Feuilleton littéraire de Camille Laurens. Le Monde des livres 13 mars 2020

Notre feuilletoniste a lu la bouleversante « trilogie familiale « de l’écrivaine et psychanalyste belge, trois textes réunis pour la première fois en un seul volume.

SÉPARATIONS

Faut-il être psychanalyste pour voir dans la séparation une constante de notre existence ? Selon Freud, elle inaugure toute naissance, faisant peser sur le sentiment de dépendance absolue du nouveau-né à la fois la nécessité d’être aimé et l’angoisse de ne plus l’être. Si l’apprentissage de la séparation est un processus normal vers l’individuation et l’autonomie de l’enfant, les ratés émaillent souvent la suite de la vie, où pertes et deuils peuvent réactiver jusqu’à la mélancolie la peur de rester seul au monde. Il n’est guère d’adulte, aussi peu névrosé soit-il, qui n’ait un jour connu cette douloureuse épreuve. C’est ce que souligne la « trilogie familiale » de l’écrivaine et psychanalyste belge Lydia Flem dans un recueil de trois textes parus respectivement en 2004, 2006 et 2009 et réunis pour la première fois en un seul volume.

Diacritik entretien vidéo : « Découvrir des sensations dont on ne parle jamais » (Une trilogie familiale)

Comment j’ai vidé la maison de mes parents est de ces récits, rares, que l’on ne peut se contenter de lire : on le relit et reprend, on s’y reconnaît, on le conseille, on le partage. Il semble ne pouvoir connaître de fin en nous à l’image de son absence de point final, comme de…
— À lire sur diacritik.com/2020/03/09/lydia-flem-decouvrir-des-sensations-dont-on-ne-parle-jamais-une-trilogie-familiale/

Rencontre mardi 10 mars 2020 à 19h

Rencontre à l’Ecume des pages

Librairie 174 Bld St-Germain 75006 Paris

Hélène Bihery parle avec Lydia Flem

Une Trilogie familiale

Pour la première fois réunie en un seul volume, la trilogie familiale de Lydia Flem se lit comme le roman de la transmission sur trois générations d’une histoire d’amour, de deuil et d’orages émotionnels. Au moment de clore Comment j’ai vidé la maison de mes parents (2004), Lydia Flem n’a pas mis de point final. Aussi a-t-elle enchaîné avec les Lettres d’amour en hé ritage (2006), où elle raconte la correspondance amoureuse entre Boris et Jacqueline, ses parents. Dans la foulée, comme c’est au même moment que les parents nous quittent et que les enfants nous larguent, est né le troisième volet, Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils (2009).

De Montréal

Chronique de Josée Blanchette 28 juin 2019

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/557636/les-ecrans-verts

« Cela fait partie des pensées obsessionnelles qui m’assaillent régulièrement : faire le décompte des objets IKEA dans la maison. Combien par pièce ? Ce tapis, cette lampe, ce fauteuil, ces caillebotis sur le balcon, tous les mêmes, en série, partout dans le monde. Vertigineuse image du rouleau compresseur d’un esthétisme sans aspérités.

Dans ma vieille maison, je me rassurais la fibre patrimonieuse en me disant que j’avais fait un maximum d’efforts pour préserver l’unique, le bloc de boucher raviné et trop lourd pour être déménagé, la paire de berçantes de mes arrière-grands-parents gaspésiens, les armoires en pin, les coffres, les lampes à l’huile, les horloges arrêtées à l’heure d’hier, la table de salle à manger et ses chaises de réfectoire de bonnes soeurs.(…) J.B.

Rubens : L’oeil du désir

A l’occasion de l’exposition Rubens et son héritage à BOZAR, Bruxelles, 25.09.2014-04.01.2015 – Sensation et sensualité

Rubens, Venus frigida, 1614

L’oeil du désir

   Ami(e)s des arts qui venez à notre rencontre aujourd’hui, soyez les bienvenu(e)s. Approchez, là, venez un peu plus près. Faisons connaissance. Laissez courir votre regard sur la surface de la toile, captez les plis baroques de notre théâtre amoureux, imprégnez- vous des mouvements en spirale ou en diagonale, des couleurs contrastées et vibrantes, des jeux sensuels du pinceau, de la joie de peindre de notre créateur bien- aimé. Ouvrez grands les yeux, goutez chaque  détail, faites un pas en arrière, imprégniez- vous à présent de l’impression d’ensemble du tableau. Regardez-nous avec gourmandise et curiosité. Savourez tout à loisir cet instant.

