdotique (consulté sur Gallica)

Alain Collas, « Une famille de notables ordinaires aux XIVe, XVe et XVIe siècles : les Chambellan de Bourges, 1300-1585 »,  Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest. tome 103, numéro 4, 1996. pp. 25-57.

https://journals.openedition.org/ashp/1508 consulté le 3 janvier 2019.

http://www.corpusetampois.com

 M. Bimbenet-Privat, Les orfèvres parisiens de la Renaissance (1506-1620), Paris, 1992, p159.

https://www.journals.uchicago.edu/doi/full/10.1086/691389?mobileUi=0& consulté le 3 janvier 2019 

  1518. Top, Margherita Sanseverino (fol. 4r), Barbara, Contessa di Caiazzo (fol. 3r), Ippolita Scaldasole (fol. 6r); bottom, Ippolita Bentivoglio (fol. 11r), Clara Pusterla (fol. 14r), Ludovica Landriano (fol. 15r). (Milan, Biblioteca Trivulziana, MS 2159.)

Bibliographie des œuvres de Michel d’Amboise, publié le 21/03/2018 https://mdamboise.hypotheses.org/ consulté le 3 janvier 2019

Les complainctes de lesclave fortuné. Avecques vingt Epistres et trente Rondeaulx damours. Nouvellement Imprimez à Paris, Paris, Jean Saint-Denis, 1530.

Etat, noms et nombre de toutes les rues de Paris en 1636 : d’après le manuscrit inédit de la Bibliothèque nationale. Précédés d’une Étude sur la voirie et l’hygiène publique à Paris depuis le XIIe siècle par Alfred Franklin.

1 RUE FEROU

Archives de France consultées en ligne.

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Etats civils de quelques artistes français, Piot, 1873, consulté en ligne sur Gallica.

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Les anciennes maisons de Paris. Histoire de Paris rue par rue, maison par maison. Tome 5 / par Lefeuve, 1875, p.231.

Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63864345/f237.image.r=F%C3%A9rou%20rue (consulté la dernière fois le 26 septembre 2020)

2 RUE FEROU : LE CURE DE SAINT-SULPICE  

Jean-Jacques Olier, L’Âme cristal. Des attributs divins en nous, préface de Jacques Le Brun, éd. Mariel Mazzocco, Seuil, 2008.

Jean-Jacques Olier, De la Création du mondeà la vie divine ,éd. Mariel Mazzocco, Seuil, 2009.

Jean-Jacques Olier, Des Anges. Fragrances divines et odeurs suaves, éd. Mariel Mazzocco, Seuil, avant-propos de Maurice Olender, Seuil, 2011.

Bibliothèque sulpicienne, ou Histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice. Tome 1 / par L. Bertrand,… ; avec des annotations par l’abbé Louis-Armand-Frédéric Monier, 1900, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65596101?rk=21459;2 (consulté la dernière fois le 26 septembre 2020)

Portrait de J.J.Olier par Henry Baudrand, in Bibliothèque sulpicienne, Mémoire sur la vie de M.Olier, tome III, p.451. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6558962g/f461.image.r=Biblioth%C3%A8que%20sulpicienne%20tome%20III (consulté la dernière fois le26 septembre 2020)

 Frédéric Monier, Vie de Jean-Jacques Olier, curé de la paroisse et fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, 1914.

Bernard Pitaud, Jean-Jacques Olier, Lessus, 2017. https://issuu.com/editions_fidelite/docs/9782872993239

Portrait de J.J.Olier par Henri  Baudrand de la Combe (1637-1699) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65598114/f258.item.r=il%20avait%20les%20yeux%20vifs,%20remplis%20d’un%20feu%20doux%20et%20engageant,%20la%20physionomie%20fine,%20la%20bouche%20d’une%

Etienne-Michel Faillon, Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de S. Sulpice, 1873, consulté sur Gallica.

2 RUE FEROU : LE BATEAU IVRE (XXIe )

Marguerite Yourcenar, Lettre à Jean Lambert du 2 janvier 1959 in Michèle Goslar,  Yourcenar. Biographie. « Qu’il eût été fade d’être heureux », p.230, Bruxelles, Racine, 1997, rééd. Lausanne, L’Âge d’Homme, 2014.

Fondation TEGEN-BEELD,  www.muurgedichten.nl

Marleen van der Weij: Dicht op de muur. Gedichten in Leiden. Gemeente Leiden, Dienst Bouwen en Wonen, 1996, Burgersdijk & Niermans, Leiden, 2000.  [Description of the first 43 poems]

Alexandre Dumas, Grand Dictionnaire de la cuisine, 1873, p.866.

