ISLAM

Poitiers, Tolède, Vienne : les Européens ont l’habitude de raconter l’histoire des relations entre l’Occident et l’Islam de leur point de vue mais la perception musulmane de l’Occident et de ces évènements reste généralement méconnue.

Si, pour l’histoire occidentale la bataille de Poitiers en 732 est décisive puisqu’elle marqua la fin de l’expansion arabe, pour les historiens arabes du Moyen Age cette bataille est présentée comme un engagement mineur alors que leur défaite, à la même époque, à Constantinople, par contre, leur semble indiquer la fin de la première phase de la guerre sainte musulmane.

Lorsque la guerre sainte des chrétiens commença au XIe siècle, la civilisation islamique, déchirée par un schisme religieux et une lutte de pouvoir entre les califats rivaux, montrait des signes de déclin et n’offrit qu’une faible résistance. Mais l’influence des croisés sur les pays qu’ils occupèrent pendant près de deux siècles paraît extrêmement réduite. La civilisation musulmane, fière et convaincue de sa supériorité méprisait l’Europe chrétienne, terre aride et froide, peuplée d’infidèles ignorants et hostiles. Jusqu’au XVIIIe siècle, alors même que l’empire ottoman est mêlé aux affaires de l’Europe, ils parlent d’Anglais sans religion, de Français sans âme, de Hongrois de mauvais augure, de Russe pervers ou d’Allemands impitoyables, tous appelés « infidèles ».

Au cours des siècles, le monde occidental a proposé diverses façon de diviser le monde. Les Grecs partageaient les êtres humains en Grecs et barbares, les Juifs en Juifs et Gentils, les Chrétiens, en Chrétiens et païens,… les Musulmans, eux, divisaient le monde en deux : le Territoire de l’Islam et le Pays de guerre. Selon la Loi sacrée, formulée part les juristes à l’époque classique, un état de guerre obligatoire religieusement et légalement devait régner entre ces deux parties du genre humain. Il était permis, à condition d’obtenir un sauf-conduit, à un non-musulman de se rendre en Islam mais les Musulmans étaient découragés de visiter l’Europe. Le Coran prescrit, en effet, un principe de coexistence et de séparation (sourate 109) : « Dis : O ! Infidèles ! Je n’adorerai pas ce que vous adorez, vous n’êtes pas adorant ce que j’adore, je ne suis pas adorant ce que vous avez adorez, et vous n’êtes pas adorant ce que j’ai adoré. A vous, votre religion, à moi, ma religion ». Pour les Musulmans, les Juifs et les Chrétiens professaient des religions fondées sur des révélations authentiques mais dépassées et inférieures, aussi pour avoir le droit de pratiquer leur religion et de conserver leurs lieux de culte en terre musulmane devaient-ils reconnaître la primauté de l’islam et la suprématie des Musulmans. Ils devaient pour cela s’acquitter de taxes élevées et d’un droit de capitation. Pendant longtemps, ce sont ces Juifs et ces Chrétiens des pays musulmans qui servirent d’intermédiaires entre l’Empire ottoman et l’Europe, diplomates, traducteurs, marchands ou espions, tout commerce avec l’infidèle étant une tâche fort dépréciée.

Malgré l’importance qu’il représentait en tant que système politique et religieux concurrent, le monde chrétien n’excitait pas beaucoup la curiosité des Musulmans. En 1068, Sâ’id ibn Ahmad, cadi de la ville musulmane de Tolède en Espagne, écrivit un livre sur les catégories des nations. Il les répartit entre celles qui ont cultivé la science (Indiens, Perses, Chaldéens, Grecs, Romains et Chrétiens d’Orient, Egyptiens, Arabes et Juifs) et les autres. Parmi ces dernières, il respecte les Chinois et les Turcs mais rejette les barbares du Nord et du Sud. Les barbares du Nord de l’Europe « sont plus semblables aux animaux qu’aux hommes. Ceux d’entre eux, en effet, qui vivent très loin dans les contrées septentrionales, dans les régions comprises entre l’extrémité des sept climats et les confins du monde habité, connaissant une température glaciale, un ciel nuageux à cause de l’éloignement extrême du soleil par rapport à la ligne du zénith. De ce fait, leur tempérament est devenu nonchalant et leurs humeurs crues ; leur ventre à grossi, leur teint pâli ; leurs cheveux ont poussé. Aussi la finesse de leur esprit, la perspicacité de leur intelligence sont-elles nulles, l’ignorance et l’indolence dominantes, l’absence de jugement et la grossièreté générales chez eux… ».