Puis, durant un bref moment, acceptez de fermer les yeux. De quoi vous souvenez- vous sous vos paupières closes? De la chair nue, lumineuse, des courbes de Venus recroquevillée, le dos frissonnant sous le vent aigre du Nord ? De son enfant, le petit dieu de l’amour, Cupidon, transi de froid, tête baissée sous le voile trop léger, ses flèches et son carcan gisant à ses pieds ? De la noirceur du paysage tourmenté ? Du rouge capiteux de la cape qui a chu sur le sol ou du regard lourd, inquiétant, du Satyre aux cornes de bête, la main s’avançant avec convoitise vers la chevelure dorée de la déesse ?

Pierre Paul Rubens, avait 37 ans lorsqu’il nous a réunis tous les trois, – Aphrodite, Eros et le faune- , d’un geste ample, généreux, érudit et sensuel. Tous les trois, ou  tous les quatre, car Rubens est avec nous bien sûr. C’était en 1614, il y a juste quatre cents ans, et nous voici devant vous comme si nous conversions encore autour du chevalet de son atelier anversois, tous prėsents d’une présence intacte.

Avez- vous  déchiffré le titre de notre récit mythologique,Venus frigida. Frigide, la déesse de l’amour, non pas. Venus frigida, c’est la Venus venue des rives de la mer méditerranée et qui frisonne et prend froid dans les plaines du Nord. Le vent décoiffe les branches des arbres, noie le ciel de pluie. La belle Venus ployée, surprise par l’arrivée inopinée d’un être mi-homme, mi-bête, médite, la  bouche songeuse appuyée sur la main, le regard détourné, fuyant, elle échafaude quelque ruse pour échapper au piège qui lui est tendu.  

Songez, notre scène ne vous est- elle pas familière, mille fois vue, partout, au  musée, au cinéma, sur  les affiches de publicité ? Une femme à la nudité savamment dévoilée se retrouve  passivement saisie  sous l’oeil désirant d’un homme. « Suzanne et les vieillards », « Femme à sa toilette », « Pan et le Syrinx », des générations de peintres ont repris ce thème… Le cadrage demeure identique depuis des siècles, depuis des millénaires. C’est l’homme qui regarde, c’est la femme qui est vue. L’oeil du désir est un privilège masculin.

Une héroïne antique,  Psyché, l’épouse de Cupidon, osera transgresser l’interdit et dérober du regard la nudité dissimulée de son époux divin. Elle s’en trouvera sévèrement punie, car dans  toutes nos mythologies, qu’elles soient bibliques, grecques ou romaines, toujours la beauté des femmes est à la disposition des hommes, et non l’inverse.

Pierre Paul Rubens rompt, à sa manière, ce scénario, car il ose peindre, amoureusement, des femmes frémissantes de désirs qui les alanguissent et les comblent. Pour lui, l’amour baroque des corps est une fête, non un pêché, une ivresse joyeuse, et partagée.

L’art aussi est une fête, une ivresse des sens et de l’intelligence.

Lydia Flem

Il s’appelait Boris

Chignole et Pitchipoï

Il s’appelait Boris

La littérature existe parce que la réalité ne nous suffit pas.

Elle fixait depuis un moment la boîte aux lettres, incrédule. Le soleil brillait déjà haut dans le ciel. Le facteur était donc passé aujourd’hui comme tous les autres jours. Rien ne s’était arrêté. La course des astres, la tournée de l’employé des postes, tout demeurait inchangé alors que venait de se produire l’événement le plus bouleversant de sa vie.

Ainsi, pensa-t-elle avec effroi, rien n’était modifié. L’univers venait de perdre la personne la plus précieuse au monde mais l’univers ne le savait pas. Les factures, les  lettres,  reposaient dans la boîte close sans se douter que leur destinataire s’était définitivement absenté. A l’heure de leur envoi, il était encore là, à leur réception, il n’y avait plus personne. Il n’y aurait plus jamais personne du même nom et du même prénom pour reconnaitre sur l’enveloppe son adresse et son identité.

 Je ne sais plus qui je suis, ce que je fais…

 Je suis tout de feu, et puis tout de glace…

L’amour de ma vie n’est plus et tout continue.

Elle se tenait immobile et droite, hésitant à tendre la main, à soulever le volet, à extraire le courrier de la boîte. Chaque jour qui suivrait serait identique. Elle ne voulait pas appartenir à cette suite ininterrompue de jours et de nuits auquel il n’appartenait plus. Elle ne pouvait pas.

La chaleur du soleil lui parût déplacée, les fleurs du jardin indécentes. Le ciel aurait dû pleurer et les roses faner instantanément.

A cette seconde, elle sut qu’il fallait qu’elle fasse quelque chose, quelque chose pour s’opposer au monde, le refuser, le plier à sa façon.

Elle écrirait.

Rien ni personne ne l’empêcherait de raconter l’histoire à sa manière. Cette liberté-là nous la possédons tous. Nous n’avons pas prise sur les événements mais le récit que nous pouvons en faire est entièrement ouvert à notre imagination.

Il n’y avait plus rien à perdre parce que tout était déjà perdu.