CUL-DE-SAC FEROU : de Voltaire à Chateaubriand

Voltaire, Correspondance.

Léonore Losserand. « Le noviciat des Jésuites (1610-vers 1806), un fragment d’histoire du Paris disparu », Bulletin de la Société d’histoire de Paris et de l’Île-de-France, 2014, pp.91-108.

Chateaubriand, Mémoires d’Outre-tombe

Georges Collas, « Les Jours douloureux de la femme et des soeurs de Chateaubriand » 1792-1794) persee.fr

Anne Soria, professeur de piano, Tableaux des expositions http://www.iremus.cnrs.fr/sites/default/files/expositions_1798-1900.pdf

http://www.lieveverbeeck.eu/Pianos_francais_s.htm

2 BIS RUE FEROU : LA VIE QUOTIDIENNE DE MAN RAY 

Man Ray, Autoportrait, traduit de l’Anglais (États-Unis) par Anne Guérin. © Actes Sud, 1998, (Self Portrait, 1963).

Man Ray, Ecrits sur l’art (y compris Hollywood Album, (p.185-186) n°79 The small suitcase

Days and nights of Juliet interview 27 juillet 1981, George Goodwin.University of California. Los Angeles. Oral History Program.

Lee Miller, A Life With Food Friends & Recipes, by Ami Bouhassane, Penrose Film Productions; Grapefrukt Forlag, 2019.

Centre Pompidou, http:/archivesetdocumentation.centrepompidou.fr

Neil Baldwin, Man Ray, une vie dartiste, Plon, 1990.

Serge Sanchez, Man Ray, Folio, 2014.

Man Ray, « L’Interview de camera », in « Ce que je suis » et autres textes, Paris,

Laure Murat, Passage de l’Odéon. Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 2003

Peggy Guggenheim, Ma vie et mes folies, Plon, 1987.

Hoëbeke, coll. « Arts & esthétique », 1998.

Heyd, Milly. « Man Ray/Emmanuel Radnitsky: Who is Behind the Enigma of Isidore Ducasse? »; in Complex Identities: Jewish Consciousness and Modern Art; ed. Matthew Baigell and Milly Heyd; Rutgers University Press, 2001.

https://culturieuse.blog/2018/05/17/man-ray-le-luminescent-1890-1976/ projet Pochette Rolling stone dive

Jennifer Mundy, Man Ray Writings on art, Getty publications, 2016.The modern women revisited, rudgers. (Lee Miller et Man Ray)

François Lévy-Kuentz, Man Ray, 2 bis rue Férou, film 22’.

Marianne Amar, « Les guerres intimes de Lee Miller », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 20 | 2004, mis en ligne le 01 janvier 2007, consulté le 15 août 2019. URL : http://journals.openedition.org/clio/1396 ; DOI : 10.4000/clio.1396

Leszek Brogowski. « De l’habitude créatrice au caractère anarchiste: Man Ray et la Ferrer Modern School. Valérie Mavridorakis, Christophe Kihm. Transmettre l’art. Figures et méthodes. » Quelle histoire?, Les presses du réel, pp.31-52, 2013, Figures, 978-2-84066-596-0.

http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2708 . hal-01534381

Marcel Fleiss, Naissance d’une galerie, La règle du jeu

www.altersexualite.com

MAISONS D’ECRIVAINS ET DE PAPIER

Répétitions d’une pièce de Corneille chez un épicier en bas de la rue Férou en 1705 : Oeuvres de P. Corneille. Tome 3 / nouv. éd… par M. Ch. Marty-Laveaux

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9666028v/f485.image.r=Etienne%20F%C3%A9rou

3 TER rue Férou : JOURNAL INTIME

Antoine Grumbach, « L’Ombre, le seuil, la limite. Réflexions sur l’espace juif ». https://www.mahj.org/fr/programme/l-ombre-le-seuil-la-limite-17214 (dernière consultation le 24 septembre 2020)

4 RUE FEROU : LE GOUVERNEUR ET LES CADAVRES EXQUIS 

Académies équestres Parishttp://www.ling.fi/RATS/LA%20GUERINIERE/Academies1.html

Jacques Prévert, Oeuvres complètes, La Pléiade, tome II, P.948,1111,1116-1117

Yves Courriere, Jacques Prévert, Gallimard.