Evidemment, depuis son avènement en Arabie au VIIe siècle, l’islam s’est presque continuellement heurtée à la chrétienté. Après la première vague de conquêtes musulmanes puis les Croisades et la reconquête chrétienne, ce sera l’avance turque puis à nouveau l’expansion européenne. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que les Musulmans pensèrent nécessaire d’étudier de plus près cette société européenne si étrange et dangereuse et ils y envoyèrent petit à petit des marchands, des ambassadeurs et des étudiants. L’introduction de l’imprimerie, la création de journaux et l’emploi d’instructeurs européens dans les écoles militaires de l’État ottoman rendirent plus aisés la connaissance et la diffusion des idées et des réalités occidentales. Entre 1822 et 1842, l’Egypte fit traduire 243 livres européens — mouvement sans équivalent depuis la traduction d’ouvrages grecs de philosophie et de sciences au VIIIe siècle — : traités militaires, de mathématique, de médecine, de science vétérinaire ou d’agriculture, textes sur Catherine de Russie ou Napoléon et même l’Histoire de Charles XII de Voltaire. Dorénavant les Musulmans acceptent d’apprendre les langues européennes, longtemps méprisées comme des idiomes barbares et insignifiants. Mais le passage de l’ancienne attitude de mépris à un sentiment d’intérêt pour les connaissances techniques et théoriques supérieures des Occidentaux se fit avec réticence. En 1838, un sultan réformateur turc fit ce discours à l’inauguration de la nouvelle école de médecine : « Vous allez étudier la médecine scientifique en français… Mon objectif en vous faisant apprendre le français n’est pas de vous enseigner cette langue, mais de vous enseigner la médecine scientifique et peu à peu de la faire entrer dans notre langue ».

Lecture

–       Bernard LEWIS, Comment l’Islam a découvert l’Europe, Ed. La Découverte, Paris 1984.

Cf. Autre, Moyen Age.

 

 

INQUIETANTE ETRANGETE

« L’inquiétante étrangeté sera cette sorte de l’effrayant qui se rattache aux choses connues  depuis longtemps, et de tout temps familières (…) J’étais assis seul dans un compartiment de wagons-lits lorsque, à la suite d’un violent cahot de la marche, la porte qui menait au cabinet de toilette voisin s’ouvrit et un homme d’un certain âge en robe de chambre et casquette de voyage, entra chez moi. Je supposai qu’il s’était trompé de direction en sortant des cabinets qui se trouvaient entre les deux compartiments et qu’il était entré dans le mien par erreur. Je me précipitai pour le renseigner, mais je m’aperçus, tout interdit, que l’intrus n’était autre que ma propre image reflétée dans la glace de la porte de communication. Et je me rappelle encore cette apparition m’avait profondément déplu. Au lieu de nous effrayer de notre trouble, nous ne l’avions tout simplement (…) pas reconnu. Qui sait si le déplaisir éprouvé n’était tout de même pas un reste de cette réaction archaïque que ressent le double comme étant étrangement inquiétant ? »

 

Sigmund Freud,

« L’inquiétante étrangeté »,

in Essais de psychanalyse

appliquée, Gallimard, col. Idé

p. 163-210.

« Cet étranger n’est pas n’importe quel étranger, il ne provoque un sentiment d’étrangeté que parce qu’il est aussi mon semblable (…) Quand donc intervient l’angoisse devant l’étranger ? Quand l’autre est à la fois semblable et différent. C’est pourquoi je tiens pour fausse, ou en tout cas pour incomplète, l’idée admise selon laquelle le racisme témoignerait d’un refus radical de l’autre, d’une intolérance foncière aux différences, etc. Contrairement à ce que l’on croit, l’image du semblable, du double, est infiniment plus troublante que celle de l’autre ».

J.-B. Pontalis,

« Une tête qui ne revient pas »

in Le Genre humain, 11, 1984, p. 17.

 

 

 

 

INDIENS D’AMERIQUE

 

« Renvoyant, comme nous le faisons, aux chroniqueurs de cette terre et au récit circonstancié qu’ils ont donné des grands événements de la conquête, nous nous contenterons de retracer à grands traits l’essentiel de cette histoire. Et nous parlerons d’abord des signes qu’il y eut sur cette terre avant l’arrivée des Espagnols. (…) Dix ans avant l’arrivée des Espagnols, il y eut ainsi un signe considéré comme un mauvais présage et un prodige étonnant : on vit apparaître une colonne de brûlantes et ardentes flammes (…) les Indiens manifestaient une peine intense, poussant de grandes clameurs, des hurlements et des cris d’épouvante et se frappant la bouche du plat de la main suivant leur habitude. Toutes ces larmes et lamentations étaient accompagnées des sanglants sacrifices humains qu’ils avaient coutume d’accomplir dans les adversités et les tourments (…) Le second prodige, signe ou présage fut un incendie qui dévasta, sans que personne le provoquât, le temple du démon (…) Le huitième prodige de Mexico fut qu’à plusieurs reprises, on put voir deux hommes unis en un seul corps ­­— ce que les naturels appelaient Tlacanctzolli — et, d’autres fois, des corps à deux têtes, qu’on amenait dans le Palais-au-Salon-Noir du grand Motecuhzoma et, à peine arrivées, ces apparitions s’évanouissaient et tous ces signes devenaient invisibles qui annonçaient aux indigènes leur achèvement et leur fin car, d’après eux, la fin du monde était proche et l’univers entier allait disparaître et d’autres êtres seraient créés et la terre peuplée de nouveaux habitants. Et ils allaient ainsi, éperdus et tristes, sans savoir que penser d’évènements si étranges et singuliers, jamais vus ni entendus jusqu’alors. (…)