La catastrophe avait eu lieu. Il n’y avait plus rien à redouter. Le pire était arrivé. C’est fini, songea-t-elle, je ne dois plus avoir peur. Le pire est là. Respire. Prends le courrier, referme la boîte aux lettres jusqu’à demain. Rentre chez toi, assois-toi à la table de travail, la lampe à gauche, le vase à droite, ton chat sur une pile de papiers, ouvre ton ordinateur. Commence ton récit :

     C’était un très jeune homme au visage long et mélancolique, les traits pâles et fins, avec d’abondants cheveux sombres et des lunettes toutes rondes qui lui donnaient un air de poète ou d’anarchiste. Il ne paraissait pas accablé, plutôt absent, comme s’il voulait offrir à l’ennemi un visage impénétrable, vidé de ses émotions, tourné vers soi. Peut-être s’était-il construit une cachette à l’intérieur de lui-même pour se soustraire à l’impuissance de sa situation, s’échapper de la prison terrible de la réalité. Libéré, peut-être n’a-t-il jamais complètement quitté cet abri, cette prison intime, qui l’avait sauvé, mais lui collait désormais à la peau.

Les mots s’imposaient à elle comme une évidence. Assaillie par des émotions diffuses, ambiguës, violentes, souvent incompatibles entre elles, les mots jaillissaient d’eux-mêmes. Ecrire captait le flot bouillonnant des sentiments. L’écriture naissait du deuil et lui offrait un refuge. Un lieu où se mettre à l’abri.

Perdre et créer en un même mouvement, pour survivre, donner vie aux disparus.

Oser inventer et aller au-delà de soi.

Paris, 2012.

« La librairie du XXIe siècle » fête ses 30 ans

Maurice Olender @Olivier Dion

https://www.lemonde.fr/livres/article/2019/05/30/la-collection-la-librairie-du-xxie-siecle-fete-ses-30-ans_5469427_3260.html

La collection du Seuil est dirigée depuis 1989 par Maurice Olender : « Mon univers n’est pas celui du pouvoir éditorial… que je respecte, mais celui de l’autorité de l’auteur : celui des écrivains et des chercheurs »

Propos recueillis par Zoé Courtois  Publié le 30 mai 2019 à 09h00 – Mis à jour le 30 mai 2019 à 09h48

« La librairie du XXIe siècle », qui fut « La librairie du XXe siècle » jusqu’en décembre 2000, fête ses 30 ans. Pour marquer cet anniversaire, un catalogue de 270 pages de la collection des éditions du Seuil a été imprimé, et une soirée organisée, le 13 mai, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, au cours de laquelle le comédien Pierre Arditi a lu La Plus Précieuse des marchandises. Un conte, de Jean-Claude Grumberg, l’un des plus récents titres de la collection fondée et dirigée par l’historien Maurice Olender. Lequel revient ici sur cette aventure éditoriale.

Ces trente années ont-elles modifié le projet initial de « La librairie du XXIe siècle » ?

Maurice Olender : Oui et non. Dans les années 1980, archéologue de formation, je ne savais rien de l’édition si ce n’est que les livres sont des chemins de traverse. On les lit pour apprendre, rêver de savoir, mais aussi pour s’y perdre et s’y retrouver. Jeune chercheur, ma pratique était interdisciplinaire autant qu’indisciplinée. De programme éditorial, je n’en avais pas. Je voulais publier des collègues, des amis, des auteurs admirés. Il y a eu d’emblée Jean-Pierre Vernant, Georges Perec, Arlette Farge, Marcel Detienne, Jacques Le Goff, Florence Delay. Plus tard Yves Bonnefoy, Sylviane Agacinski, Jacques Roubaud, Claude Lévi-Strauss, Henri Atlan, Michel Deguy. Il y avait là une géométrie sensible. Je n’imaginais pas alors publier de la poésie, notamment les œuvres de Paul Celan. Ni, grâce à François Vitrani, qui dirige la Maison de l’Amérique latine, éditer de la poésie latino-américaine, les Poèmes humains, de César Vallejo (traduit par François Maspero avec en préface un ultime texte de Jorge Semprun) [2011], Ida Vitale, Nicanor Parra… Tout cela n’était pas prévisible. Si j’avais eu la possibilité de publier la bande dessinée Maus, de Spiegelman, j’en aurais été très heureux. Ce qui me captive, c’est l’impalpable consonance entre les livres. Dans Le Matin daté du 17 septembre 1985, sous la plume de Jean-Paul Morel, on lisait ce qui n’était pas encore un programme mais qui l’est devenu : « Publier des textes (…) fondamentaux d’auteurs classés habituellement dans le rayon des sciences humaines, mais qui se révèlent dans leur recours à l’écriture comme de véritables écrivains. »

Il est rare qu’une telle collection rencontre le succès économique. ­Selon vous, quelle est la raison de ce succès ?

