TSIGANES

Peuple nomade au sein de sociétés sédentaires, les Tsiganes furent accusés dès le XVe siècle, époque de leurs nombreuses migrations à travers l’Europe, des pires méfaits : mendicité, banditisme, vols, espionnage, rapt d’enfants. Cette dernière accusation fut souvent colportée par la littérature ; Cervantès avec La Gitanilla fut un des premiers à utiliser ce thème, suivi par de nombreux écrivains parmi lesquels Beaumarchais, Goethe, Cuvelier, Victor Hugo, …

   Diverses légendes ont couru sur leurs origines ; on les a imaginés descendants des bâtisseurs de pyramides, survivants des Atlantes ou issus d’une des tribus perdues d’Israël. A la fin du XVIIIe siècle, avec l’intérêt des linguistes pour les langues indo-européennes, des savants ont découvert une ressemblance entre leur langue et le sanskrit. Depuis, l’origine indienne a été confirmée. L’Allemagne, qui avait été particulièrement inhospitalière a leur égard, renforça la législation anti tsigane sous le régime nazi et, « oubliant » qu’ils parlaient une langue « aryenne », décida leur déportation et leur génocide. Un « institut de recherche d’hygiène raciale et de biologie de la population » établit environ trente mille fiches de Tsiganes vivants en Allemagne mais deux cent mille environ furent victimes des massacres nazis.

   Ceux qu’on a appelé Gitans, Romanichels, Bohémiens, Manouches, Gipsies, etc. nomment les non Tsiganes des gadjé, des « paysans », des « péquenots ». Ce sont généralement les métayers et les paysans qui leur étaient le plus hostile. Les artistes, eux, ont aimé les peindre, tels Caravage, Georges de La Tour, Jérôme Bosch ou Van Gogh, les musiciens faire des emprunts à leur musique. La noblesse les accueillit souvent volontiers pour qu’ils animent leurs fêtes ou s’occupent de leurs chiens et de leurs chevaux. Mais les Tsiganes furent surtout l’objet de rejet, de méfiance et d’hostilité ouverte de la part des populations, ce qui se traduisait souvent par leur expulsion. Le premier exemple en est donné par l’assemblée de Lucerne qui, en 1471, leur interdit de demeurer sur le territoire de la Confédération. Les Rois catholiques espagnols leur laissèrent le « choix » entre la sédentarisation et l’exil. En 1725, des Tsiganes furent roués et décapités aux Pays-Bas. Les Etats italiens, l’Angleterre, la Bohême ou la Moravie en exécutèrent également. En Espagne, au Portugal, à Venise, en France, ils furent envoyés aux galères ou enrolés de force dans la marine.

   Jusqu’au XIXe siècle, les Tsiganes étaient persécutés et pourchassés non en raison de leur origine ethnique mais de leur mode de vie nomade ; ensuite, comme les Juifs, de qui ils furent souvent rapprochés, les Tsiganes seront considérés comme une « race ». Selon Alfred Rosenberg, l’un des doctrinaires nazis, ils formaient une « race inférieure qui constitue un danger biologique et sociologique aussi fort que les Juifs ». En 1857, un politicien libéral, Louis-Charles Chassin, dans un article de L’Illustration les défendait : « La haine, aidée par la superstition, inventa à leur propos mille infamies qui les mettaient, comme les Juifs, au ban de l’humanité ». A la même époque, Gustave Flaubert écrivait à Georges Sand quelques réflexions sur la place que ce peuple lui semblait occuper dans l’imaginaire sédentaire occidental : « Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen (…) L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis très mal fait voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de très complexe. On la trouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine que l’on porte au bédouin, à l’hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère ».

Lecture

  • H. ASSEO, « Aperçus sur l’histoire des Tsiganes. Une stratégie de la survie » in Cahiers Droit et Liberté, juillet 1981, p. 21-27.
  • A. BARTHELEMY, « Etre Gitan aujourd’hui » in Etudes tsiganes, 1980, n°1, p. 9-20.
  • Christian BERNADAC, L’Holocauste oublié. Le massacre des Tsiganes, Paris, France-Empire, 1979.
  • M. DEGRANGE, « Tsiganes et sédentaires. Le rejet » in Etudes tsiganes, 1972, n°1, p. 28-36.
  • Luc de HEUSCH, A la découverte des Tsiganes, Bruxelles, Institut de sociologie, 1965.
  • Myriam NOVITCH, « Le génocide des Tsiganes sous le régime nazi » in Etudes Tsiganes, 1978, n°2, p.27-31.
  • François de VAUX de FOLETIER, Le monde des Tsiganes, Paris, Berger-Levrault, 1983, coll. « Espace des hommes ».