Lorsque les messagers et espions de Motecuhzoma arrivèrent, ils purent vérifier qu’ils s’agissait d’hommes, parce qu’ils mangeaient, buvaient et aspiraient à des satisfactions humaines. Ils ramenèrent une épée, une arbalète et une nouvelle encore plus étonnante, qui était la présence d’une femme, belle comme une déesse, car elle parlait la langue mexicaine et celle des dieux, ce qui permettait de savoir ce que voulaient ces gens ; son nom était Malintzin puis, après son baptême, on l’appela Marina. Finalement, sur la question de savoir si c’étaient des dieux ou des hommes, ils ne pouvaient se prononcer. « Car, s’il s’agissait de dieux, disaient-ils, ils ne renverseraient pas nos oracles ni ne maltraiteraient nos dieux puisqu’ils seraient leurs frères et , comme ils les maltraitent et les renversent, il ne doit pas s’agir de dieux mais de gens bestiaux et barbares qui recevront de nos idoles le juste paiement de leurs offenses » (…)

Et ainsi, dans cette étrange confusion, ils attendirent de savoir quelles étaient leurs intentions et, trouvant qu’ils n’étaient qu’une petite poignée, Motecuhzoma ne s’en préoccupa guère et n’imagina pas sa perte car il se disait que, s’ils s’agissait de dieux, il saurait les gagner par des sacrifices, des prières et d’autres actes de piété, et que, si c’étaient des hommes, leur force était négligeable. (…)

Extraits de « Histoire de Tlaxcala »

In Récits aztèques de la conquête,

Textes choisis et présentés par

Georges Baudot et Tzvetan Todorov,

Seuil, 1983.

A partir du mois d’octobre 1492, la terre devient ronde et le monde des hommes est dorénavant clos. C’est au même moment, dans un siècle qui vient d’inventer l’imprimerie, que l’Espagne chasse de son territoire tous ses « étrangers » — remportant la victoire sur les Maures et exilant les Juifs — et qu’elle découvre l’Amérique. L’Espagne rencontre l’Amérique mais refuse de faire la connaissance de ses habitants. Pour la première fois de l’histoire sans doute, des hommes voient d’autres hommes dont ils ignoraient jusque-là l’existence. Mais les voient-ils vraiment ? L’altérité humaine se trouve radicalement révélée mais tout aussitôt refusée : le plus grand génocide de l’histoire de l’humanité va se perpétrer.

Tout commence avec les passions d’un homme Christophe Colomb, un homme profondément pieux qui désire la victoire universelle du christianisme, jouit de la nature et de sa conquête et ne dédaigne pas l’or qui pourra justifier son entreprise auprès des rois espagnols. Les premiers mots qu’il note dans son Journal à propos des Indiens, c’est : « Alors ils virent des gens nus » (Journal, 11 octobre 1492). Etonné de les trouver sans vêtements «  comme leur mère les enfanta » (6.11.1492), il les suppose aussi dépouillés de toute identité culturelle : il les croit sans religion, sans armes, sans lois et presque sans langues. Il pense même qu’ils doivent apprendre à « parler » (12.10.1492).

A tout ce qu’il aperçoit, Colomb donne un nouveau nom, tel Adam au Paradis, à chaque île, à chaque cap, mais aussi aux deux premiers Indiens qu’il ramène en Espagne, qu’il nomme Don Juan de Castille et Don Fernando de Aragon. Il ne peut concevoir un autre que lui. Pour les considérer comme égaux, Colomb veut assimiler les autochtones à des catholiques espagnols. Avec une bonne foi naïve et aveugle, il les suppose aptes «  à ce qu’on leur fasse bâtir des villes, à ce qu’on leur enseigne à aller vêtus et à prendre nos coutumes » (16.12.1492). « Vos Altesses doivent avoir grande-joie parce que bientôt Elles en auront fait des chrétiens et les auront instruits en les bonnes coutumes de leurs royaumes » ( 24.12.1492).

Si les Indiens se montrent rebelles à ces projets et refusent la conversion, ils sont brûlés vifs. Pour être considérés comme égaux, les Indiens doivent donc se soumettre ; paradoxe qui n’effleure pas Colomb. Petit à petit, il passera d’un assimilationnisme  qui impliquait une égalité de principe à une idéologie esclavagiste qui affirme de fait l’infériorité des colonisés. Ne peut-il y avoir d’égalité dans le respect des spécificités ? Faut-il qu’au sentiment de la différence se lie nécessairement l’expression d’une supériorité ? C’est avec acuité que la tragique histoire de la découverte et de la conquête des Amériques nous pose ces questions au cœur de toute réflexion sur le racisme.