Jacques Prévert, Choses et autres, Folio, 1972

Bertrand Meyer-Stabley, Françoise Sagan,: le tourbillon d’une vie

Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir, 1984.

Patricia Sorel, Plon : le sens de l’histoire (1833-1962), 2018

Christine de Rivoyre, Flying Fox et autres portraits,

Tribune du Monde, 2 mai 2019, Signataires : Jean Bourgault, Michel Deguy, Liliane Kandel, Jean Khalfa, Patrice Maniglier, Jean-Pierre Martin, Eric Marty, Anne Mélice, Juliette Simont,

Le vieux Paris au souffle du progrès », dans : Paris au XVIIIe siècle. sous la direction de Gaxotte Pierre. Paris, Arthaud (programme ReLIRE), « Hors collection Arthaud », 1982, p. 77-104. URL https://www.cairn.info/paris-au-XVIIIe-siecle–9782700304213.htm-page-77.htm

Bulletin paroissial de Saint-Sulpice du 25 décembre 1918 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6522733c/f7.image.r=rue%20F%C3%A9rou

5 RUE FEROU : Grains de café et broderies d’or

Jean Leclant, « Le café et les cafés à Paris (1644-1693) », Annales, 1951, 6-1, p.1-14. consulté en ligne https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1951_num_6_1_1900

Danièle Véron-Denise, « Les ornements épiscopaux du XVIIIe siècle des cathédrales de Metz et de Carcassonne et l’atelier parisien de la famille Rocher », Patrimoines du Sud [En ligne], 1 | 2015, mis en ligne le 01 février 2015, consulté le 13 novembre 2019. https://journals.openedition.org/pds/944

Vladimir Dimitrijevic, Personne déplacée. Entretiens avec Jean-Louis Kuffer, Lausanne, Ed.Favre, 1986; réédition Lausanne, L’Age d’Homme, 2008.

Alain Paucard, Paris est un roman, L’Age d’Homme, 2005

Giono recette extraite du Code Gourmand de Horace Raison, (1829), citée par Adrienne Monnier, en 1942.  

6 RUE FEROU : le fabuleux destin de l’hôtel de Mlle de Luzy

Emmanuel Vingtrinier, Théâtre à Lyon au XVIIIe siècle (Luzy), 1879.

Les comédiens du roi de la troupe française pendant les deux derniers siècles : documents inédits recueillis aux Archives nationales / Emile Campardon, 1879 (consulté sur Gallica)

Titre :  La Comédie-française : histoire de la Maison de Molière de 1658 à 1907… / Frédéric Loliée ; préface de Paul Hervieu,… Auteur :  Loliée, Frédéric (1856-1915). Auteur du texte Éditeur :  L. Laveur (Paris) Date d’édition :  1907

Site de la Comédie Française : Mlle Luzy

Charles Collé (1709-1783), Au cœur de la République des Lettres de Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval

Grimm, Correspondance littéraire, tome X, p.416.

Mémoires du prince de Talleyrand. I. 1754-1808 / publ. avec une préf. et des notes, par le duc de Broglie

Le pâtissier royal parisien ou Traité élémentaire et pratique de la pâtisserie ancienne et moderne…. Tome II / composé par M. A. Carême… Auteur :  Carême, Marie-Antoine (1784-1833). Auteur du texte Éditeur :  (Paris) Date d’édition :  1815

Paul Jarry, L’Européen, 22 février 1935.

Paul Jarry, Les vieux hôtels de Paris, « le quartier du Luxembourg », Paris, Ch.Moreau, 1934.

Antiquaire new-yorkais (bôite avec le portrait de Mlle de Luzy) www.wilnitsky.com https://www.wilnitsky.com/scripts/redgallery1.dll/details?No=30381

Vincent Casanova, Jalons pour une histoire du Chant du Monde

Jacques Lacarrière, Passeur pour notre Temps, de Florence M. Forsythe, éd. Le Passeur.

Jacques Lacarrière, Chemin d’écriture, Plon, 1988.

Imec, « Rencontres poétiques avec Roland Dubillard 2015-2016 », consulté le 20 mars 2020.

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Olivier Burgelin a été le jeune directeur de la Maison des lettres des années 1957 à 1962; il a notamment invité Roland Barthes en 1957 (communication personnelle ).

Robert Chapuis, Les Chrétiens et le socialisme, Calmann-Lévy, 1976.