Au fil des ans, face aux patrons de l’édition m’interrogeant à propos de la vente d’un livre, j’ai souvent répondu : l’improbable est inéluctable, et la vente d’un ­livre fait partie des improbabilités. Le premier titre de ces 30 ans de la collection, La Plus Précieuse des marchandises. Un contede Jean-Claude Grumbergbientôt traduit en huit langues et film d’animation en devenir, a déjà dépassé les 60 000 exemplaires en tirage et les 50 000 en vente. Ce n’était évidemment pas « programmé »! Pas plus que les ­succès des livres de Jean-Pierre Vernant, Lydia Flem, Ivan Jablonka, Michel Pastoureau, Michelle Perrot, Marc Augé… En ­matière d’édition, un certain usage de la rationalité économique ne peut que ­conduire à l’échec. Mon univers n’est pas celui du pouvoir éditorial… que je respecte, mais celui de l’autorité de l’auteur : celui des écrivains et des chercheurs.

Vous souhaitez construire une collection à la fois érudite et non élitiste. Qu’est-ce que cela signifie ?

Un soir, je suis à Berne pour fêter Les Enchanteresses, de Jean Starobinski [2005]. J’entends deux belles femmes (ç’aurait pu être des hommes), d’un certain âge, discuter. L’une demande à l’autre : « As-tu déjà lu le livre de Jean ? Est-il difficile ? »Je les apostrophe : « Permettez-moi de vous poser une question. L’amour, c’est facile ? Ce livre est exactement comme l’amour, il est très, très difficile. Difficile comme l’amour, difficile comme la vie. » Certes, ces œuvres sont exigeantes. Mais cette collection est un lieu où tout le monde peut s’élire en lecteur, car on peut être modelé par ce que l’on ne comprend pas totalement. A condition de ne pas essayer d’en forcer la compréhension. Le rapport à la connaissance et à l’art, qui est souvent un rapport de maîtrise pour les érudits, ne doit pas l’être nécessairement pour les lecteurs. Dans la volonté de dominer le savoir, il y a quelque chose de trop viril qui finit par échouer.

Mais l’essai, au centre de votre ­collection, peut-il être un genre non élitiste ?

Des essais devenus des classiques sont souvent des livres où la forme révèle le contenu. Lisez Penser/Classer, de Perec [Hachette, 1985 ; rééd. Seuil, 2003]. Quand, dans un essai, vous avez un sujet et un développement liés à une forme de pensée adéquate, vous tenez un texte accessible au public. La trajectoire de l’enfant que j’ai été, dont je fais le récit dans Un fantôme dans la bibliothèque [2017], permet de comprendre pourquoi toute pensée élitaire m’est étrangère. Lire aussi  Maurice Olender, comme un funambule sur une corde raide

Quelles sont les directions vers ­lesquelles vous projetez d’emmener la collection ?

« La librairie du XXIe siècle » est sans doute d’abord une « collection d’auteurs ». A la fois elle appartient à ses auteurs, elle est faite par eux et ce sont ces auteurs qui me guident – et non l’inverse. Avoir le bonheur de lire et de publier dans l’avenir, notamment, les livres de Daniele Del ­Giudice, Hélène Giannecchini, Nicole Lapierre, Denis Podalydès, Michel Pastoureau, Catherine Perret, Alain Schnapp, Lydia Flem, Alain Fleischer, Marc de Launay, Jean-Paul Demoule, Milad Doueihi ou Luc Dardenne, ce n’est pas uniquement énumérer des noms, c’est décrire un horizon de créativité multiple dont nous ressentons de plus en plus la nécessité. Et la chance d’accueillir des œuvres posthumes rappelle combien les auteurs disparus sont contemporains de leurs lecteurs : Lévi-Strauss, Perec, Starobinski, Celan…

Ce qui me bouleverse souvent, c’est la créativité des auteurs. Qu’est-ce qu’une œuvre créatrice ? Peut-être une exigence qui s’exerce sans concession. Avec générosité, offerte à tous. Une pratique qui intègre divers ingrédients de savoirs, d’esthétiques – comme une cuisine qui allie avec adéquation les aromates d’ici et d’ailleurs. Quand la sociologie d’un événement ­contemporain, sans devenir un roman, se fait texte littéraire, l’historien Ivan Jablonka écrit Laëtitia [2016, prix Médicis et Prix littéraire Le Monde]. Je rêverais de publier encore plus de cinéastes, de mathématiciens, de musiciens… Ce serait alors une collection un brin intempestive, qui reprendrait le geste des humanistes du XVIe siècle. Ou alors, au contraire, pourvu qu’on admette que le numérique pourrait nous conduire à ces savoirs imbriqués, une collection d’avenir.

Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)