Cf. : Stéréotype.
PRÉJUGÉ
Cf. : Stéréotype.
Cf. : Stéréotype.
Cf. : Stéréotype.
C’est à Francis Galton que l’on doit l’idée de test psychologique. Pour lui, en effet, « avant que les phénomènes d’une branche de la connaissance ne soient soumis à la mesure et au nombre, celle-ci ne peut s’attribuer la dignité de science ». Aussi, propose-t-il de quantifier les réalités psychologiques pour donner à la psychologie le statut de discipline scientifique.
Le quotient intellectuel ou « QI » est donc censé mesurer les capacités intellectuelles des enfants et des adultes. Mais que signifie « mesurer » l’intelligence ? Et qu’est-ce que l’intelligence ? A cette dernière question, les psychologues ont choisi de répondre en sélectionnant, arbitrairement, quelques caractéristiques telles : la mémoire, le raisonnement logique, le sens de l’observation, l’orientation spatio-temporelle, la rapidité,… Mais, ainsi, ils ne mesurent nullement l’« intelligence » mais seulement certains aspects des facultés intellectuelles qui peuvent se traduire par un ensemble de nombres. Comme le note avec pertinence, Albert Jacquard : « Succombant à une étrange tentation, certains psychologues ont cherché à synthétiser cet ensemble par un nombre unique, obtenu en calculant la moyenne des différentes notes, chacune étant pondérée par un coefficient correspondant à l’importance qui lui est accordée. Cette moyenne pondérée a reçu le nom de « quotient intellectuel », ou QI. De la même façon, on pourrait affecter à chaque brique un nombre obtenu en faisant la moyenne de sa longueur, de son poids, de sa dureté, etc… Pourquoi pas ? Mais la question immédiate est : que représente ce nombre ? »
Une fois de plus, il semble que l’on ait succombé à l’illusion d’une apparence de scientificité que produisent les chiffres et un certain usage des statistiques. Et malgré la limitation de validité de ce nombre, certains chercheurs ont utilisé le QI pour comparer et hiérarchiser entre elles des populations humaines. Ils partaient du postulat que le QI est lié au patrimoine génétique et que l’intelligence est innée.
Aux Etats-Unis, l’ « Immigration Act » de 1924 imposa des quotas très stricts à l’entrée du pays aux personnes dont le « potentiel intellectuel » était insuffisant. Conséquence de ce racisme technologique : six millions environ d’Européens , des Noirs, des Juifs ne purent émigrer parce qu’ils auraient pu « détériorer le potentiel intellectuel de la nation ».
En 1969, un psychologue américain, Arthur Jensen, comparant les Noirs et les Blancs, estima que ceux-ci étaient plus intelligents parce que leur quotient intellectuel était supérieur de 15 points. Comme cette supériorité est pour Jensen, d’origine génétique, il pensait qu’une meilleure éducation pour les enfants noirs ne servirait à rien. Ainsi, la science est parfois appelée à justifier les inégalités sociales et à renforcer l’ordre établi. Un psychologue anglais, Cyril Burt, n’hésita pas à inventer cinquante paires de « jumeaux-vrais-élévés-séparément » pour démontrer que l’intelligence dépend pour plus de 80 % de l’hérédité !
Lecture
Cf. Classification, Galton, Seuil de tolérance.
Au livre de Lydia Flem, Le Racisme, éd. MA, 1985.
Depuis quelques années, on discute des méfaits du racisme, dans les journaux, sur les ondes et dans la conversation quotidienne, avec une fréquence croissante. Il s’agit cependant d’un terme récent, quasiment d’un néologisme, puisqu’il n’a été forgé qu’il y a une cinquantaine d’années, à la faveur de la création, en plein cœur de l’Europe, d’un « État racial », du Rassenstaat hitlérien, d’odieuse mémoire. Il va de soi que le préjugé qu’il désigne est beaucoup plus ancien, encore qu’on discute sur ses origines : la plupart des auteurs le font remonter aux XVI-XVIIe siècles, parallèlement au développement de l’esprit scientifique, et voient donc en lui un phénomène spécifiquement européen. Mais avant d’y venir, il convient de montrer à quel point le terme en question est inadéquat, voire piégé, puisqu’il entretient d’une certaine façon le mal qu’il condamne. En effet, il suggère, en vertu de son étymologie, que les races humaines, dont Lydia Flem montre bien qu’elles ne sont qu’une vue surranée de l’esprit, existeraient réellement, et seraient la vrai cause du racisme, justifiant insidieusement de la sorte le préjugé qu’il s’agit de combattre. C’est pourquoi d’excellents auteurs ont suggéré une autre terminologie[1]) ; mais il semble qu’il soit impossible de changer par décret l’usage universel de la langue… Du reste, en 1985, l’observation quotidienne nous apprend à quel point les arguments des savants, tout comme les plaidoyers des hommes ou organisations de bonne volonté, voire les dispositions des gouvernements, sont impuissants à éradiquer le détestable phénomène qui à pour nom racisme. Lire la suite
Le livre « Le Racisme » de Lydia Flem, avec une préface de Léon Poliakov, a été publié aux éditions M.A. en 1985. Saisie des textes : Selma Olender.
