Christine Marcandier
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« Ya-t-il jamais eu des explorateurs de l’angoisse qui soient descendus en chute libre au fond de la panique puis en soient revenus pour en témoigner ? ». Une exploratrice certainement, Lydia Flem, qui dans un texte offert à la lecture dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », déploie l’un de ces moments que l’on nomme trop légèrement sans doute une « crise de panique » pour montrer combien cet état limite est une « expérience de l’intime extrême ».
Comment dire « cela », « cette chose innommable, ce dessaisissement, cette irraison ? », « comment dire une attaque de panique sans l’abraser ? » : tel est le défi de ce livre qui diffracte un moment, de sa naissance à son dénouement, selon l’apparente chronologie d’une journée 8h58, 9h03, 9h04, 9h06 etc. alors que la panique est justement ce qui désaxe toute horloge, efface le monde extérieur de sa « puissance déréalisante » (22 h), contamine toute sensation et plonge l’être dans un combat vain avec soi. « Je n’en peux plus de me battre contre moi-même » (20h27).
Panique est alors reconquête — et d’abord de ce qui a échappé dans la vie ordinaire : au feu rouge d’un carrefour banal, pompe à essence sur la gauche, café Terminus sur la droite, soudain tout déraille. La crise monte, tout s’efface tandis que demeurent inaltérablement présents, mais radicalement extérieurs à soi, arbres, immeubles, voitures pressées et présents, poursuivant leur existence banale tandis que le vide aspire la conductrice. Et la crise passe, semble s’éloigner, la conductrice redémarre. Mais qui est-elle vraiment désormais ? « Qui suis-je ? Celle qui est saisie par la panique ou celle qui, entre deux angoisses, reprend le cours banal de sa vie ? » (9h12). Ce sont ces moi auxquels se confronte avec virtuosité Lydia Flem dans Panique : elle est le sujet en proie à cette crise qui la mue en objet ; elle est celle qui se dédouble et observe les causes objectives de ces attaques — être sur le point de prendre l’avion pour donner une conférence à New-York et devoir accepter d’être à la merci de « cet engin en tôle légère qui prétend faire l’oiseau » ; se savoir agoraphobe et claustrophobe ; avoir hérité des angoisses de sa mère.
Lydia Flem, Panique, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », mars 2005, 134 p., 14 € 20 — en accès libre dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », le temps du confinement