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Schlumberger : Voir https://www.museeprotestant.org/notice/les-schlumberger/

Archiwebture.citedelarchitecture (fonds Pierre Barbe)

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 7 RUE FEROU : ATELIER d’ORFEVRES

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Rilke Les Carnets de Malte Laurids Brigge.

8 RUE FEROU ; DES MOTS, DES MOTS, DES MOTS

Robert Darnton, Un tour de France littéraire. Le monde du livre à la veille de la Révolution, Gallimard, 2018.

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Viera Rebolledo-Dhuin, La librairie et le crédit. Réseaux et métiers du livre à Paris (1830-1870), thèse de doctorat, en ligne https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00768969/document.

Jean de Mayol de Lupé, Un enfant d’autrefois, Perrin,1943.

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9 RUE FEROU : Qui a vécu ici?

Chantrel Frères, orfèvrerie : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5750947k/f3.image.r=6%20rue%20F%C3%A9rou?rk=579402;0

10 RUE FÉROU : CHEZ MADAME DE LA FAYETTE

Claude Dulong, « Mme de la Fayette et ses placements immobiliers ».

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Chapco, Ellen J. « La cour et le cabinet : l’espace-femme dans La princesse de Montpensier, La princesses de Clèves et La Comtesse de Tende de madame de la Fayette » in : Homo narrativus : Recherches sur la topique romanesque dans les fictions de langue française avant 1800 [en ligne]. Montpellier : Presses universitaires de la Méditerranée, 2001 (généré le 03 janvier 2020) https://books.openedition.org/pulm/1349?lang=fr.

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AUTOBIOGRAPHIE DE MON CORPS

Ludwig Binswanger, Le problème de l’espace en psychopathologie, PUM, 1998.

Danis Bois et la fasciathérapie

Joana Duarte Bernardes, « Habiter la mémoire à la frontière de l’oubli : la maison comme seuil »

Eugène Minkowski, Le Temps vécu, PUF, 2013.

Merleau-Ponty, La Phénoménologie de la Perception (1945)

Viviana Saint-Cyr, Architecture, corps et sublimation, 2008.

 11 RUE FEROU : RENAN ET LA SAINTE PARISIENNE

Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1883)

Centenaire des Bénédictines du Saint-Sacrement :

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13-15-17 RUE FEROU : PROUST, TOLSTOI, Manon et l’Internationale

Sophie Tolstoï, A qui la faute ?, Albin Michel, 2010

 Claude Jamain. Idée de la voix : Études sur le lyrisme occidental. Nouvelle édition [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2005 (généré le 22 avril 2020)

Eugène Pottier, in Maitron, https://maitron.fr/spip.php?article136003,

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Blog Socialisme libertaire :

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Armand Cuvillier, Un journal d’ouvriers : « L’atelier » (1840-1850), Éditions Ouvrières, Paris, 1954.

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Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans images?: politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914). Editions Champ Vallon, 2004.

« Hommage de Michel Deguy à sa belle-sœur, Marie-Claude Brossollet, décédée le 19 avril 2019, prononcé lors de son enterrement à la basilique Sainte-Clotilde » in Po&sie. https://po-et-sie.fr/chroniques/a-marie-claude-brossollet/(consulté la dernière fois le 26 septembre 2020)

DANS LA PEAU D’EUGENE ATGET

Photographies d’Eugène Atget consultées sur les sites Parismuseescollections

( Musée Carnavalet), du musée Carnavalet, de Gallica, et du MOMA.

Par exemple : https://www.moma.org/collection/works/43272. (Atget, rue Férou,1900).L’objet porte le numéro 1.1969.4955

Photographie de la rue Férou depuis la place St-Sulpice, voir : http://parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/hotel-de-mahe-de-la-bourdonnais-4-et-6-rue-ferou-6eme-arrondissement-paris (consultée la dernière fois le 24 septembre 2020)

Clément Chéroux, Sur quelques vitrines d’Eugène Atget
Jean-Marie Balner, Qui est Eugène Atget : expositions bnf.fr/atget

Guillaume Le Gall, de nombreux textes dont Atget et le théâtre consulté sur : http://expositions.bnf.fr/atget/arret/02.htm

http://expositions.bnf.fr/atget/arret/29.htm

 http : //expositions.bnf.fr/atget/arret/29.htm

Walter Benjamin, L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (version de 1939), traduction de Maurice de Gandillac, revue par Rainer Rochlitz, Folio, p.24-25.

Walter Benjamin, Petite histoire de la photographie, traduction de Lionel Duvoy,  éd. Allia.