RACE
Le mot « race » apparaît en français au XVIe siècle. Il dérive de l’italien « razza », « sorte », « espèce », qui vient lui-même du latin ratio, « raison », « ordre des choses », « catégorie », « espèce », et qui prend le sens de « descendance » en latin médiéval. Au XVIe et au XVIIe siècles, le mot race est surtout utilisé par les familles nobles les plus importantes ; il passa ensuite dans l’usage pour désigner de plus vastes groupes humains auxquels on supposait des traits physiques communs. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’on attribua en plus d’une ressemblance morphologique et d’une marque biologique communes, une ressemblance sociale, morale, culturelle. Les philologues découvrirent des familles linguistiques et les anthropologues les identifièrent à des races, ainsi naquirent la « race aryenne » et la « race sémite ». En cette fin du XXe siècle, les biologistes et les généticiens des populations affirment qu’aujourd’hui pour la science, les « races humaines » n’existent pas.
« La haine ( de l’autre ) est plus ancienne que l’amour » : l’hypothèse que proposait Freud à la réflexion il y a exactement un siècle, éclaire l’actualité et fait soudain sens dans l’horreur. Dans un texte de 1915, écrit au milieu de la Première guerre mondiale, Freud nous a rappelé que c’est la barbarie, et non la civilisation, qui se trouve au fondement de l’être humain. Les valeurs humanistes de respect de l’autre, de tolérance, de débat pacifique, ne vont aucunement de soi. Contre la violence des pulsions, le travail de la pensée, de l’éducation, de la réflexion, de la sublimation, est à recommencer. Sans relâche. A chaque génération. L’avons-nous oublié ? L’avons-nous jamais réellement accepté ? Il nous plaît de penser que l’homme est naturellement bon, tel que le rêvait Rousseau, mais que de temps gâché à l’espérance plutôt qu’à la lucidité.
Aujourd’hui, c’est Bruxelles qui est attaquée. Bruxelles – symbole d’une Europe qui voulait, dans les années 1950, conjurer la guerre et inventer une nouvelle solidarité sur son continent – a été mutilée en deux lieux symboliques de la liberté : un aéroport international, une rame de métro à côté des institutions européennes.
Le pire est arrivé. La violence des combattants islamistes fait non seulement exploser nos corps mais aussi nos pensées. Les valeurs issues des Lumières, que nous avons crues non seulement bonnes mais intouchables et universelles, ne sont pas partagées par tous. Ce constat nous accable et la tentation est grande de répondre à la haine par la haine. N’y cédons pas. Réfléchissons. Préserver notre démocratie, tout en déjouant les attaques d’un adversaire qui ne respecte pas les mêmes règles, pose des problèmes complexes. Quelles valeurs, quelles croyances, pouvons-nous proposer à ces jeunes gens, en quête d’un quart d’heure de gloire, qui investissent leur mort comme une jouissance érotique ? Il n’y a pas de réponses simples à des questions compliquées. Osons prendre le temps de l’intelligence.
.dans la revue « Marianne », 22 mars 2016, à propos des attentats de Bruxelles
Lydia Flem
Membre de l’Académie Royale de Belgique, psychanalyste, écrivaine et photographe, Lydia Flem est l’auteure d’une dizaine de livres traduits en une vingtaine de langues. Son dernier livre qui vient de paraître : « Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans », « La librairie du XXIème siècle », Seuil.
PROTOCOLES DES SAGES DE SION
D’abord rédigé en français, ce faux célèbre confectionné dans les milieux parisiens de la police secrète du Tsar (l’Okhrana), entre 1894 et 1899, est un plagiat qui décalque un pamphlet anti-bonapartiste de Maurice Joly. Ces Protocoles des Sages de Sion furent ensuite publiés sous forme de feuilleton dans un quotidien de Saint Petersbourg Znamya (le drapeau) du 26 août au 7 septembre 1903. Son directeur, Pavolachi Krouchevane — qui quelques mois plus tôt déclenchait le sanglant pogrom de Kichinev — affirmait qu’ils constituaient les procès-verbaux de conférences sionistes tenues en France. Ce n’est qu’en 1917 que Nilus , un autre éditeur russe des Protocoles, prétendra soudain que « ces Protocoles ne sont rien d’autre qu’un plan stratégique pour conquérir le monde et le placer sous le joug d’Israël, … (plan) présenté au Conseil des Sages par le « Prince de l’Exil », Théodore Herzl, lors du premier Congrès sioniste, convoqué par lui à Bâle en 1897 ».
C’est au Times de Londres que revient le triste privilège d’avoir lancé mondialement ces Protocoles en publiant le 8 mai 1920 un article intitulé le Péril juif dans lequel était présenté le livre The Jewish Peril. Protocols of the Learned Elders of Zion. Quinze mois plus tard, le Times dénonce ce texte comme un plagiat. Les 16, 17, et 18 août 1921, Philippe Graves, correspondant à Constantinople, publie en effet l’histoire de sa rencontre avec un émigré russe qui avait découvert, parmi de vieux livres rachetés à un ancien officier de l’Okhrana, Le dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly. Saisi par l’incroyable similitude entre le pamphlet de 1864 et le texte des Protocoles, et persuadé du plagiat, le monarchiste russe alerta le journaliste anglais.
Cette dénonciation mit fin à la polémique en Grande-Bretagne mais accentua davantage encore la célébrité de ce faux qui depuis n’a cessé d’être publié partout dans le monde, d’Amérique latine au Japon ou dans les pays arabes, jusqu’aujourd’hui. Comme l’expliquait le Père Charles, ce lucide Jésuite belge qui fut le premier à proposer une analyse définitive de ce plagiat, pour les adversaires des Juifs « la question de l’authenticité des Protocoles était tout à fait vaine, parce que, même faux, ces Protocoles restent vrais ».
Lecture
Cf. Antisémitisme, Dreyfus, Pogrom.
Article extrait du livre de Lydia Flem, Le Racisme, M.A.éd, préface de Léon Poliakov, 1985 (épuisé).