Pogrom (Racisme)

POGROM

 

Les premiers pogroms contre les Juifs russes eurent lieu dans la confusion qui suivit l’assassinat d’Alexandre II, en mars 1881, par les membres d’une petite organisation révolutionnaire Narodnaïa Volia. Au lendemain de cet attentat, quelques grands-ducs et officiers de la garde mirent sur pieds une organisation contre-terroriste, la « Sainte légion », dont un des buts fut de susciter des pogroms. Après cette période d’agitation, les Juifs continuèrent d’être utilisés comme des boucs émissaires commodes ; c’est ainsi que pour la première fois première fois, l’antisémitisme fit officiellement partie de la politique d’un gouvernement.

Au cours de la Semaine sainte de 1881, éclatèrent des pogroms à Elisavetgrad puis à Kiev et Odessa. « Les émeutes antisémites eurent lieu à jour fixe, presque partout selon les mêmes procédés, pour ne pas dire suivant le même programme. Elles débutaient pas l’arrivée de bandes d’agitateurs apportés par les chemins de fer. Souvent, on avait, dès la veille, affiché des placards accusant les Juifs d’être les auteurs du nihilisme et les meurtriers de l’empereur Alexandre II. Pour soulever les masses, les meneurs lisaient, dans les rues ou dans les cabarets, des journaux antisémites dont ils donnaient les articles comme des oukazes ordonnant de battre et de piller les Juifs (…) Plus d’une fois, les Juifs qui tentèrent de se défendre furent arrêtés et désarmés : ceux qui osèrent monter la garde à la porte de leur maison, le revolver à la main, étaient poursuivis… » (A. Leroy-Beaulieu, L’Empire des tsars et les Russes, Paris 1898, t. III, pp. 614-619, cité par L. Poliakov).

En mai 1882 des décrets établirent un numerus clausus limitant l’accès des Juifs à l’enseignement secondaire et supérieur ; il leur était également interdit de résider à la campagne ou dans certaines villes. Tout ceci conduit un grand nombre de Juifs à émigrer alors vers les Etats-Unis. Une autre réaction aux pogroms fut la naissance d’un mouvement sioniste, mais aussi la constitution d’un parti ouvrier juif, le « Bund », qui fut critiqué par Lénine comme « réactionnaire » parce qu’il revendiquait une spécificité juive en plus de son programme socialiste.

Une deuxième vague de pogroms, plus sanglante, s’abattit sur les Juifs à partir de 1903. Le meurtre d’un adolescent fut attribué par la rumeur publique aux Juifs et des appels à la vengeance furent distribués dans les débits de boisson de Kichinev, — dont le .propriétaire du journal local, Paul Krouchevane, publiait des propos antisémites à longueur de pages, avant d’être le premier éditeur des Protocoles des Sages de Sion.

Dans le contexte révolutionnaire de 1905, cent cinquante pogroms environ eurent lieu ; toutes les classes de la population y participaient : cheminots et postiers en première ligne, mais aussi ouvriers et paysans, ceux-ci ramassant souvent tout ce qui traînait par terre. Les professions libérales n’étaient pas non plus absentes de ces mouvements.

Le pogrom institue un moment de rupture des liens sociaux habituels : il pouvait ainsi arriver que ceux-là même qui pillaient les biens juifs cachent pourtant chez eux des Juifs en fuite.

Entre 1906 et 1916, près de 3000 brochures et livres antisémites furent publiés avec l’appui financier du Tsar Nicolas II.

La troisième vague de pogroms se déroula entre 1917 et 1921. Environ 60000 Juifs périrent dans la fureur antijuive des armées blanches et des bandes ukrainiennes qui rivalisaient de cruauté avec l’armée. « L’acharnement antijuif des troupes avait atteint une sorte de fureur enragée contre laquelle on ne pouvait rien entreprendre. » (Mémoires du général Dénikine ).