Les historiens actuels pensent que près de 90% de la population indienne disparut à la suite des massacres pendant les guerres mais surtout par la suite de mauvais traitements et des maladies que les Espagnols introduisirent. D’après Motolinia, un franciscain, qui débarqua au Mexique en 1523, dix plaies s’abattirent sur le Mexique, comme jadis sur l’Egypte : « La première fut la plaie de la petite vérole ». La conquête guerrière puis une très grande famine et des travaux trop rudes firent mourir beaucoup d’Indiens mais à ces maux s’ajoutèrent aussi des impôts si élevés qu’ils étaient obligés de vendre leurs enfants : « Lorsqu’ils étaient incapables de le faire, beaucoup d’entre eux moururent à cause de cela, certains sous la torture et d’autres dans de cruelles prisons, car les Espagnols les traitaient brutalement et les estimaient comme moins que leurs bêtes ». Les mines d’or engloutirent un nombre immense d’esclaves : « On les marque au fer sur le visage et on imprime dans leur chair les initiales des noms de ceux qui sont successivement leur propriétaires ; ils vont de main en main, et quelques-uns ont trois ou quatre noms, de façon que le visage de ces hommes qui furent créés à l’image de Dieu a été, par nos péchés, transformé en papier » ( Vasco de Quiroga).

La description des massacres des Indiens atteint une cruauté à peine soutenable, tel ce témoignage d’un évêque : « Et ce Diego de Landa dit avoir vu un grand arbre près de cette localité, aux branches duquel un capitaine pendit un grand nombre d’Indiennes et à leurs pieds il pendit aussi les petits enfants (…) Les Espagnols commirent des cruautés inouïes, tranchant les mains, les bras, les jambes, coupant les seins aux femmes, les jetant dans des lacs profonds, et frappant d’estoc les enfants, parce qu’ils ne marchaient pas aussi vite que leurs mères. Et si ceux qu’ils amenaient, le collier au cou, tombaient malades ou ne cheminaient point aussi vite que leurs compagnons, ils leur coupaient la tête, pour ne pas s’arrêter et les délier ».

Loin des lois de leur pays et assimilant les indigènes à des animaux, les colonisateurs massacrent sans remords. Pour Tzvetan Todorov, « La barbarie des Espagnols n’a rien d’atavique, ou d’animal ; elle est bien humaine et annonce l’avènement des Temps modernes ». Certains Espagnols, contemporains de ce génocide, osèrent le dénoncer ; tel fut le cas de Las Casas, un dominicain qui vécut de 1474 à 1566 et prit la défense des Indiens sans détours : « Je crois qu’à cause de ces œuvres impies, scélérates et ignominieuses, perpétrées de façon injuste, tyrannique et barbare, Dieu répandra sur l’Espagne sa fureur et son ire, parce que toute l’Espagne, peu ou prou, a pris sa part des sanglantes richesses usurpées au prix de tant de ruines et d’exterminations ».

 

 

 

Lecture

–       Hernan CORTES, La Conquête du Mexique, Maspero, La Découverte, 1979.

–       Récits aztèques de la conquête, textes choisis et présentés par Georges Baudot et Tzvetan Todorov, Seuil 1983.

–       Eduardo GALEANO, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Paris, Plon., (Coll. Terre humaine), 1981.

–       B. de LAS CASAS, Très brève relation sur la destruction des Indes & les trente propositions très juridiques, Mouton, 1974.

–       Miguel LÉON-PORTILLA, La pensée aztèque, Seuil, 1985.

–       Tzvetan TODOROV, La conquête de l’Amérique. La question de l’autre, Seuil 1982.

–       Nathan WACHTEL, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole, Gallimard, 1971.

 

Cf. Autre, Différence, Pureté de sang.

 

Casanova : Loving a Lover -New York Times -october 1, 1997

 

Loving a Lover: Is Casanova’s Reputation as Reprobate a Bum Rap?

 

By DINITIA SMITH

I have loved women to a frenzy, » the 18th-century writer and adventurer Giacomo Casanova wrote in his huge memoir, « History of My Life. » And indeed he did. By one count, Casanova made love to 132 women during his life, a large number, at least by the preinflationary standards of the day.

His amorous pursuits made his reputation for the next 200 years, and the name « Casanova » became synonymous with a male neurosis. In popular culture, he has often been portrayed as something of a buffoon. In the 1954 film « Casanova’s Big Night, » Bob Hope masquerades as Casanova pursuing the lovely Joan Fontaine through Venice. In Fellini’s « Casanova, » with Donald Sutherland, and in « La Nuit de Varennes, » with Marcello Mastroianni, Casanova is irredeemably dissolute.

