« Nous sommes vraiment pauvres si nous ne sommes que bien portants »
Donald Winnicott
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JEAN LEVI
LES FONCTIONNAIRES DIVINS
POLITIQUE,
DESPOTISME ET MYSTIQUE
EN CHINE ANCIENNE
Sur le territoire de la Chine ancienne se joue une
formidable partie de gô. Dans ce monde où les principautés sont en guerre les unes contre les autres, où les alliances se retournent au gré des saisons, le despote chinois, comme le prince de Machiavel, ne connaît que l’efficacité. À l’ombre des palais impériaux, son intelligence retorse définit un art de la manipulation politique.
Entraînant le lecteur dans un univers policier, l’auteur mène son enquête au Pays des hauts dignitaires. Il y découvre le fonctionnement des services de renseignements et les intrigues qui lient les espions entre eux. Tour à tour fidèles et dénonciateurs, ces informateurs font partie d’un monde politique où la traîtrise devient, peu à peu, une pratique
institutionnelle.
Convaincu que l’intérêt de chacun passe par la domination de tous, le tyran rêve d’un pouvoir absolu. Cautionnées par la doctrine de Confucius et le taoïsme, les stratégies politiques du prince correspondent à ses choix mystiques. Il veut soumettre l’ordre social au rythme du cosmos, le naturel au surnaturel.
Du temps des Royaumes combattants, au ve siècle avant
J.-C., à la fin des Tang au ixe siècle, Jean Levi analyse avec minutie le fonctionnement d’un appareil d’État géré par des fonctionnaires devenus divins. Son livre ouvre des perspectives inédites à toute réflexion
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Dans le cadre du Séminaire Morphologies
Le Professeur Neil M. Ribe
De l’Institut de Physique du Globe de Paris
Donnera une conférence sur
La Théorie des couleurs de Goethe et la morphologie
vendredi 21 janvier, 17h00 – 20h00, salle 524, 54 bld Raspail, 75006 Paris
Goethe n’a pas choisi d’appeler sa théorie des couleurs une “morphologie », a la différence de ses travaux de botanique par exemple. Néanmoins, le fondement de la Théorie des couleurs est une réflexion proprement “morphologique » sur les rapports dynamiques entre les parties constitutives du phénomène de la couleur.
Cette réflexion s’articule autour d’un contraste entre la conception newtonienne de la couleur comme “échelle », et la conception goethéenne selon laquelle la couleur se développe de façon dynamique a partir d’une polarité. Pour Newton, les couleurs du spectre n’ont entre elles qu’un rapport purement quantitatif; Goethe, par contre, insiste sur les rapports plus riches de complémentarité, de symétrie, d’harmonie, et de développement intensif
(`”Steigerung ».) Avec l’aide d’un certain nombre d’images de laboratoire, j’essayerai d’expliquer en quoi la théorie goethéenne aurait le droit de s’appeler une « morphologie » de la couleur.
Charles
Malamoud
Le Jumeau
solaire
Dans la mythologie de l’Inde ancienne, le dieu Yama, fils du Soleil, est aussi le premier mort : il fait l’expérience de la mort pour reconnaître le chemin que les hommes, après leur trépas, emprunteront pour accéder à l’au-delà.
Roi des ancêtres, préposé à la mort, juge des morts, Yama fait connaître et impose aux hommes leur condition de
mortels. Il est parmi les dieux celui qui veille sur les contraintes et les devoirs qui ordonnent la vie sociale et individuelle. A ce titre, son pouvoir (son « bâton ») est le modèle du pouvoir royal ici-bas.
Yama a une sœur jumelle, Yami. Bien qu’il se soit dérobé, par peur de l’inceste, à l’amour qu’elle lui offrait, elle le pleure quand il meurt, puis transforme sa douleur en deuil et crée des formes nouvelles de remémoration et de
tendresse entre frères et sœurs.
Dans ce livre, Charles Malamoud analyse les relations que la sagesse et les folies de l’Inde ont su déceler entre la mort, la loi, la répétition et l’écriture. Il met en perspective les rites et les mythes de l’Inde védique et brahmanique qui disent comment vivent les mortels, comment les générations se succèdent.