 

Lecture

  • Léon POLIAKOV, Histoire de l’antisémitisme, IV, Calmann-Lévy, 1977.
  • Encyclopaedia Judaica, article « Pogroms », Jérusalem 1971, t. XIII, p. 694-701.

 

Article extrait du livre de Lydia Flem, Le Racisme, M.A. éd, préface de Léon Poliakov, 1985 (épuisé).

Nature (Racisme)

NATURE

C’est au moment où, au XIXe siècle, les sciences de la nature, comme on les nommait alors, prennent une extension considérable avec les théories évolutionnistes de Darwin, les recherches sur l’hérédité de Mendel… que les sciences humaines se mettent à utiliser sur la notion de « nature » dans leurs champs de réflexion.

Cette confusion entre des concepts de la pensée biologique et de la pensée sociologique est présente chez de nombreux sociologues, historiens et penseurs de cette époque : Renan, Spencer, Taine, Fustel de Coulanges,… Peu de théoriciens semblent échapper à cette infiltration idéologique dans les territoires de la science.

Le Moyen Age, face aux différences religieuses, proposait (ou contraignait à) la conversion ; le XVIIIe siècle liait les différences politiques et culturelles à des variations géographiques, psychologiques ou sociales et la morale révolutionnaire souhaitait offrir à chacun la liberté individuelle. Mais à partir du XIXe siècle, c’est un déterminisme social d’ordre biologique qui enferme irréversiblement chacun dans « sa nature ».

La nature détermine les particularités de chaque groupe humain et personne ne peut y échapper. Désormais, il devient impossible de passer d’une catégorie à l’autre. Aucun parcours personnel, aucun acquis culturel ne peut modifier une « essence » qui transcende toutes les entreprises d’éducation, de choix ou d’actions. La nature éternelle, inamovible devient pour tous une « fatalité biologique ».

Proust, enfant de son siècle lui aussi, dépeint Swann, Juif assimilé, personnage indispensable aux coteries aristocratiques les plus fermées, devenu vieux et malade, et chez qui, soudain, sa « nature juive » réapparaît : « … le nez de polichinelle de Swann, longtemps résorbé dans un visage agréable, semblait maintenant énorme, tuméfié, cramoisi, plutôt celui d’un vieil Hébreu que d’un curieux Valois. D’ailleurs peut-être chez lui, en ces derniers jours, la race faisait-elle apparaître plus accusé le type physique qui la caractérise en même temps que le sentiment d’une solidarité morale avec les autres Juifs, solidarité que Swann semblait avoir oubliée toute sa vie et que, greffées les unes sur les autres, la maladie mortelle, l’affaire Dreyfus, la propagande antisémite, avaient réveillée » (Salome et Gomorrhe, La Pléiade II, p. 690).

Qu’il y ait des différences de ‘nature’ entre les êtres humains n’est pas nécessairement en soi une idée infamante. Constater que certains hommes préfèrent le riz à la pomme de terre ou le maïs au blé n’implique pas inéluctablement que les uns ont le droit de vivre et les autres celui de servir les premiers ou de mourir. Mais, la société occidentale du XIXe siècle, au nom de la « nature » et de la « race », c’est-à-dire, au nom de différences culturelles et historiques, s’est permis de classer et de hiérarchiser les êtres humains. D’un côté, les hommes « domestiques », ses semblables, à qui sont réservés tous les pouvoirs, intellectuels, sociaux, politiques, techniques, scientifiques et de l’autre côté, les hommes d’une autre nature, « inférieure », « sauvage », « primitive » : paysan, nomade, femme, enfant, étranger, fou, considérés comme objets de conquête, d’exploitation, de conversion religieuse et toujours de fantasmes puissants. Au nom de la « science », nouveau dieu d’une société qui se voulait laïque, la conscience tranquille, le XIXe siècle s’arroge le droit de mépriser, de dominer, d’utiliser et de massacrer d’autres groupes humains. Avec l’idée de nature le racisme moderne est né.