But the popular portrayal has obscured Casanova’s exploits as a magician, a spy, a translator of the « Iliad » and possibly, a co-author of the libretto for Mozart’s « Don Giovanni. » Casanova was said to be the only person ever to escape from the Doges’ Palace in Venice. And he was a monumental egomaniac, able to find enough interesting material about himself to fill 12 volumes of writings.

But for the most part it has been nearly impossible to read Casanova’s memoirs in English. They have long been out of print and difficult to obtain. Now, for the first time in over 25 years, they are available once again, in an attractively bound six-volume edition of a 1966 translation by Willard R. Trask, published in May by Johns Hopkins University Press. Next month, Farrar, Straus & Giroux will publish « Casanova, the Man Who Really Loved Women, » written by a Belgian psychoanalyst, Lydia Flem. As much a meditation as a full-scale biography, Ms. Flem’s book asserts that Casanova was something of a feminist.

It looks as if Casanova is on his way to rehabilitation.

« Having him available in translation makes it possible for people to discover he’s a wonderful writer, » said Jay Caplan, a professor of French literature at Amherst College.

For Robert Darnton, a professor of history at Princeton and an authority on French literature of the Revolutionary period, Casanova was not the usual Don Juan. « Casanova is a worldly wise figure who rises above the defeats of his later life through the sheer power of his literary imagination, » he said. « Sex is a part of the story, but only the vehicle for a deeper knowledge of the human condition. »

But who was the historical Casanova? How much of what he wrote was true? J. Rives Childs, a diplomat and author of a 1988 biography of Casanova, combed archives across Europe in an attempt to track down the facts behind Casanova’s assertions. « Much has been made, » Childs wrote, of « the occasional discrepancies found in the narrative. » But most of these lapses, Childs said diplomatically, occur because « Casanova was of exemplary punctiliousness in protecting the identity of women of any social standing with whom he had liaisons. »

He was born Giacomo Casanova in Venice in 1725, of Spanish ancestry. In his memoir, he claims that one of his ancestors sailed with Christopher Columbus. Casanova’s parents were actors, considered a lowly class by Venetians, but were nonetheless immensely popular. Young Giacomo was a sickly child, given to nosebleeds. When he was only a year old, his mother, Zaneta, abandoned him to the care of his grandmother so that she could pursue her acting career. It could be argued that the rest of his life was a search for the maternal warmth that was abruptly taken from him when he was a baby.

Judging from Casanova’s own account of his early exploits, he was a beautiful boy, androgynous in appearance, with curly hair that young girls liked to run their fingers through. When he was 11, Casanova was sent to Padua to study for the priesthood under the tutelage of an Abbe Gozzi. It was there that Casanova seems to have found his real calling, when he was seduced by the priest’s sister, Bettina.

Shortly thereafter he returned to Venice in his priestly robes, and seduced two sisters simultaneously. He also came under the protection of the first of a series of rich patrons, a Senator Malipiero, who, Childs speculates, might have been his real father.

From then on, Casanova’s life appears to have followed a pattern. There would be a rich patron. Casanova would get involved in a scheme. He would seduce someone. There would be a scandal, and he would have to leave town in a hurry. His feverish travels through France, Poland, Germany and Italy provide a panoramic history of 18th-century Europe, a landscape with few cultural boundaries.

 

 

 

In 1760, he met Voltaire. Casanova described their meeting thus:

« This, » I said to him, « is the happiest moment of my life. I have a sight finally of my master; it is for 20 years, sir, that I have been your pupil. »

Voltaire’s reply, Casanova writes, was: « Honor me with another 20, but promise me also to come and bring my fees at the end of that time. »

The two argued about poets — including Ariosto, who was Casanova’s favorite — and Casanova told Voltaire he disagreed with some of his writings.

Casanova’s memoirs are also a chronicle of 18th-century music. In 1784, by one account, he met Da Ponte. In Childs’ biography of Casanova, he quotes an eyewitness to the encounter as recalling that Da Ponte asked Casanova to help with the libretto for « Don Giovanni, » an opera that somewhat resembles his own autobiography.

Casanova seduced women of all classes, including a number of nuns. He also seemed to like underage girls. He never married, though he had children. In one precipitous episode, he almost married his own daughter, Leonilda. He actually went to bed with her and her mother, though he said that he left the child « intact. »

Still, Ms. Flem argues in her new book: « Casanova never breaks up with a woman. Separation is always by mutual consent. » And when he breaks up with a woman, there is « no rancor, no heartbreak, no revenge, no heartache. At most a bit of sadness. »

 

Sometimes, Casanova writes, he liked women to dress him up as a girl. He appears to have had some homosexual experiences, though he preferred women to men.

But above all, Casanova liked his women to be intelligent. « Without speech, the pleasure of love is diminished by at least two-thirds, » he wrote.

« Casanova was in love with women, » Ms. Flem said in a telephone interview from her vacation home in Brittany. « He doesn’t try to make a collection of women. »

He had a gallant side, too, and was forever coming to the aid of women in distress, including women who were pregnant by men other than him.