Ricardo Ibarlucia, Desnos et la place d’Atget dans l’histoire de la photographie, « Aisthesis, mai 2016.

André Breton, Nadja, Gallimard.

Les trois lettres d’Eugène Atget à Paul Léon, directeur des Beaux-Arts de Paris, ont été publiées dans La Recherche photographique, » n°10, Collection, série », juin 1991, Maison européenne de la photographie, p.37, directeur de la publication, Jean-Luc Monterosso.

Molly Nesbit, «  La seconde nature d’Atget », in Actes du colloque Atget, numéro spécial de Photographies, mars 1986, cité in Eric Hazan, LInvention de Paris, p.470.

Sur Mlle Dupont, voir Galerie historique des comédiens de la troupe de Talma, pp. 333-342, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2043538/f361.image consulté la dernière fois le 29.8.2020 sur Gallica

Eric Hazan, L’invention de Paris. Il n’y a pas de pas perdus, (Seuil, 2002), Points 2004.

La lettre originale « Je suis à l’agonie »a été vendue chez Artus enchères :

https://www.yumpu.com/fr/document/read/17331605/resultat-de-la-vente-du-02-juin-2013-artus-encheres

Anna Radwan, Mémoires des rues. Paris 6e arrondissement.1900-1940, Parigramme, 2015.

J.P.Vernant, « Franchir un pont », in Oeuvres II, 2339 et ss, Seuil, 2007.

PRONONCER LEURS NOMS

Les Archives de France consultées la dernière fois le 29.8.2020 : https://francearchives.fr/fr/search?q=rue+FaTalleyrand-Périgord, Charles-Maurice de (1754-1838

Doux et sombre comme un requiem

Télérama, 13-19 mars 2021, par Fabienne Pascaud

Mêlant brillamment les genres, l’écrivaine, psychanalyste et photographe convoque les êtres qui, de siècle en siècle, ont forgé l’âme de la rue Férou.

« Pas de maison sans l’épaisseur des souvenirs, la conscience du temps déposé, pas de sentiment d’être chez soi sans un peu de poussière… Combien de jours pour se sentir chez soi ? Faut-il s’en éloigner pour ressentir la joie des retrouvailles ? » Psychnalyste, écrivaine et photographe, Lydia Flem s’interroge. De livre en livre, elle a pourtant souvent apprivoisé, avec précision et grâce mêlées, l’hypnotisante magie des lieux, et se laisse envoûter aujourd’hui par la rue Férou, étroite voie pavée parisienne du VIe arrondissement, entre jardin du Luxembourg et place Saint-Sulpice. Cinq ans durant, elle l’a explorée avec acharnement et désir, façon Georges Perec et illustres historiens des Annales tout ensemble. Qui donc, d’abord, est ce Férou qui donna son nom à l’endroit, avant d’y mourir en 1547 ? Sur lui, on apprendra peu. Mais beaucoup sur les autres fantômes qui ne cessent de hanter la ruelle, dût l’écrivaine entrer dans leur peau et parler soudain à la première personne… Car l’étonnant ouvrage est hybride, délicieusement anecdotique et savamment historique, biographique, romanesque et métaphysique. Journal intime et livre de recettes de cuisine. De Jean-Jacques Olier, pieux prédicateur de la vieille église Saint-Sulpice aujourd’hui disparue à Mme de La Fayette qui y écrivit sa Princesse de Clèves, de la comédienne Dorothée Luzy à Chateaubriand, de Lavoisier à Taine, de Fantin-Latour à Man Ray, de Michel Déon à Jean-Jacques Goldman, on y croise des personnalités singulières dans une rue discrètement cachée. Que de 1898 à 1923, Eugène Atget ne put s’empêcher de continuellement photographier… Comme Lydia Flem, dressant ici avec passion l’arbre généalogique du passage fantasmé de ses rêves, de ses souvenris, de ses angoisses ; tel un être vivant, une parentèle oubliée, elle en fait revivre à plaisir chaque membre disparu. Défi aux lieux détruits de ses propres ancêtres, père russe apatride, mère résistante déportée à Auschwitz ? La quête devient retour sur soi, tombeau impossible d’une famille sacrifiée. De fantasque et primesautier, Paris fantasme devient alors doux et sombre comme un requiem. Que ni Mozart ni Fauré n’auraient renié.

Paris fantasme, Seuil, La Librairie du XXIe siècle, dir.Maurice Olender, 544 pages.

