Jeu et psychanalyse

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« La psychothérapie se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute. En psychothérapie, à qui a-t-on affaire? A deux personnes en train de jouer ensemble. Le corollaire sera donc que là où le jeu n’est pas possible, le travail du thérapeute vise à amener le patient d’un état où il n’est pas capable de jouer à un état où il est capable de le faire. »

D.Winnicott, « Jeu et réalité », p.55.

Michel Schneider

MICHEL
SCHNEIDER
BAUDELAIRE
LES ANNÉES
PROFONDES

Baudelaire avait la passion des images et l’amour des portraits. On trouvera ici ceux qu’il fit des peintres, des photographes et des écrivains de son temps. Ceux qu’ils firent de lui, en miroir. Ceux qu’il achetait et revendait, et celui de son père, qu’il traîna toute sa vie. Un seul portrait manque : celui de lui-même, qu’il n’écrivit pas. Cet impossible portrait hante tout son œuvre. L’homme aux images ne put peindre la sienne propre.
Rien n’eût été plus odieux à Baudelaire qu’un retour sur soi. Les années profondes ne sont pas les jeunes, les belles. Inscrites non dans la mémoire, mais dans le récit, elles sont le temps perdu, le temps regardé, le temps où il passait son temps à regarder, à ne pas écrire. Les années vers lesquelles il ne peut revenir qu’en images, pas en pensée. « La pensée du passé est une pensée qui rend fou », écrivit-il un jour à sa mère.
Voici Baudelaire, « toujours voyageant à travers le grand désert d’hommes », marchant parmi les tableaux et les mots, puis, à l’heure où les autres dorment, penché sur sa table,
s’escrimant jusqu’à ce que « les choses renaissent du papier ».

1994, 192 pages.

Traductions de LA VIE QUOTIDIENNE DE FREUD ET DE SES PATIENTS de Lydia Flem

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traduit en italien, Rizzoli, Milan, 1987.

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traduit en portugais, L&PM, Brésil, 1988.

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traduit en espagnol, Ariel, Mexica,1996.

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traduit en russe, Palimpsestes, Moscou, 2003.

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Patrice Loraux

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PATRICE
LORAUX
LE TEMPO DE LA PENSéE

Le blocage, l’empêchement de penser, le détour, la panne se trouvent au cœur de la création : tous ces
dysfonctionnements où la pensée « grippe » sont la pensée même. Kafka, Mallarmé, mais aussi Platon, Aristote, Kant, Husserl et Wittgenstein négocient avec leurs conflits. S’ils réussissent, il y a une œuvre, sinon, elle demeure dans les limbes – ce qui est le cas pour une partie de l’œuvre de Mallarmé. Chez le créateur, il existe une peur essentielle, celle de poursuivre. Plutôt recommencer que poursuivre : tel est le secret désir qui paralyse. Pour Rimbaud, c’est différent. Il va très vite, ne connaît pas d’obstacle, brûle toutes les étapes en feignant de ne pas voir les difficultés. Alors que les philosophes ne cessent d’avancer en un mouvement d’aller et de retour, chez Rimbaud, il n’y a pas de retour, ou alors il aurait été catastrophique.
Troublée par l’énigme qu’elle est pour elle-même, la pensée n’existe pas sans affectivité : ce qui excite paralyse, mais, sans excitation, il n’y a pas de pensée. Ce qui suscite le désir d’écrire empêche d’écrire. Tout l’art consiste alors à négocier avec les résistances. En compagnie de Rilke, Proust, Valéry, Claudel et Beckett, l’auteur – qui a lu Freud – montre comment la raison se démène, étant entendu que la compréhension des choses n’est pas autonome. L’affectivité peut lui opposer un mur. Il faut alors consentir à un saut, à penser un pont, sans savoir quel sera le terrain inconnu découvert « en face ».
Dans ce livre, en quête d’une musique secrète (le tempo dénote un rythme qui n’est pas défini de manière absolue), il y a un désir de se déprendre du lyrisme de la pensée. Plutôt qu’une oreille séduite, l’énergie d’un pas décidé.
1993, 464 pages.