« I fell in love with him, » Ms. Flem said. « I think he is a man who can understand women. Because, in a certain way, a part of him is like a woman. He likes intelligent women very much. Women are not just an object of desire, but people to talk to. He’s very afraid of hurting them, and he likes to stay friends after being lovers. And he is one of the best writers of that century. »

In 1743 or 1744, Casanova published a poem that whetted his appetite for « the rewards and practice of literature, » he said. He eventually abandoned his plans for the priesthood, and began earning his living as a violinist and a gambler.

The great love of Casanova’s life was Henriette, whom he met in 1749. She seems to have been a cross-dresser. Henriette called him « the most honorable man I have ever met in this world. » When they parted company in a hotel room in Geneva, she carved a message to him on the window with the point of a diamond. « You will forget Henriette, too, » she wrote.

Years later, when he encountered her again, he failed to recognize her. « We have both aged, » Henriette wrote to him in 1769 when she was 51. « But will you believe me that while I still love you, I am happy that you did not recognize me? It is not that I am ugly, but plumpness has altered my physiognomy. »

The most famous of Casanova’s escapades occurred in 1756-1757 in Venice, after he had published an anti-clerical poem and had been imprisoned in the Leads, the prison in the Doges’ Palace, by the Inquisition. Casanova broke through the floor of his cell and escaped with the aid of an accomplice. He was said to be the first person ever to have found his way out of the place. Twenty years later, Casanova switched roles, and became a secret agent for the Inquisition.

Among his many jobs, Casanova raised money for the French authorities. He was the founder, in 1757, of a national lottery. Around that time, Casanova also became, temporarily, rich, and began referring to himself as the Chevalier de Seingalt. All his life, he engaged in a series of schemes to make money, including a crackpot attempt in 1763 to transmigrate the soul of the Marquise d’Urfe into the body of a male infant.

By the age of 65, Casanova had worn himself out. His powers had faded, and he got a job as a librarian for Count Joseph Charles de Waldstein at his castle at Dux. It was a terrible time for the old libertine. He was bored, and he hated the food.

Casanova’s days in the castle, as described by Prince Charles de Ligne, the Duke’s uncle, and quoted in the Childs biography, were not happy. « There was not a day in which, whether for his coffee, his milk, the plate of macaroni he demanded, there was not a quarrel, » de Ligne wrote. Worse, Casanova became something of a laughing stock. « He had become angry, they had laughed, » de Ligne wrote. « He had shown his French verses, they had laughed. He had gesticulated, declaiming Italian verses, they had laughed. »

And so Casanova began his memoirs, « the only remedy to keep from going mad or dying of grief, » he wrote. For nine years, he scribbled furiously for 13 hours a day in French, a language that he loved and was more widely spoken than Italian. By the time he died in 1798, his strongest attachment was to his fox terrier, Finette. The cause of death was said to be a painful disease of the bladder. His memoirs extended only to the year 1774.

According to de Ligne, Casanova’s last words were: « I have lived as a philosopher and die as a Christian. »

For years, Casanova’s memoirs languished. Then, in 1820, one of his descendants offered them to F.A. Brockhaus, the German publisher, and Brockhaus published an edited version in German.

During World War II, Brockhaus hid the manuscript in 12 cartons under the Brockhaus office in Leipzig. But the building was hit by an Allied bomb. Casanova’s writings were rescued and taken by bicycle to a bank vault. In 1960, Brockhaus published the memoirs in their full form.

« His final conquest, his most beautiful courtesan, is writing, » Ms. Flem writes. « Words capture the scents, flavors, curves, textures, sounds and colors of memories. » In the end, she writes, Casanova’s memoirs are « a display that runs the entire gamut of the senses, warming the soul of an exile who dreads boredom. »

Critique : Maylis de Kerangal

Je me suis plongée dans ce roman sans prendre connaissance ni du titre ni du résumé au dos du livre. Lire, c’est aussi cela : un saut dans l’inconnu, un pari, un pacte, une promesse, un danger. S’engouffrer avec l’auteur dans le flot des pages, le flot âpre, musical, maritime, heurté, haletant, désespéré, noble, polyphonique, méditatif, des mots et des gestes, des personnages et des lieux. Je n’ai donc pas anticipé le destin que l’écrivain réservait à son héros, cette  » belle mort  » des jeunes Grecs, la mort en plein élan. Pourtant, son nom, Simon Limbres, qui surgit à la première ligne, portait un indice à une lettre près. Limbres, limbes. Etat incertain, indécis ; pour la théologie catholique, séjour des innocents, des justes morts, paradis des enfants flottant loin de leurs mères.

Par ce vieux réflexe d’empathie involontaire, inconsciente, on s’identifie d’emblée au héros. Lui, c’est moi. Peu importe si je n’ai jamais surfé sur les plus belles vagues, les déferlantes, les rouleaux de Jaws à Hawaï, les tubes, les lames. A 200 mètres du rivage normand, je deviens Simon, mes  » cils se durcissent comme des fils de vinyle « , je m’élance  » en poussant un cri, et pour un laps de temps touche un état de grâce – c’est le vertige horizontal « .

