Préface à l’édition japonaise en poche
de Comment j’ai vidé la maison de mes parents en poche
Chères lectrices, chers lecteurs,
Ceux que nous chérissions, ceux qui nous chérissaient, ont disparu ; et pourtant, nos parents, par les fils enchevêtrés des souvenirs vivent en nous. Après avoir traversé la première saison du deuil, des traces de leur présence, indirectes et diffuses, nous habitent. Un mot, un son, un parfum les font surgir à l’improviste. Parfois, au contraire, nous sollicitons activement leur mémoire. Nous imaginons entrer en dialogue avec eux. A l’intérieur de nous, nous prenons conseil auprès d’eux, cherchons à ressusciter leurs gestes ou leurs paroles apaisantes. Un rêve – impossible et si doux- nous hante aussi : les revoir, passer une heure, une heure seulement, en leur compagnie, une petite heure, tous les dix ans peut-être, le temps de les tenir au courant de notre vie après leur départ, de les associer à ce que nous sommes devenus.
Chers amis, si nombreux au Japon, qui me faites l’honneur de me lire, je vous dois une confidence. Comment j’ai vidé la maison de mes parents et Lettres d’amour en héritage ont été écrits il y a dix ans environ. Le chagrin, l’incrédulité, la révolte, la douleur insurmontable se sont mués en une discréte mélancolie, une nostalgie devenue familière. Au moment où je vous écris ces mots, je viens de m’apercevoir que de tous les objets de mes parents, j’ai gardé – sans que cela soit un choix conscient – plusieurs de leurs lampes de bureau, abats- jour et suspensions des années 70. A l’heure où le soir tombe, j’allume leurs lumières et c’est comme si, tout autour de moi leurs présences muettes et bienveillantes m’accompagnaient dans la nuit.
Chères lectrices, chers lecteurs, j’espère que les mots de ce livre adouciront votre peine, et qu’un jour peut-être nous nous rencontrerons autour d’une tasse de thé pour que je puisse vous en remercier.
Lydia Flem, ce 10 novembre 2014.

Photographies extraites de la série Pitchipoï et Cousu main, @Lydia Flem. Collection Maison européenne de la photographie, Paris.


Ms. Flem,
I am the reader of your book “Comment j’ai vide la maison de New parents” from Taiwan. I ran into this book, half year after my father passed away within two days due to pneumonia after his long and painful chemo treatment. After his death and during the process of taking care of his funeral, I reacted with super calmness and I thought that I am, a rational career woman. Then a week ago, my mother told me that she gave away the two expensive hats I bought for my dad from London to my cousin. My dad never had chace to wear any of the two hats after his chemo treatment. He told me he would as soon as he would get recovered and be “handsome” again as usual. That day did not come and would never be. I was extremely angry at my mom and lost my last string of my rational mind shouting at my mom. Then I realized that I had never let of of my dad and reconciled with the fact that he had gone and would never had the chace to wear those hats. My tears flooded my face while I carved the words in your book into my diary. I made apologies to my mom because I know she is the only reason and proof that I haven’t not yet be an orphan here and now. I am wariting this message to express my gratitude to you that you make me tear open my heart and bring out the little kid that had, have been and will be deeply in love with my dad but also learns to accept the fact that I am an adult and my dad has left. Thank you so much! My best wishes to you from a remote country. Haluko