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Lydia Flem : Soupe aux lentilles et crumble aux pommes (extrait)

Lorsque la vie nous décentre, nous endeuille ou nous exile, alors que tous les repères vacillent, demeure mystérieuse, irremplaçable, d’une vivacité sensorielle intacte, la saveur des plats de notre enfance. Qui n’a pas adopté  la pasta italienne, le parmessan ou le vinaigre balsamique, mais aussi les sushi japonais avec l’usage si gracieux des baguettes, le müsli suisse, la tajine marocaine ou le bagel new-yorkais? L’être humain s’adapte à tout : changement de lattitudes, de moeurs, de techniques, de langue, de gastronomie. Autour de la table, en particulier, toutes les curiosités sont des voyages, l’aventure est au bout de la fourchette. Pourtant, certains jours de fête, pour scander les saisons de la vie, lors d’un déjeuner dans la lumière victorieuse de l’été ou  quand l’ombre envahit trop rapidement les fins d’après-midis de la morte saison, émerge soudain le souvenir ému et gourmand des repas d’autrefois. Longtemps, très longtemps, je me suis nourrie du bonheur des mets retrouvés.

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