Gustave Le Bon, le psychologue des foules, partageait volontiers ces nouvelles idées venues des biologistes et des linguistes : « Ce qui m’est resté le plus clair dans l’esprit, c’est que chaque peuple possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques » (Les Lois psychologiques de l’évolution des peuples, 1898). Peuple et race étaient souvent des termes interchangeables et c’est l’époque où l’on se met à considérer que les Juifs ne font plus partie de la « race blanche » mais forment la « race sémitique ».

En 1855, Renan écrivait : Je suis… le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine » (Histoire générale et système comparé des langues sémitiques. pp. 4-5). Trente ans plus tard, Renan revint sur cette conception et proclama au contraire, qu’il n’existait pas de type racial juif mais les mots n’effacent pas facilement les mots et l’idée de race sémite et de race aryenne était déjà profondément enracinée. Les Juifs eux-mêmes ou leurs amis l’utilisaient : « Les vertus de cette race (juive)… sautent aux yeux. Ses défauts ou ses vices, qui tendent à disparaître, à s’effacer de jour en jour, sont les restes d’une longue servitude… » (Jules Ferry, ami des Juifs, U.I. 1er avril 1893, p.42).

L’idée de nature doit peut-être sa force et son succès à son aspect de simplicité rassurante, d’évidence tranquille, de concept « fourre-tout » qui évite de définir trop précisément, trop explicitement, des notions confuses qui, sous des allures « scientifiques », relèvent d’une idéologie brutale. Et puis, l’ethnocentrisme venant sans doute avant l’empathie, il paraît difficile à un groupe majoritaire de considérer que ses manières de vivre et de penser ne vont pas de soi et sont, comme la culture des « autres », toutes relatives.

C’est ce que formulait Yves Guyot, un dreyfusard de la première heure : « En France, nous confondons assimilation et uniformité. Nous en sommes encore à la vieille idée platonique du type et nous voulons façonner tous les genre sur le nôtre, comme s’il avait atteint une perfection absolue » (Lettres sur la politique coloniale, 1885, p. 215).

 

 

Lecture

 

–       Colette GUILLAUMIN, L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel, Mouton, 1972.

–       Colette GUILLAUMIN, « Race et nature : système des marques. Idée de groupe naturel et rapports sociaux » in Pluriel, n°11, 1977, p. 39-55.

–       Michaël R. MARRUS, Les Juifs en France à l’époque de l’Affaire Dreyfus. Calmann-Lévy, 1972.

–       Serge MOSCOVICI, La société contre nature, 10/18, 1972.

–       ID, Hommes domestiques et hommes sauvages, 10/18, 1974.

 

Cf. Culture, Darwin, Ethnocentrisme, Génétique, Hérédité, Lumières, Racisme.

Article extrait du livre de Lydia Flem, Le Racisme, M.A. éd, préface de Léon Poliakov, 1985 (épuisé).

 

Nouvelle droite (Racisme)

NOUVELLE DROITE

 

Déjà pour les dirigeants nazis la culture représentait l’enjeu essentiel du combat idéologique. Pour la Nouvelle Droite, la prise du pouvoir culturel est le tremplin obligé vers le succès politique. Cette stratégie culturelle ou « méta-politique » s’est affirmée après l’échec politique, dans les années 1960, d’Europe Action, du Mouvement Nationaliste du Progrès (M.N.P.), du Rassemblement Européen de la Liberté (R.E.L.), de Jeune Nation, de la Fédération des Etudiants Nationalistes, groupes et partis d’où émergeront les revues Nouvelle École, Éléments, le Club de l’Horloge et les Éditions Copernic.

Cette guerre culturelle est facilitée par « la vulnérabilité, elle aussi grandissante, de l’opinion publique à un message métapolitique (qui est) d’autant plus efficace et d’autant mieux reçu et assimilé que son caractère directif et suggestif n’est pas clairement perçu comme tel, et par conséquent, ne se heurte pas aux mêmes réticences rationnelles et conscientes qu’un message à caractère directement politique » (Les idées à l’Endroit, p. 258, A. de Benoist).