Depuis Les Petites-Dalles, à partir d’Etretat, il faut environ une heure pour rejoindre Le Havre. A 9 h 20, les secours arrivent sur place, là où la camionnette qui transportait Simon et deux amis, de retour du surf, a percuté le poteau. Trois passagers, deux ceintures de sécurité. Ce dimanche matin, Pierre Révol a pris sa garde au service de réanimation, il scrute les clichés du cerveau de Simon dans tous les plans de l’espace : coronal, axial, sagittal et oblique. Sur une étagère de son bureau, L’Homme devant la mort, de Philippe Ariès (Seuil, 1977), et La Sculpture du vivant, de Jean Claude Ameisen (Seuil, 1999). Il est né en 1959, l’année où Goulon et Mollaret annoncèrent que l’arrêt du cœur n’est plus le signe de la mort. Révol, c’est un médecin comme on les souhaiterait toujours :  » Non pas le sentiment de puissance, l’exaltation mégalomane, mais pile son contraire : l’influx de lucidité qui régule ses gestes et tamise ses décisions. Un shoot de sang-froid. «  Aux parents de Simon, Marianne et Sean,  » cognés de douleur « , il annonce l’irréversible. Des images du Christ en croix au corps blême, Mantegna, Holbein. Simon ressemble, lui, à un jeune dieu qui a l’air de dormir. Ce que ressentent les parents les foudroie  » dans un langage impartageable, d’avant les mots et d’avant la grammaire, qui est peut-être l’autre nom de la douleur « . Thomas Rémige, l’un des infirmiers coordinateurs des prélèvements d’organes leur parle, questionne, répond, attend. Il a pour eux  » un regard juste « .

La course contre la montre s’est enclenchée, tout s’emballe, mais rien ne peut avoir lieu sans leur consentement. Ce temps de méditation s’étire infiniment, avant que coulisse un  » oui  » dans la gorge serrée. Il est 17 h 30. Oui, notre fils est donneur. Les poumons, le foie, les reins, le cœur, oui. Le prélèvement des cornées, non.  » Les yeux de Simon, ce n’était pas seulement sa rétine nerveuse, son iris de taffetas, sa pupille d’un noir pur devant le cristallin, c’était son regard. « 

Le titre de ce roman, Réparer les vivants, vient d’un dialogue du Platonov de Tchekhov.  » Que faire, Nicolas ? – Enterrer les morts et réparer les vivants. «  C’est Thomas, l’amoureux des oiseaux (il a dépensé l’héritage de sa grand-mère pour un chardonneret, un vrai, de la vallée de Collo), qui a scotché la réplique sur la porte de son bureau, pour donner un sens à son métier, son humanité, sa dignité. C’est lui qui accompagne Simon de son chant au moment de la restauration du corps du donneur. Un chant d’abord ténu, à peine audible, puis sa voix s’amplifie et scande les gestes de la main qui lave, répare, recoud, enveloppe. Thomas chante son nom, commémore sa vie, sinon ce serait la barbarie.

Dans ce roman magnifique, l’écrivaine ne sépare jamais la technique de la poésie, la quotidienneté de la métaphysique ni l’intimité blessée de l’efficacité collective. Son écriture parcourt tous les registres de la langue pour dire comment dans une même expérience pensées et sensations se fracassent. Maylis de Kerangal boucle son récit en vingt-quatre heures, du dimanche 5 h 50 au lundi 5 h 49. Vingt-quatre heures, moins une minute. La minute qui demeure à la frange, en ce lieu trouble, où la mort et la vie s’épousent. Là où la littérature éclairera toujours la science.

Maylis de Kerangal appartient à cette maison des écrivains de haute écriture, ceux qui nous rendent plus humainement humains.

Lydia Flem

Réparer les vivants,

de Maylis de Kerangal,

Verticales, 288 p., 18,90 €.

écrivaine

© Le Monde 3 janvier 2014

IDEOLOGIE

IDEOLOGIE

 

Lorsqu’il forgea le mot en 1796, Destutt de Tracy, un philosophe qui avec d’autres savants de son époque se nommaient eux-mêmes « idéologues », donnait pour objet de l’idéologie : «  l’étude des idées, (…) de leur caractère, de leur lois, (…) et surtout de leur origine ». Le terme prit avec Napoléon et Marx une connotation péjorative. L’empereur traitait les Idéologues, ­— ces héritiers des Encyclopédistes qui réfléchissaient aux conditions du développement des sciences ou à l’établissement des meilleurs gouvernements, — de “rêveurs’’, “ des phraseurs, des métaphysiciens bons à jeter à l’eau’’. Pour Marx l’idéologie est un ensemble d’idées et de croyances propres à une époque, à une société et plus précisément à une classe sociale. Elle est donc toujours relative, partiale et sans valeur scientifique.