Cf. Bouc émissaire, Cagots, Génocide, Race.

STÉRÉOTYPE

« Car c’est à la vérité une violente et traistresse maistresse d’escole, que la coustume. Elle establit en nous, peu à peu, à la désrobée, le pied de son autorité : mais par ce doux et humble commencement, l’ayant rassis et planté avec l’ayde du temps, elle nous descouvre tantost un furieux et tyrannique visage, contre lequel nous n’avons plus la liberté de hausser seulement les yeux. »

Montaigne, Les Essais, Livre premier, chapitre XXII.

    Ce terme fut introduit dans le champ des sciences sociales par l’américain Walter Lippman pour qualifier les idées et les croyances préconçues que se font les individus ou les groupes à partir non pas de l’observation d’un phénomène mais de préjugés et d’habitudes de pensées. Il attribue au stéréotype une fonction d’économie : pour ne pas devoir évaluer avec circonspection tous les aspects d’une nouvelle situation, en peser chaque élément, y réfléchir, en proposer une hypothèse explicative puis en vérifier le bien-fondé, l’individu y répond par la facilité et la rapidité d’une pensée préformée, d’une généralisation simplificatrice, d’un stéréotype partagé avec d’autres dans une même culture.

   Les stéréotypes charrient la conformité de la pensée sociale ; ils offrent une représentation ou une image simplifiée, non vérifiée par l’expérience et non soumise à la critique, ayant cours dans un groupe déterminé à propos généralement d’une autre catégorie sociale déterminée.

   Certains sociologues distinguent le stéréotype du préjugé. Le premier étant une image, une catégorie sociale « comme on la voit », le préjugé étant une opinion, un jugement, une catégorie sociale « comme on la juge ».

   Stéréotype et préjugé comportent une charge émotionnelle importante, inclinent à des attitudes et permettent aux individus et aux groupes de justifier leur propre statut par opposition à celui d’autres catégories sociales dévalorisées, comme c’est le cas dans le racisme. Ainsi, les stéréotypes qui circulent à l’égard des travailleurs immigrés, des Noirs ou des Juifs servent-ils à justifier la ségrégation, le rejet, la domination, l’antisémitisme, etc.

   Rumeurs, préjugés, stéréotypes font partie d’une culture et de son ethnocentrisme. La rencontre avec d’autres cultures, plutôt que de s’inscrire dans la réalité d’une découverte singulière, semble se nouer avant tout à partir du « prêt-à-penser » d’une société.

Lecture

  • Henri JANNE, Le Système social. Essai de théorie générale, Ed. de l’Institut de sociologie de l’Université Libre de Bruxelles, 1968.
  • Walter LIPPMAN, Public opinion. Harcourt, Brace, New York, 1922.

SOUILLURE

Souillure, pourriture, animalisation de l’autre, sont des mots qui s’articulent souvent aux mouvements de rejet raciste. Ils manifestent le désir de marquer le plus clairement possible la différence entre le dedans et le dehors, le conforme et le proscrit, le propre et le sale, le soi et l’étranger. Par crainte, sans doute, que les frontières se brouillent et qu’il faille reconnaître en soi des pulsions contradictoires. La lecture des doctrines racistes dévoile en effet une communauté d’obsessions autour de la pureté et de la souillure, de la contagion et de l’épidémie, révélant une fragilité du sentiment d’identité face à un autre, toujours vécu sur le mode persécutoire.

   Tout semble se passer alors comme si la « saleté » supposée de l’autre était une offense contre l’ordre et qu’il fallait éliminer l’élément « souillé » , comme s’il était porteur d’une maladie contagieuse pour le « corps social ».