Le G.R.E.C.E. ou Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne a été officiellement fondé le 17 janvier 1969. Le premier numéro de la revue Nouvelle École est paru, lui, déjà en février-mars 1968 avec pour thème le conflit fondamental entre Rome et la Judée : procès du monothéisme et des idéologies égalitaires, appel à la « libération païenne », exaltation des inégalités, retour aux « sources indo-européennes » et scientisme raciologique.

Déjà constitué officieusement en 1965, le G.R.E.C.E. s’est nourri du « réalisme biologique » d’Europe Action, revue de réflexions nées après l’échec de l’O.A.S., dans laquelle on pouvait lire par exemple : «Une civilisation est le produit d’une race ; seule la race qui l’a créée est capable de la maintenir dans sa voie naturelle de développement ».

La généalogie intellectuelle de la Nouvelle Droite s’inscrit dans l’héritage issu de la Ligue Nordique, créée par l’anthropologue britannique R. Pearson en 1958, et à laquelle adhéra immédiatement H. Günther, théoricien raciste officiel du régime nazi, ainsi que d’autres nostalgiques du racisme. Dans les années 1960, c’est autour de la revue Mankind Quarterly que se regroupèrent les partisans de l’idéal « aryen », de l’hygiène raciale (ou eugénisme), des idées à la fois de l’extrême droite américaine et des théoriciens fascistes, anciens nazis ou mussoliniens, des supporters du régime raciste de l’Etat sud-africain et les héritiers idéologiques de G. Vacher de Lapouge, de Gobineau, de Drumont et du darwinisme social. « Nouvelle école », comme ses homologues étrangers, comprend à la fois d’anciens militants extrémistes de droite (des pro-nazis ou d’anciens nazis), et des universitaires de renom qui offrent, quelquefois même sans s’en rendre compte peut être, une couverture académique à ces publications. Michael Billig, montre bien le réseau de relations internationales et l’interférence entre l’université et l’extrémisme politique. The Mankind Quarterly en Grande-Bretagne, Neue Anthropologie en Allemagne et Nouvelle école en France s’échangent des textes et partagent la même idéologie et des théories tel l’eugénisme de Galton (élitisme, principe hiérarchique, neutralisation du « déchet » social) dont K. Pearson recueillit l’héritage et qu’il transmit à ses élèves, parmi lesquels Cyril Burt, connu pour ses travaux sur le QI. D’autres professeurs de psychologie comme H. Eysenck et A. Jensen offrent aux organisations d’extrême droite le discours « scientifique » sur la race dont ils ont besoin pour affirmer leur postulats racistes. Norman Cohn note dans son livre : « Si irrationnelles, anti-scientifiques et notoirement absurdes qu’aient été ces doctrines, elles furent l’œuvre de gens cultivés, et, plus exactement, de gens diplômés » (Histoire d’un mythe, Gallimard, 1967, p. 172).

Le comité de patronage de Nouvelle Ecole comprend de nombreuses personnalités du monde de la nouvelle droite internationale : K. Pearson mais aussi un ancien collaborateur d’Himmler, des membres de la Ligue Nordique, des rédacteurs de la revue Mankind Quarterly, l’auteur d’un opuscule contre l’intégration des Noirs aux Etats-Unis, le fondateur de la Société sud-africaine de génétique et collaborateur du Journal des affaires raciales, etc.

A côté d’une nouvelle droite intellectuelle et « culturelle » affirmant le retour aux « racines indo-européennes » et une idéologie inégalitariste, on trouve aujourd’hui le courant du « révisionnisme » historique niant le génocide commis par l’Allemagne nazie (en contact avec la Nouvelle Droite sans s’y confondre) ainsi que des organisations de combat para militaires, habilement cachées derrière un fascisme aux allures cultivées et « douces ».