Introduisant une réflexion actuelle sur cette question, Jean Pouillon propose de considérer que la relativité de l’idéologie, définie comme système particulier d’idées, de valeurs de croyances, fait en même temps sa réalité : « elle n’est que — mais elle est — phénomène social ». Ainsi, dans toute société, l’idéologie forme un système plus ou moins cohérent d’idées et de valeurs, structurant pour ceux qui les partagent l’environnement social et naturel, donnant explication et légitimité à l’organisation de cette société et proposant des modèles aux discours et aux comportements des membres.

Il faut souligner un point capital : l’idéologie reste inconsciente de ce sur quoi elle s’appuie ; elle est aveugle à elle-même.

On pourrait donc penser que science et idéologie sont également dans un rapport antinomique. Mais la science fait aussi partie d’une société et elle n’échappe pas à ses idéologies. Comme Jean Pouillon le souligne, « toute science postule un type particulier d’explication, pose à l’avance ce que doit être non seulement une explication vraie par opposition à une fausse, mais également une « bonne » par rapport à une moins « bonne ». Pour un mathématicien, par exemple, la meilleure théorie sera la plus générale, la plus unitaire (…) Cette situation ne fait pas de la science une illusion, elle n’est pas un obstacle à la connaissance, elle en est au contraire le point de départ obligé : elle signifie que le savoir est toujours sélectif et que les principes de la sélection qu’il opère lui sont logiquement antérieurs ».

Si la science est infiltrée d’idéologie, en grande partie inconsciemment, bien des idéologies, depuis les monstrueux programmes nazis, manipulent très consciemment, au contraire, des notions scientifiques, ou présentées comme telles, pour asseoir et légitimer des théories politiques et sociales. Non seulement la science n’est pas neutre, mais depuis le XIXe siècle et plus que jamais aujourd’hui, la science est réquisitionnée par les idéologies ; l’idéologie raciste y trouvant ses arguments les plus définitifs.

L’histoire des sciences montre qu’il faut sans cesse à la science s’affranchir de l’idéologie dominante d’un certain moment de son histoire. L’idéologie est donc radicalement différente de la science bien qu’elle cherche à la mimer. Comme l’énonce Patrick Tort : « L’idéologie n’a d’autre tactique que celle qui vise à faire croire à la conformité de ses énoncés avec ceux de la science qu’elle élit momentanément comme point d’appui. C’est-à-dire qu’elle tente constamment de se faire passer pour la science elle-même ou pour un  discours au sein duquel la science garantirait l’extension et l’interprétation qu’elle y subit. » Et conclut avec force que l’idéologie naît de l’idéologie et qu’en aucun cas elle ne peut naître de la science.

Lecture

–       « De l’idéologie », L’Homme, n°3-4, 1978.

–       J. BAECHLER,  Qu’es ce que l’idéologie ?, Gallimard, 1976.

–       Alain BESANÇON, Les Origines intellectuelles du léninisme, Calmann-Lévy, 1977.

–       Claude LEFORT, « L’ère de l’idéologie », Encyclopaedia Universalis, 17, 1973.

–       Sergio MORAVIA, Il Framonto dell’ illuminismo, Bari, 1968.

–       Patrick TORT, La pensée hiérarchique et l’évolution, Aubier Montaigne, 1983.

Cf. Scientisme.

 

IDENTITÉ

IDENTITE

 

« C’est un des caractères distinctifs de la civilisation que l’homme ait la plus grande méfiance envers celui qui ne vit pas dans son milieu et qu’un footballeur, par conséquent, tienne un pianiste (et non point seulement un Germain, un juif) pour être inférieur et incompréhensible. Après tout, l’objet ne subsiste que par ses limites, c’est-à-dire par une sorte d’acte d’hostilité envers son entourage ; sans le pape, il n’y eût pas eu Luther, et sans les païens point de pape ; c’est pourquoi on ne peut nier que l’homme n’affirme jamais aussi résolument son semblable qu’en le refusant ».

Robert Musil,

L’Homme sans qualités, Tome I, 7.

 

« Nous employons le terme identité dans le sens de la toute première conscience d’un sentiment d’être, d’entité — sentiment qui, à notre avis comprend en partie un investissement du corps par l’énergie libidinale. Ce n’est pas le sentiment de qui je suis, mais le sentiment d’être.

Margaret S. Mahler,

La Naissance psychologique de l’être humain, Payot, 1975, p. 21.

« Il se pourrait que la suraccentuation de la différence entre les « races », les ethnies ou les groupes vienne compenser une déficience de sa propre identité sexuelle (…) souvent, la race méprisée est qualifiée de « femelle » alors même qu’on lui attribue une puissance sexuelle hors du commun ».

J.-B. Pontalis,

« Une tête qui ne revient pas »,

in Le Genre humain, 11, 1984.