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RUMEUR

La rumeur accuse, elle désigne un bouc émissaire pour soulager l’angoisse, donner un nom à des frustrations, dériver des pulsations agressives. Il y est toujours question de trahison, d’empoisonnement, de vol, de viol, … Si on a pu mettre en évidence la coopération individuelle — il existerait pour chacun, en fonction de son histoire, de ses croyances, de ses attitudes, une sensibilité sélective au contenu des rumeurs — la rumeur n’en demeure pas moins essentiellement un phénomène de communication sociale qui répond à ce titre à une logique collective.

Elle apparaît au sein d’une population à un certain moment de son histoire. Elle dépend de la structure institutionnelle des différents groupes et sous-groupes de la population (hiérarchies de pouvoir, de prestige, de propriété, de savoir, d’argent,…) , de leur structure affective informelle (affinités, influences, coalitions,…), des attitudes à l’égard du contenu de la rumeur avant l’apparition de celle-ci.

Des mécanismes cognitifs particuliers ont pu être mis en évidence dans la transmission des rumeurs :

La rumeur est donc bien une transaction collective, une œuvre commune. A travers elle se dessinent les traits d’un adversaire fantasmatique, d’un ennemi, d’un autre étrange et dangereux que la société se donne ainsi le droit légitime de dénoncer avant de le combattre.

La rumeur se murmure , se chuchote à travers toutes les couches de la société. Elle n’a pas de maître, elle peut se retourner contre ceux qui cherchent à la manipuler, elle n’épargne personne. C’est un bruit terriblement efficace qui court sur toutes les lèvres, très vite, et véhicule la passion des émotions plutôt que l’information des mots. La rumeur fait peur parce que sa logique n’est pas rationnelle. Elle n’a pas besoin d’être vraie, ni même vraisemblable, encore moins vérifiable ; ceux qui la propagent ne doivent même pas y croire. Une fois énoncée, il en reste toujours quelque chose puisque l’homme de la rue pense qu’il ne peut y avoir de fumée sans feu. On la dit toujours bien « informée » et « autorisée » mais en fait sa source reste inconnue, diffuse, souvent anonyme.

 

 

Lecture

 

 

Cf. Autre, Bouc émissaire, Désinformation, Différence, Dreyfus, Envie, Etranger, Projection, Seuil de tolérance, Sorcellerie.

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