 

 

Lecture

 

–       Michael BILLIG, L’Internationale raciste. De la psychologie à la « science » des races, Paris, Petite collection Maspero, 1981.

–       Julien BRUNN, La Nouvelle Droite, Paris, Nouvelles Editions Oswald, 1979.

–       Yves PLASSERAUD, « La Nouvelle Droite fait son chemin » in Esprit, juillet 1983, p. 51-67.

–       Alain SCHNAPP et Jesper SVENBRO, « Du nazisme à ‘ Nouvelle école’ : repères sur la prétendue Nouvelle droite » in Quaderni di storia, 11, 1980, p. 107-119.

–       Pierre-André TAGUIEFF, « La ‘nouvelle droite’ contre le libéralisme », in Intervention, n°9 1984, p.31-43.

 

Cf. Eugénisme, Génocide.

 

Noirs (Racisme)

NOIRS

 

Les premiers Noirs à débarquer sur le continent nord-américain en 1619 sont arrivés comme esclaves achetés à vil prix sur les côtes africaines. L’esclavage américain est directement lié aux grandes plantations de coton dans le Sud, ainsi qu’aux cultures de riz, de l’indigo, de la canne à sucre et surtout du tabac au XVIIIe siècle.

Il faut attendre 1808 pour voir la Constitution américaine interdire pendant vingt ans la traite des Noirs. Alors, à défaut de pouvoir importer de nouveaux esclaves d’Afrique, certains vieux États esclavagistes du Sud imaginent faire de l’élevage d’esclaves, comme on reproduit du cheptel, pour ensuite les revendre aux États cotonniers. Ceci évoque, si l’on fait un saut dans le temps et dans l’espace, la tentative nazie de créer une « race aryenne ».

En 1860, on comptait quatre millions d’esclaves noirs qui représentaient pour leurs maîtres une valeur égale ou supérieure à la terre elle-même. Cette appropriation physique des êtres humains ne fut abolie qu’en 1868 par les 14e et 15e amendements élaborés par le Congrès. Cette abolition légale ne se traduisit pas sur le terrain et à l’esclavage se substitua la ségrégation qui envahit tout le champ politique et social dans les États du Sud. Cette situation était rendue possible par le régime fédéral que connaissent les Etats-Unis. A partir de 1910 – 1915 , les Noirs gagnèrent petit à petit le Nord industriel qui avait besoin de main-d’œuvre. Ils se regroupent souvent dans de même quartiers au sein des villes importantes comme New York, Chicago ou Los Angeles, où ils connaissent les bas salaires et les conditions de travail difficiles. Les émeutes raciales, longtemps propres au Sud avec ses scènes de lynchages, atteignent aussi les villes du Nord.

C’est la Deuxième Guerre mondiale et la décolonisation des pays noirs qui modifient le regard que les Américains posent sur les Noirs. En 1954, un arrêt décide que la ségrégation raciale dans le domaine de l’éducation est anticonstitutionnelle et en 1957, le Congrès vote une loi pour la protection des droits civiques  des Noirs. A partir de 1955 aussi, les Noirs décident de se battre pour mettre fin aux pratiques ségrégationnistes. Le pasteur Martin Luther King prit la tête d’un mouvement non violent et si son action fait avancer la cause des Noirs, ceux-ci continuent à se heurter aux préjugés surtout dans le Sud.

Les tensions entre Noirs et Blancs sont d’autant plus fortes qu’elles recouvrent, comme toutes les relations racistes, des antagonismes sociaux ; ce sont en effet les Noirs qui, en majorité vivent dans les villes les plus défavorisées, qui occupent des emplois subalternes, etc.

 

Lecture

–       Franz FANON, Peau noire, masques blancs, 1952.

–       G.M. FREDERICKSON, The Black image in the White Mind : the Debate on Afro-American Character and Destiny, 1817-1914, New York, Harper, 1971.