   Mary Douglas a proposé de considérer le corps comme le miroir de la société. Pour elle, la crainte de la souillure est un système de protection symbolique de l’ordre culturel. L’impur est ce qui n’est pas à sa place. La souillure, on le sait, organise le rapport au sacré ; le système des castes en Inde est soutenu par cette armature. Dans la perspective indienne, l’impureté menace le statut social mais l’impureté définitive de l’intouchable est de même nature que l’impureté temporaire du brahmane et s’enracine dans la vie quotidienne du corps humain : naissance, menstruation, mort. C’est le corps qui est le siège privilégié de toute la symbolique de la souillure : sperme, sang menstruel, lait…

   La sexualité est un domaine où les fantasmes de souillure apparaissent aisément et particulièrement lorsqu’il s’agit d’unions entre dominants et minoritaires. On connaît, non seulement en Inde, mais aussi au Japon, avec les Burakumin, ou en Occident avec les juifs, le sort réservé à ceux qui touchent au sang, à la mort, ou à l’argent, et la distance sexuelle imposée à ceux que la société dominante veut tenir à l’écart. Distance qui a prit forme de loi, sous le régime nazi dès 1935 avec les lois de Nuremberg ou jusqu’aujourd’hui dans la politique d’apartheid de l’Afrique du Sud.

   La sexualité est d’ailleurs le domaine par excellence des règles et des interdits. « La sexualité est inclassable, note Luc de Heusch, elle est le seul mystère vrai : elle n’appartient pas à l’univers de la souillure, car loin  d’être dégoûtante, elle est passionnante. Elle est dangereuse cependant, source inépuisable de troubles, individuels ou sociaux. Mais elle ne peut être interdite, car la société s’anéantirait. Il faut se résigner à en faire une activité hautement surveillée, conditionnelle (…) la circonscrire de manière à ne jamais se laisser déborder par elle ».

   De nombreux auteurs ont relevé le lien entre les réactions racistes et des fantasmes qui attribuent au « racisé » les plus grandes prouesses amoureuses, d’où l’interdiction des rapports sexuels entre les « races ». La société coloniale qui défend à la fois la nécessité d’exclure le colonisé et l’autre radical de l’homme, c’est-à-dire la femme, tolère en général les relations sexuelles entre l’homme blanc et la femme de couleur mais l’inverse est réprimé avec une grande violence par craint de la rivalité. Le raciste projette souvent sur le groupe minoritaire des fantasmes agressifs ou de convoitise à l’égard des femmes, ce qui se traduit par l’accusation fréquente que le Noir, le juif, l’immigré, viole et souille sa femme, sa fille, sa sœur sa mère.

   L’opposition pur-impur renvoie à l’opposition culture-nature ou soi-l’autre mais aussi, au plan de l’inconscient, à la différence des sexes. Il est fréquent que la « race » méprisée soit nommée « femelle », alors même qu’elle est supposée dotée d’une surpuissance sexuelle ; comme si l’incertitude de sa propre identité sexuelle conduisait le groupe raciste à surinvestir des « races ».

Lecture

  • Augustin BARBARA, Mariages sans frontières, Le Centurion, 1985.
  • Mary DOUGLAS, De la souillure, Maspero, 1981, préface de Luc de Heusch.
  • Louis DUMONT, Homo hierarchicus. Essai sur le système des castes, Gallimard, 1966.
  • Jean SOLER, « Sémiotique de la nourriture dans la Bible », Annales, juillet-août 1973, p. 943-955.

Cf. Bouc émissaire, Caste, Dégénérescence, Identité, Inquiétante étrangeté, Projection, Weininger.  

SORCELLERIE

Tolérer l’autre, supporter ses différences, ne pas succomber à l’envie de détruire ce que l’étranger paraît posséder de désirable, ne semblent pas aller de soi pour les êtres humains. Mais plus intolérable encore est l’angoisse de se savoir soi-même partagé entre l’amour et la haine, les bons sentiments et le rêve de nuire, de transgresser et d’anéantir.

   Aussi les sociétés secrètent-elles souvent des lieux de projection, des boucs émissaires, minorités réelles ou groupes imaginaires chargés d’incarner les forces du mal, de la corruption, de l’impureté et rejettes à ce titre hors de l’humanité.