Autoportrait masqué à la rue Férou

Autoportrait à la rue Férou, 2016@ galerie Françoise Paviot
Pêle-mêle rue Férou : Juliet et Man Ray, Jean-Jacques Olier, fondateur du séminaire Saint-Sulpice au XVIIe siècle, Eugène Atget, Sao Schlumberger, Madame de La Fayette, un étudiant déclamant devant la Maison des Lettres, Mlle de Luzy, comédienne du Français au XVIIIe siècle, Nicolas Landry de Freneuse, Lydia Flem à deux ans.

La musique des siècles

  par BRUNO FRAPPAT, LA CROIX, vendredi 5 mars 2021

Rue Férou

Il y a une autre manière de soigner notre blues et de retrouver la joie de vivre. C’est la contemplation des œuvres de la création artistique. Lire, écouter, voir : c’est le moment ! La littérature est fidèle au poste, pour nous faire décoller du réel sur les ailes de l’imaginaire, cette autre forme de réel. La musique des siècles nous accompagne, de ses caresses à l’âme, sous toutes les formes que les civi-lisations lui ont trouvées. La musique, par sa variété, sauve toutes les générations de la déréliction. Avec Bach ou Gainsbourg toute personnalité peut trouver sa place.Un livre magnifique vient d’être publié qui montre que tout ce qui est humain mérite d’être décortiqué, contemplé, analysé, célébré. Ce livre est de la Belge Lydia Flem, psychanalyste à qui l’on devait déjà des textes remarquables sur la manière de vider l’appartement de ses parents décédés ou de vivre le départ de ses enfants. Des textes proches de l’objet comme on dit, en poli-tique, « proche du terrain ». Une poésie prenante des « riens » de la quotidienneté.Cette fois la quête de Lydia Flem au pays du réel et des rêves la conduit vers une vieille rue de Paris, la rue Férou (1). Cette rue minuscule, étroite, aux pavés malaisés, relie deux merveilles : le jardin du Luxembourg et la place Saint-Sulpice. C’est une venelle sans circulation, silencieuse et riche d’un passé que ses façades ne révèlent pas d’emblée. Lydia Flem mène une véritable recherche archéologique et d’érudition pour faire revivre les habitants modestes ou célèbres qui, depuis le XVIe siècle, se sont relayés. Mme de La Fayette y a écrit La Princesse de Clèves tandis que Man Ray, le célèbre photographe de l’entre-deux-guerres y eut, un quart de siècle, son atelier. Elle relève l’identité des inconnus passés par là et dont les patronymes ont été conservés dans les archives de la ville, du notariat et de l’Église. Ce livre-randonnée est émouvant et illustre la propre obsession qu’a l’auteur d’un lieu où vivre, d’un « chez soi », que les tribulations de ses aïeux n’ont pu lui léguer, ces juifs russes ballottés par l’histoire et ses tragédies.Un jour de lassitude, montez à bord de ce livre comme sur un bateau de promenade pour éprouver le plaisir de songer à ceux qui nous ont précédés sur cette terre et ont laissé comme trace modeste des noms orthographiés de façon approximative sur des grimoires jaunis. Cette promenade nostalgique est revigorante.

Paris Fantasme, Seuil, 2021.

De la rue Férou à la Maison de l’Amérique latine

Acte de décès du Dr André Chantemesse, élève de Pasteur, le 25 février 1919

A cette date, l’acte civil nous apprend que le petit-fils de Pasteur, Pasteur Vallery-Radot, âgé de trente-deux ans, étudiant en médecine, logeait dans l’hôtel de Luzy, au 6 rue Férou, propriété de la famille Chantemesse à partir de1909.

François Vitrani, directeur général de la Maison de l’Amérique latine, au 217, Boulevard Saint-Germain, rappelle que parmi les principaux fondateurs de la Maison de l’Amérique latine, tous issus de la France Libre ou de la Résistance intérieure, se trouvait Louis Pasteur Vallery-Radot (1886-1970), éminent médecin et résistant actif, qui présida le comité médical de la Résistance. Il fut le premier président de la Maison de l’Amérique latine au sortir de la résistance dont il il assura la présidence de 1946 à 1951. Il fut également membre de l’Académie française et du Conseil constitutionnel. (Voir Le Genre humain, n°58, « François Mitterrand et l’Amérique latine (1971-1995) » sous la dir. d’Alain Rouquié, Seuil, 2017, pp.153-158.)

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