2002, 228 pages.
« L’Intermédiaire des Casanovistes » est une publication annuelle dédiée à l’étude de la vie, de l’oeuvre et du « monde » de Giacomo Casanova (1725-1798). Elle peut être obtenue chez Helmut Watzlawick, 22 chemin de l’Esplanade CH-1214 Vernier en Suisse. Dans le dernier volume, on trouve, entre autres, un article sur « Les autographes mozartiens de Giacomo Casanova » par Giovanni Vigliar. Quelle serait la contribution de Casanova au Don Giovanni de Mozart? On y apprend aussi que grâce à Monsieur Jean-Claude Hauc la ville de Montpellier a désormais une rue CASANOVA.
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François Hartog
Régimes d’historicité
Présentisme et expériences du temps
Les expériences du temps sont multiples. Chaque société entretient un rapport particulier avec le passé, le présent et le futur. En comparant les manières d’articuler ces temporalités, François Hartog met en évidence divers « régimes d’historicité ».
Ulysse en Phéacie ou les Maori de Fidji ont d’autres types de souvenirs que les personnages bibliques. Douze siècles séparent Ulysse des Confessions d’Augustin, qui s’inscrivent dans un régime d’historicité proprement chrétien.
Dans l’ancien régime d’historicité, le passé éclaire l’avenir. Après la Révolution de 1789, le temps est accélération et la leçon vient du futur. Se met en place le régime moderne d’historicité. Chateaubriand ne cesse par son écriture de passer de la rive de l’ancien à celle du régime moderne.
Dans les deux dernières décennies du xxe siècle, la mémoire est venue au premier plan. Le présent aussi. Histoire du présent, les Lieux de mémoire ont exploré ces mots
du temps : commémoration, mémoire, patrimoine, nation, identité. Tandis que le temps lui-même devenait, toujours plus, objet de consommation et marchandise.
Historien attentif au présent, François Hartog observe la montée en puissance d’un présent omniprésent, qu’il nomme « présentisme ». Cette expérience contemporaine d’un présent perpétuel, chargé d’une dette tant à l’égard du passé que du futur, signe, peut-être, le passage d’un régime d’historicité à un autre.
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Jean-Pierre Vernant
La traversée
des frontières
Entre mythe et politique 2
Y a-t-il des liens entre ma lecture de l’épopée homérique et mon action dans la Résistance militaire, avec les risques qu’elle comportait ? À la réflexion, ces liens me sont apparus très clairs, qui ont tissé, entre mon interprétation du monde des héros d’Homère et mon expérience de vie, comme un invisible réseau de correspondances orientant ma lecture « savante » et privilégiant, dans l’œuvre du poète, certains traits : la vie brève, l’idéal héroïque, la belle mort.
Cette confrontation entre passé et présent, entre
l’objectivité distante du savant et l’engagement passionné du militant, ne pouvait manquer de déboucher sur les problèmes de la mémoire qu’abordent plusieurs chapitres de ce livre. Notamment sur les difficultés que rencontre l’historien du temps présent pour parler de ces Années noires, de ces années écoulées, certes, mais qui ne passent pas, qui restent trop présentes dans les souvenirs, et leurs enjeux trop actuels, pour qu’on puisse en traiter avec le détachement et le recul propres à ce qui est entièrement révolu. Témoignage des survivants, documents écrits, archives, sur quoi s’appuyer, à qui, à quoi se fier ?
L’« affaire Aubrac » a ainsi constitué dans le débat entre historiens, comme dans la confrontation entre résistants et historiens, un point de non-retour, mettant en pleine lumière le fossé qui sépare l’enquête du savant et la mise en scène journalistique.
Mais, au-delà de l’actualité, le problème autour duquel s’organise l’ensemble du livre concerne le franchissement des frontières : entre passé et présent, proche et lointain, familier et insolite, finalement, pour chacun de nous, entre ses souvenirs et lui-même.
J.-P. V.
2004, 208 pages