   A toutes les époques de l’histoire on retrouve ce fantasme meurtrier d’annihiler certaines catégories d’êtres humains dans l’espoir de purifier le monde.

   Ainsi voit on au IIe siècle après J.C. , se répandre contre les communautés chrétiennes de l’Empire romain l’accusation de pratiquer l’infanticide, le cannibalisme et des orgies incestueuses. L’historien britannique Norman Cohn tente de comprendre ces calomnies : « Tant que (les Chrétiens) restèrent une faible minorité, leurs attitudes, leur croyances et leur comportement constituaient un déni des valeurs sur lesquelles reposait la société gréco-romaine et auxquelles celle-ci devait sa cohésion. C’est pour cette raison que certaines pratiques chrétiennes, en particulier l’Eucharistie et l’Agape, furent interprétées faussement, sous l’influence de stéréotypes traditionnels, de telle sorte qu’une minorité religieuse dissidente en vint à incarner une conspiration politique révolutionnaire. Plus encore : ces pratiques furent caricaturées au point d’apparaître comme absolument anti  humaines, et de placer ceux qui s’y livraient en dehors des bornes mêmes de l’humanité. Ce mécanisme fut parfois utilisé pour légitimer des persécutions, dans lesquelles d’autres raisons, telles que l’avarice ou le sadisme, eurent aussi leur part.

   Ce schéma allait se répéter bien des fois dans les siècles à venir ; mais les persécuteurs seraient alors des chrétiens orthodoxes qui utiliseraient ce stéréotype contre d’autres groupes dissidents ».

   La chrétienté médiévale accusa des groupes hérétiques — Vaudois, Fraticelli — de commettre infanticides rituels et orgies, communions cannibales et d’autres débauches. Petit à petit on attribua au Diable l’inspiration de ces actes impies et on imagina que Satan lui-même présidait à ces orgies nocturnes. Ce qui n’était que fantasmes finit par s’inscrire dans la mémoire partagée, mais aussi chez les clercs et les gens instruits, comme une évidence.

   Cette « diabolisation » des hérétiques s’accompagna du fantasme de l’existence de sociétés secrètes d’adorateurs du Diable. Et la chasse aux sorcières devint possible, selon N. Cohn, lorsque la procédure accusatoire (privée) fut remplacée par la procédure inquisitoriale, qui comportait généralement l’usage de la torture et donc aussi la dénonciation d’autres personnes que l’accusé. Ces facilités juridiques allèrent de pair à la fois avec les obsessions démonologiques des clercs et des savants et la crainte des sorciers et sorcières dans l’imagination populaire, pour rendre possible le massacre de milliers d’innocents dans l’Europe du Moyen Age au XVIIIe siècle. L’usage de la torture, et des aveux ainsi extorqués, permit aux autorités de se convaincre de la réalité des « sabbats » et des vols nocturnes par lesquels les « sorciers » se rendaient à leurs cérémonies. Dans quelque cimetière, à une croisée de chemins ou au pied d’une potence, les sorciers étaient censés se réunir régulièrement, de la nuit au chant du coq. Pour assister au sabbat diabolique, on supposait que s’étant enduits d’onguent magique, ils s’envolaient à dos de boucs, de porcs ou de chevaux noirs, ou même en enfourchant des bâtons, des pelles ou des manches à balai. Parfaite inversion du christianisme, au plus fort de la chasse aux sorcières, imaginait-on les sorciers confesser leurs pêchés ­— être allés à l’église — , le Diable en personne, mi-homme, mi-bouc, faire un sermon, le tout étant bien sûr suivi d’un repas répugnant, de danses obscènes er d’orgie érotique. Chacun était ensuite renvoyé chez lui avec instruction d’accomplir contre tous les voisins chrétiens le plus de mal possible, ou maleficia, par des moyens occultes. Ils étaient ainsi censés former une société secrète, comme la littérature anthropologique en a mis en évidence dans de nombreuses sociétés, double maléfique parfaitement en miroir de la société globale.

