La musique des siècles

  par BRUNO FRAPPAT, LA CROIX, vendredi 5 mars 2021

Rue Férou

Il y a une autre manière de soigner notre blues et de retrouver la joie de vivre. C’est la contemplation des œuvres de la création artistique. Lire, écouter, voir : c’est le moment ! La littérature est fidèle au poste, pour nous faire décoller du réel sur les ailes de l’imaginaire, cette autre forme de réel. La musique des siècles nous accompagne, de ses caresses à l’âme, sous toutes les formes que les civi-lisations lui ont trouvées. La musique, par sa variété, sauve toutes les générations de la déréliction. Avec Bach ou Gainsbourg toute personnalité peut trouver sa place.Un livre magnifique vient d’être publié qui montre que tout ce qui est humain mérite d’être décortiqué, contemplé, analysé, célébré. Ce livre est de la Belge Lydia Flem, psychanalyste à qui l’on devait déjà des textes remarquables sur la manière de vider l’appartement de ses parents décédés ou de vivre le départ de ses enfants. Des textes proches de l’objet comme on dit, en poli-tique, « proche du terrain ». Une poésie prenante des « riens » de la quotidienneté.Cette fois la quête de Lydia Flem au pays du réel et des rêves la conduit vers une vieille rue de Paris, la rue Férou (1). Cette rue minuscule, étroite, aux pavés malaisés, relie deux merveilles : le jardin du Luxembourg et la place Saint-Sulpice. C’est une venelle sans circulation, silencieuse et riche d’un passé que ses façades ne révèlent pas d’emblée. Lydia Flem mène une véritable recherche archéologique et d’érudition pour faire revivre les habitants modestes ou célèbres qui, depuis le XVIe siècle, se sont relayés. Mme de La Fayette y a écrit La Princesse de Clèves tandis que Man Ray, le célèbre photographe de l’entre-deux-guerres y eut, un quart de siècle, son atelier. Elle relève l’identité des inconnus passés par là et dont les patronymes ont été conservés dans les archives de la ville, du notariat et de l’Église. Ce livre-randonnée est émouvant et illustre la propre obsession qu’a l’auteur d’un lieu où vivre, d’un « chez soi », que les tribulations de ses aïeux n’ont pu lui léguer, ces juifs russes ballottés par l’histoire et ses tragédies.Un jour de lassitude, montez à bord de ce livre comme sur un bateau de promenade pour éprouver le plaisir de songer à ceux qui nous ont précédés sur cette terre et ont laissé comme trace modeste des noms orthographiés de façon approximative sur des grimoires jaunis. Cette promenade nostalgique est revigorante.

Paris Fantasme, Seuil, 2021.

De la rue Férou à la Maison de l’Amérique latine

Acte de décès du Dr André Chantemesse, élève de Pasteur, le 25 février 1919

A cette date, l’acte civil nous apprend que le petit-fils de Pasteur, Pasteur Vallery-Radot, âgé de trente-deux ans, étudiant en médecine, logeait dans l’hôtel de Luzy, au 6 rue Férou, propriété de la famille Chantemesse à partir de1909.

François Vitrani, directeur général de la Maison de l’Amérique latine, au 217, Boulevard Saint-Germain, rappelle que parmi les principaux fondateurs de la Maison de l’Amérique latine, tous issus de la France Libre ou de la Résistance intérieure, se trouvait Louis Pasteur Vallery-Radot (1886-1970), éminent médecin et résistant actif, qui présida le comité médical de la Résistance. Il fut le premier président de la Maison de l’Amérique latine au sortir de la résistance dont il il assura la présidence de 1946 à 1951. Il fut également membre de l’Académie française et du Conseil constitutionnel. (Voir Le Genre humain, n°58, « François Mitterrand et l’Amérique latine (1971-1995) » sous la dir. d’Alain Rouquié, Seuil, 2017, pp.153-158.)

A la recherche d’Etienne Férou

Dédicace du poète Michel d’Amboise à Etienne Férou, en 1544, dans ses :
Quatre satyres de Juvénal, translatées de latin en francoys par Michel d’Amboyse, escuyer, seigneur de Chevillon. C’est assavoir la VIII, X, XI et XIII.


Portrait de la comtesse Ippolita Scaldasole, la mère du poète, Michel d’Amboise, poète de la Renaissance, qui apprit, enfant, le français sous la protection bienveillante du sieur Etienne Férou.

Giovanni Ambrogio Noceto, Album for François I, ca. 1518. Top, Margherita Sanseverino (fol. 4r), Barbara, Contessa di Caiazzo (fol. 3r), Ippolita Scaldasole (fol. 6r); bottom, Ippolita Bentivoglio (fol. 11r), Clara Pusterla (fol. 14r), Ludovica Landriano (fol. 15r). (Milan, Biblioteca Trivulziana, MS 2159.) Copyright Comune di Milano—tutti i diritti di legge riservati.

John Gagné, Collecting Women: Three French Kings and Manuscripts of Empire in the Italian Wars

Du flot bleu, ces poissons d’or

1er mai 2012, le calligraphe hollandais, Jan Willem Bruins, apprivoise le mur de l’ancien séminaire de Saint-Sulpice de la rue Férou : les vers de Bateau ivre de Rimbaud naissent sous ses doigts, la ville devient livre.