Nicole Loraux

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NICOLE
LORAUX
NÉ DE LA TERRE
MYTHE ET POLITIQUE à ATHÈNES

Qu’est-ce qu’un étranger ? C’est quelqu’un, dit-on, qui vient d’ailleurs, parle une autre langue et n’est pas d’ici : il n’est pas un autochtone. Littéralement, l’autochtone surgit du sol comme une plante, il se dit né de la terre même de la patrie.
Aux origines de l’humanité, les vieux mythes politiques athéniens font ainsi naître le premier homme de la Terre-Mère. Pandora, la première femme, n’est donc pas vraiment la mère de l’humanité mais une créature seconde. Loin d’être naturelle, elle résulte d’un artifice divin, quand Zeus destine à l’humanité ce « cadeau empoisonné ». En même temps que ce « beau mal », les humains découvrent leur condition tragique d’êtres sexués et mortels, voués à la reproduction du même en s’enchaînant à autrui. Depuis, l’homme doit travailler le corps de la femme comme on laboure un champ pour l’ensemencer.
Pour comprendre comment les Anciens ont pensé les origines de la citoyenneté démocratique, dont les femmes et les étrangers sont exclus, Nicole Loraux analyse quelques-uns des grands mythes politiques de l’Athènes classique.
Dans ce livre, la plus ancienne patrie de l’imaginaire démocratique éclaire les interrogations d’une historienne qui s’intéresse aux enjeux de notre temps présent.

1996, 256 pages.

Jean-Claude Schmitt

Jean-Claude Schmitt
La Conversion
d’Hermann le juif
Autobiographie, histoire et fiction

Vers le milieu du xiie siècle, un juif originaire de Cologne, converti au christianisme et devenu prêtre à Cappenberg, en Westphalie, écrit en latin, sous le nom d’« Hermann l’ancien juif », le récit de sa conversion (Opusculum de conversione sua). Cette « autobiographie » est l’une des toutes premières en Occident depuis les célèbres Confessions de saint Augustin.
Ce texte singulier divise les historiens, les uns y voyant le « récit vrai » d’un authentique juif converti, les autres une pure « fiction » forgée par des clercs chrétiens. Jean-Claude Schmitt montre que la question est mal posée : ce récit à la première personne est à la fois « vrai » et « fictif », et il est vain de lui chercher un auteur, fût-ce un juif converti. Hermann a bien pu exister et contribuer à la mise par écrit de sa propre histoire, mais l’Opusculum n’en est pas moins une œuvre collective, peut-être destinée à illustrer le rayonnement de l’abbaye prémontrée de Cappenberg.
Plutôt que de se battre sur une question d’attribution, mieux vaut déplacer les questions et interroger le contenu du texte pour en comprendre les significations dans la société et la culture de l’époque. Qu’en est-il alors de l’autobiographie et de la subjectivité, de la fonction des rêves dans les cultures juive et chrétienne, de la légitimité des images religieuses dans un cadre monothéiste, de la conversion individuelle et collective, du nom et de l’identité ? Simultanément, l’auteur saisit l’occasion des débats suscités par l’Opusculum pour
s’interroger plus fondamentalement sur les manières dont les historiens pensent et écrivent l’histoire.
Ainsi, non seulement l’étude de cas est-elle guidée par une ample problématique, mais elle se double tout au long de la démonstration d’une mise en question critique du travail de l’historien, faisant de ce livre une leçon de méthode.

Israel Rosenfield

Israel Rosenfield
La mégalomanie
de Freud

Une mystérieuse petite-fille de Freud confie à un neuroscientifique américain un manuscrit inédit de son grand-père, rédigé à Vienne en janvier 1938 : La Mégalomanie. Dernier pied de nez de l’inventeur de la psychanalyse à la
postérité, Freud y remet en question le complexe d’Œdipe et lui substitue une conception cruelle et ironique de l’Autorité, de la Connaissance et du Pouvoir.
Entre neurosciences et psychanalyse, ce roman met en scène une maîtresse ignorée, un prix Nobel sadique, des
soldats paralysés, un violeur autrichien, la « machine Marylin », le père de la théorie des Jeux, le véritable créateur de la tour Eiffel et un Freud ravageur affirmant que l’auto-tromperie et la mégalomanie sont à la racine de notre psyché et de la civilisation.
Dans cette fiction, Israel Rosenfield lance-t-il une attaque virulente contre la psychanalyse ou dénonce-t-il les neuro-
sciences ? Avec un humour caustique, l’auteur se gausse de l’imposture scientifique et renvoie dos à dos ceux qui croient pouvoir maîtriser les mécanismes de l’esprit humain.

Traduit de l’anglais (états-unis) par Lydia Flem.
2000, 192 pages.