   En guise de conclusion, Norman Cohn, pensant certainement à de sinistres évènements de l’histoire contemporaine, remarque amèrement : « On peut voir en fait dans la grand chasse aux sorcières l’exemple insurpassable d’un meurtre massif d’innocents par une bureaucratie agissant en accord avec des croyances qui, inconnues ou refusées aux siècles précédents, avaient fini par être tenues pour des vérités allant de soi. Cet exemple illustre avec éclat et le pouvoir qu’a l’imagination humaine de construire des stéréotypes, et sa répugnance à mettre en question la validité d’un stéréotype une fois que celui-ci a été universellement adopté. »

Lecture

  • Michel de CERTEAU, L’absent de l’histoire, Mame, 1973.
  • Norman COHN, Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Age. Fantasmes et réalités, Payot, 1982.
  • Jeanne FAVRET, Les Mots, la mort, les sorts, Gallimard, 1977.
  • Robert MANDROU, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle. Une analyse de psychologie historique, Seuil, 1980.

Cf. Envie, Projection, Pureté du sang, Stéréotype.

Rubens : L’oeil du désir

A l’occasion de l’exposition Rubens et son héritage à BOZAR, Bruxelles, 25.09.2014-04.01.2015 – Sensation et sensualité

Rubens, Venus frigida, 1614

L’oeil du désir

   Ami(e)s des arts qui venez à notre rencontre aujourd’hui, soyez les bienvenu(e)s. Approchez, là, venez un peu plus près. Faisons connaissance. Laissez courir votre regard sur la surface de la toile, captez les plis baroques de notre théâtre amoureux, imprégnez- vous des mouvements en spirale ou en diagonale, des couleurs contrastées et vibrantes, des jeux sensuels du pinceau, de la joie de peindre de notre créateur bien- aimé. Ouvrez grands les yeux, goutez chaque  détail, faites un pas en arrière, imprégniez- vous à présent de l’impression d’ensemble du tableau. Regardez-nous avec gourmandise et curiosité. Savourez tout à loisir cet instant.

Puis, durant un bref moment, acceptez de fermer les yeux. De quoi vous souvenez- vous sous vos paupières closes? De la chair nue, lumineuse, des courbes de Venus recroquevillée, le dos frissonnant sous le vent aigre du Nord ? De son enfant, le petit dieu de l’amour, Cupidon, transi de froid, tête baissée sous le voile trop léger, ses flèches et son carcan gisant à ses pieds ? De la noirceur du paysage tourmenté ? Du rouge capiteux de la cape qui a chu sur le sol ou du regard lourd, inquiétant, du Satyre aux cornes de bête, la main s’avançant avec convoitise vers la chevelure dorée de la déesse ?

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Lecture par Apolline Elter de « Comment j’ai vidé la maison de mes parents » de Lydia Flem

 
Je viens d’achever la lecture de « Comment j’ai vidé la maison de mes parents », signé Lydia Flem.Il faut que je vous en parle.Le livre n’est pas nouveau, il est paru en 2004. Qu’à cela ne tienne : c’est le genre de petit livre qui traverse le temps sans prendre ride, qui nous fait mûrir du fruit de sa réflexion.L’auteur parle avec une rare acuité, une introspection sans concession, des phases par lesquelles nous passons – passerons – au décès du dernier de nos parents. Les phases psychologiques successives, variées, contradictoires qui nous submergent alors qu’il s’agit de vider, terme mortel, la maison de ses parents. Une appréhension aussi très réaliste de notre façon actuelle de vivre le deuil. Le livre annonce le thème dès la première phrase : « A tout âge, on se découvre un jour orphelin de père et de mère » (p 7)« … nous sommes devenus des survivants » (p18)« Comment trouver la force d’enfiler les coups de fil, de redire ces mots qui donnaient corps à sa mort alors que les premières heures qui la suivirent laissaient flotter cet événement dans une sorte d’irréalité protectrice, .. » (p 29)Et cette singularité obligée du don que constitue l’héritage : « J’héritais, j’aurais aimé recevoir. » (p 41)« Mon père et ma mère reposaient en moi désormais » (p 43) Le genre de lecture qui laisse des traces et qui apaise le lecteur d’une vérité partagée. Comment j’ai vidé la maison de mes parents, Lydia Flem. Paris, Seuil, La librairie du XXIe siècle, mai 2004, 152 pp. Apolline Elter, 25 octobre 2007
 
25-10-2007, 20:58:22 Christine Jadoul
Les chroniques d’Apolline Elter
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