–       ID., « Le Développement du racisme américain : essai d’interprétation sociale », in S.W. Mintz (dir.), Esclave /facteur de production. L’économie politique de l’esclavage, Dunod, 1981.

–       Avi SCHNEEBALG, « Dialectique de l’égalité des groupes et de l’égalité des individus : l’arrêt ‘ Bakke’ de la Cour suprême des Etats-Unis (1978) » in L’Égalité, vol. VIII. Société anonyme d’éditions juridiques et scientifiques, Bruxelles, 1982.

Nazisme

NAZISME

Tout a commencé dans la légalité. Hitler adhère en 1919, après l’humiliation de la défaite, au Deutsche Arbeitpartei qui voit certains membres de l’armée le soutenir. En 1921, les premières Sections d’assaut ou S.A. sont mises sur pied avec pour mission d’intervenir dans les réunions communistes et de créer une atmosphère de violence dans la république de Weimar.

Au sein de son parti — devenu N.S.D.A.P., National Sozialistische Deutsche Arbeitpartei, Hitler cherche déjà à exercer une autorité sans partage. Il veut conquérir le pouvoir, défendre l’Allemagne et la race aryenne. Doctrinaire et opportuniste, il a compris le rôle fondamental des masses populaires et saura mêler les vieux mythes germaniques à la modernité. L’horreur et l’efficacité de sa tyrannie tiendront dans l’utilisation habile de tous les instruments de manipulation pour renforcer son charisme et sa puissance. Croix gammée et étoile jaune, aigle emprunté à l’empire, défilés, affiches, cinéma, discours martelés au son des bottes, caractères gothiques, jeunesse en uniforme… rites et symboles rendent inutiles le recours à la contrainte ou l’intelligence, ils parlent d’eux-mêmes, emportent l’adhésion, imprègnent tout le quotidien.

Le 9 novembre 1923, c’est la tentative de putsch à Munich. Accusé de haute trahison, Hitler se prétend au contraire le meilleur des Allemands, « celui qui voulait offrir au peuple allemand le meilleur de toutes choses ». La presse le transforme en champion de la cause nationale. Condamné à cinq ans de prison, il rédige Mein Kampf. En 1925, il retrouve la liberté et sa place à la tête du parti. Pour contre-balancer l’influence des S.A., il crée une force à sa disposition personnelle, les S.S. ou Schutzstaffeln. Il est à tout moment prêt à saisir les occasions politiques. Avec la Grande crise de 1929 qui gagne l’Allemagne, les nazis enregistrent leurs premiers succès électoraux. De 12 députés en 1928, le parti nazi obtient 107 sièges en 1930 et un poste de ministre de l’Intérieur de l’état de Thuringe.

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé Chancelier par le maréchal Hindenburg et présente son gouvernement à la presse. Hermann Göring et Joseph Goebbels sont respectivement chef du gouvernement de la Prusse et ministre « pour l’information du peuple et la propagande ». Arrivés au pouvoir par la voie légale, les nazis la rejettent tout aussitôt : Cent cinquante journaux sont interdits, la police reçoit le l’ordre de ne pas intervenir contre les S.A. devenus maîtres de la rue, les libertés fondamentales sont supprimées (inviolabilité du domicile, du secret postal, liberté d’expression, de réunion, d’association, du droit de propriété). Les partis politiques semblent aveuglés, ils ne mesurent pas l’étendue de la répression qui s’installe. Communistes, socialistes, libéraux et même l’Église catholique, personne ne réagit aux arrestations et sévices contre les membres de l’une ou l’autre organisation. Personne ne semble imaginer se solidariser pour résister à cette peste brune. Le judaïsme allemand lui-même pense que le péril n’est fort relatif et ne concerne que quelques Juifs de l’Est. Les syndicats acceptent même de défiler le 1er mai mais le lendemain, toutes les maisons syndicales sont occupées par les S.A. et les dirigeants emprisonnés. Les partis sont frappés ou dissouts ; une loi interdit la création de nouveaux partis politiques.

Une reconnaissance internationale est acquise en juillet 1933 par le pacte signé avec la France, l’Italie et la Grande-Bretagne et le concordat avec le Saint-Siège. Les Jeux Olympiques de 1936 en sont le signe le plus éclatant.

Hitler veut posséder un pouvoir absolu, il fait exécuter les S.A., c’est la « Nuit des longs couteaux » du 30 juin 1934.

Hitler veut la conquête d’un nouvel espace vital à l’Est et sa germanisation impitoyable. Il veut aussi modeler la jeunesse et rend obligatoire le service dans la Hitlerjungend, sélectionne des jeunes filles conformes à des critères « raciaux » pour en faire les reproductrices de la « renordisation ».

En septembre 1938, c’est la rencontre à Munich avec Mussolini, Edouard Daladier et Neville Chamberlain ; Les Allemands prennent possession des Sudètes que l’Occident leur a donné et l’Europe va basculer dans la guerre.

La guerre fait partie des moyens qu’entend utiliser le régime nazi pour arriver à ses fins, de même que le racisme en est une donnée centrale.

Les lois raciales de Nuremberg des 15 et 16 septembre 1935 ont codifié la politique antijuive mais en janvier 1942, les nazis ne se contentent plus d’obtenir l’émigration et le transfert de cette minorité sur laquelle se cristallise tant de haine, dorénavant c’est une « solution définitive de la question juive pour l’ensemble de l’Europe » qui est envisagée.

Nourri dès sa jeunesse viennoise de pamphlets antisémites, de textes pseudo-scientifiques à propos du « mythe aryen », Hitler va incarner les délires verbaux de ses prédécesseurs et organiser industriellement le génocide. Héritier d’un antisémitisme séculaire, il planifie l’horreur avec la complicité passive, ou l’omission, des nations civilisées. Churchill refuse de considérer les mesures antijuives comme un obstacle à l’entente germano-britannique, en 1938, la Suisse cherche à empêcher les émigrés juifs de franchir ses frontières ; l’Amérique latine après avoir accueilli des réfugiés restreint l’immigration juive ; d’après un sondage, 87% des Américains interrogés refusent d’ouvrir plus largement leurs portes aux Juifs européens, … On connaît aussi le rôle du gouvernement de Vichy dans cette tragédie. Ce sont les Juifs « étrangers »  — polonais et allemands principalement — que Vichy veut livrer aux nazis. La xénophobie se mêle à l’antisémitisme français, qui distingue l’ « Israélite », « bon Juif » assimilé, du « mauvais Juif », venu de l’étranger. L’amiral Darlan déclare que les Juifs apatrides qui se sont « abattus » sur le territoire français ne l’intéressent pas mais que les bon vieux Juifs de France doivent recevoir protection. Les autres peuvent mourir. Ce que Louis Gernet résume en 1943 par cette phrase : « On a pu observer un antisémitisme d’académicien qui est d’ailleurs à peu près le même que celui des voyous ».

 

Lecture

 

–       Pierre AYÇOBERRY, La question nazie, les interprétations du national-socialisme. 1922-1975, Seuil, 1979.

–       Saul FRIEDLANDER, Reflets du nazisme, Seuil, 1982.

–       Daniel GASMAN, The Scientific Origins of National Socialism, Londres, Macdonald, 1971.

–       Georges GORIELY, Hitler prend le pouvoir, Complexe, Bruxelles, 1982.

–       Alfred GROSSER, Dix leçons sur le nazisme, (dir.), Complexe, Bruxelles, 1984.

–        Dominique PELASSY, Le Signe nazi : l’univers symbolique d’une dictature, Fayard, 1983.

–       Léon POLIAKOV, Bréviaire de la haine. Le Troisième Reich et les Juifs, Calmann-Lévy, 1979.

 

Cf. Antisémitisme, Fascisme, Génocide.